ITALIE, XV" SIÈCLE
neaux variait de vingt-neuf livres à trente-six. Les basreliefs primitifs étaient des ouvrages de fonte réparés par la ciselure. Au dire de M. Labarte, qui en a donné une fort bonne reproduction, les derniers auraient été exécutés entièrement au repoussé.
Bien que Yerocchio ait exécuté dans sa jeunesse plusieurs travaux d'orfèvrerie importants, entre autres diverses figures d'apôtres en argent pour la chapelle pontificale, le panneau qu'il fit pour l'autel Saint-Jean est, je crois, la seule œuvre de cette nature encore subsistante qu'on puisse lui attribuer avec certitude. C'est surtout comme sculpteur qu'il est resté célèbre. A son nom se rattachent toujours et la fameuse statue équestre de Golleoni, à Venise, et le beau groupe de l'église d'Or-san-Michele, à Florence.
Pollaiuolo au contraire, quoique s'étant essayé un peu dans tous les arts, comme sculpteur, comme peintre et comme graveur, fut avant tout orfèvre, orfèvre au point de tenir boutique à Florence, sur la place du Marché-Neuf. Il avait eu pour premier maître Bartoluccio, qu'il quitta bientôt pour travailler sous Grhiberti. Développé à cette grande école, le talent de Pollaiuolo lui valut bientôt d'innombrables commandes. La seigneurie et la corporation des marchands de Florence lui firent faire successivement des croix ornées de figures, de grands chandeliers, un magnifique bassin d'argent décoré d'une ronde d'enfants, une aiguière et un casque de même matière destinés à Frédéric de Monte-Feltro, commandant des troupes de la République, etc. Pollaiuolo fit encore un grand nombre de paix ornées de nombreuses figures émaillées qui étaient comme autant de petits tableaux d'orfèvrerie.
C'est à ces paix en orfèvrerie que se rattache, on le sait, l'invention de la gravure entaille-douce. Beaucoup d'entre elles étaient niellées, c'est-à-dire ornées de dessins dont les traits, gravés en creux sur la surface
plane du métal, étaient ensuite remplis d'une matière sulfureuse de couleur noirâtre, qui durcissait au feu comme un émail. Les Toscans, je l'ai dit, excellaient dans ce genre de travail qui en réalité ne différait guère de la gravure en taille-douce, telle qu'on la pratique aujourd'hui, que par la nature plus précieuse et moins résistante du métal employé. La seule chose qui restait à découvrir était le tirage sur papier, qui, donnant à ces fines gravures une destination toute nouvelle, devait amener enfin la production des estampes.
Cette découverte toute fortuite (car il ne la cherchait pas) est généralement attribuée à un orfèvre florentin du plus grand mérite, Finiguerra, qui, lui aussi, avait été élève de Ghiberti. Finiguerra s'était fait une réputation exceptionnelle dans l'art de la niellure, par l'extrême finesse de son burin. La galerie des Uflizii de Florence possède une paix de sa façon, représentant le couronnement de la sainte Vierge, qui lui avait été commandée en 1450 par la corporation des marchands. C'est une ravissante composition où l'artiste a su grouper sans confusion de nombreuses figures dans un espace infiniment restreint. Finiguerra, avant d'introduire définitivement dans les traits de cette fine gravure en creux la matière inaltérable qu'ils étaient destinés à recevoir, voulant sans doute se rendre compte à luimême du degré de perfection de son travail, eut l'idée d'enduire la plaque métallique d'une sorte d'encre grasse qu'il essuya ensuite de façon à ce qu'il n'en restât que dans les creux de la gravure; puis, appliquant sur le tout une feuille de papier, il obtint, par le frottement ou la pression, l'exacte empreinte de son dessin. Ce qu'il avait opéré là n'était autre chose que le tirage d'une gravure en taille-douce. Un art nouveau était trouvé. Ses applications devinrent nombreuses.
Quelques personnes ont pensé que le procédé employé par Finiguerra ne lui était point personnel, que
Fig. 40. Paix de Fiaipuerra.
IIIST. DE L ORFÈVRERIE.
ITALIE, XVe SIÈCLE. 211
d'autres orfèvres de son temps avaient pu, tout aussi bien que lui, recourir à cette manière d'essayer leurs nielles. C'est possible, mais ce qu'il y a de certain, c'est que la plus ancienne empreinte de ce genre que l'on connaisse est celle de la belle paix du musée de Florence que nous reproduisons ici.
Bien que Finiguerra se soit illustré surtout par ses nielles, il ne se renfermait pas exclusivement dans ce genre d'orfèvrerie. Il travailla, lui aussi, pour l'église de Pistoia, contribua à en décorer l'autel et fît pour elle de grands chandeliers d'argent ornés d'émaux.
J'ai déjà eu l'occasion de montrer combien d'artistes éminents, parmi les plus célèbres qu'ait produit l'Italie aux quatorzième et quinzième siècles, s'adonnèrent à la pratique de l'orfèvrerie. La plupart étaient des sculpteurs : mais on en compte aussi parmi les peintres les plus illustres. Ghirlandajo, qui était fils d'orfèvre, avait commencé par fabriquer des lampes d:argent dans l'atelier de son père, et le Francia avait dans sa première jeunesse exercé le même art avec beaucoup de distinction. L'Académie des beaux-arts de Bologne conserve encore deux précieux spécimens de son savoir-faire. Ce sont deux paix niellées, émaillées et décorées d'ornements ciselés en relief, d'un goût et d'un travail exquis.
Je n'en finirais pas si je voulais citer tous les orfèvres italiens de cette époque, qui, tout en se renfermant exclusivement dans la pratique de leur art, se firent une juste réputation par l'excellence de leur travaux.
L'école de Sienne soutenait son ancienne renommée. Au commencement du quinzième siècle, Turino bientôt secondé par ses deux fils, Ciacomo et Lorenzo, exécutait une foule de statues, de statuettes et même de groupes en argent dont quelques-uns avaient, une véritable importance. Vers la même époque, Goro Neroccio se faisait connaître par une foule de beaux ou-
vrages, dont quelques-uns existent encore, entre autres l'élégant reliquaire en forme de bras découpé à jours, qu'il fit pour l'hôpital de Santa-Maria-della- Scala, un fort beau calice signé, que l'on conserve à la galerie des Uffizii de Florence, et un autre calice qui se trouve aujourd'hui en France dans la collection de M. Sellière.
Les noms et les travaux parvenus jusqu'à nous de beaucoup d'autres orfèvres siennois montrent avec quel éclat leur école se maintint pendant toute la durée du quinzième siècle.
Benvenuto Gellini, dans ses mémoires, cite encore, parmi les plus excellents orfèvres italiens de cette époque, Amerigo Amerighi pour le travail des émaux, les trois frères Tavolaccino pour la finesse de leurs ciselures, Pierre de Nino pour la fabrication des filigranes, et plusieurs autres, auxquels on peut ajouter un orfèvre romain, Niccolo de Gkiardia Grelis, auteur d'une belle croix processionnelle ornée de nombreuses figures en relief que l'on voit encore aujourd'hui à la basilique Saint-Jean de Latran.