‹ Histoire de l'orfévrerie depuis les temps les plus reculés jusqu' à nos joursChapitre 5 sur 42 · L'Italie · texte numérisé non relu

L'Italie

Avant que Rome, la tard-venue, eût pris son rang parmi les nations, la civilisation grecque avait depuis longtemps déjà rayonné sur d'autres parties de l'Italie, telles que la Sicile, et ces provinces méridionales qu'à raison même de l'influence ainsi subie par elles, on a nommées depuis la grande Grèce.

Que la Sicile ait eu des artistes éminents parmi ses orfèvres tout aussi bien que parmi ses sculpteurs ou ses architectes, cela n'est pas douteux. A vrai dire, on ne cite aucune de leurs œuvres qui soit parvenue jusqu'à nous; mais leur existence est attestée par de nombreux témoignages historiques. Le plus habile d'entre

eux et le plus célèbre de tous fut Mentor, dont les œuvres étaient considérées comme si parfaites, que, plusieurs siècles après sa mort, les amateurs les plus illustres se les disputaient à tout prix. Gicéron raconte qu'un certain Diodore possédait plusieurs vases ciselés par cet artiste, pièces d'un travail exquis, dont le cupide proconsul Verres ne manqua point de s'emparer. De son côté l'orateur Lucius Crassus avait acheté, au prix énorme de deux mille sesterces, une paire de Scyphos de la main de Mentor.

A l'orfèvrerie sicilienne se rattache une anecdote que nous ne saurions passer ici sous silence. Ce fut, dit-on, à l'occasion d'une couronne d'or plus ou moins mélangé d'alliage, commandée par le roi Hiéron II, qu'Archimède découvrit les lois de la pesanteur spécifique des corps. Cette couronne, par sa couleur, inspirait des soupçons au roi. Grâce aux procédés de la coupellation que les anciens connaissaient fort bien, il eût été facile de constater le degré de pureté du métal ; mais, pour cela, il eût fallu endommager la couronne. Le génie d'Archimède éluda cette difficulté en appliquant pour la première fois la méthode qui détermine la pesanteur spécifique propre à chaque métal ou alliage métallique, comparativement au volume d'eau qu'il déplace.

Quant aux populations continentales de l'Italie, quelques-unes d'entre elles, les Étrusques entre autres, semblent avoir eu une première civilisation antérieure même à celle de la Grèce, civilisation évidemment empruntée aux peuples de l'Orient, Égyptiens, Phéniciens ou autres, et dont les monuments primitifs se distinguent par un caractère archaïque très-prononcé. Mais bientôt cette civilisation devait se transformer complètement sous l'influence du génie grec. Les monuments qui nous en restent attestent hautement cette influence.

Tout le monde sait quels admirables potiers furent

les Étrusques. Ils excellaient également dans le travail des métaux précieux. Bijoutiers incomparables et d'un goût exquis, que nul autre peuple n'a dépassés pour la délicatesse du travail et l'habileté de l'exécution, ils cultivaient aussi avec succès l'orfèvrerie.

Les monuments de cet art qu'ils nous ont laissés sont cependant beaucoup plus rares dans nos collections que les bijoux du même pays. Le peu qu'on en possède provient généralement des hypogées récemment ouvertes, des sépultures éparses dans la Maremme de Toscane. Les plus remarquables peut-être sont le fameux casque de Bolsène conservé actuellement en Russie, au musée de l'Ermitage, et le beau pectoral, ainsi que les autres ornements qui couvraient les vêtements d'un prêtre dont le général Galassi à découvert la sépulture à Gervetri. Ces derniers objets, où se reconnaît l'ingénieux emploi des alliages d'or et d'argent, sont actuellement au Vatican.

C'est évidemment par l'intermédiaire des Étrusques que l'art grec pénétra d'abord à Rome. Dès le règne de Numa Pompilius, des orfèvres de cette nation y étaient établis. Gassiodore leur attribue l'honneur d'avoir, les premiers en Italie , pratiqué l'art de la statuaire , et Pline nous apprend qu'il existait dans la bibliothèque du temple d'Auguste une statue colossale d'Apollon, œuvre de l'art étrusque, de laquelle on ne savait ce qu'il fallait admirer le plus, ou la beauté du métal ou la perfection du travail. Tite-Live , de son côté, parle de l'art avec lequel les orfèvres samnites savaient décorer les boucliers et indique l'un d'eux comme le premier qui ait introduit cette industrie à Rome, trois cents et quelques années avant Jésus-Christ.

Mais c'est surtout par voie de conquête que les Romains, d'abord si barbares, s'enrichirent peu à peu d'oeuvres d'art de toutes sortes, tirant ainsi parti pour leur usage de l'industrie des peuples vaincus. Par eux-

Page 1