‹ Histoire de l'orfévrerie depuis les temps les plus reculés jusqu' à nos joursChapitre 40 sur 42 · France (dix-huitième siècle · texte numérisé non relu

France (dix-huitième siècle

Le dix-huitième siècle ne commençait guère mieux que n'avait fini le précédent. On sait combien furent moroses les dernières années du règne de Louis XIV. Au gré de beaucoup de gens, ce règne durait trop longtemps ; beaucoup en attendaient la fin avec impatience. Il leur semblait que la transmission de la royauté d'un vieillard à un enfant dût, en quelque sorte, rajeunir la cour.

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Enfin l'événement plus ou moins impatiemment attendu s'accomplit : l'enfant monta sur le trône. De grands changements eurent lieu quant aux hommes. Les changements quant aux choses, quant au régime administratif surtout, furent moins prompts et moins sensibles. Ainsi, pour ne parler que de ce qui concerne l'orfèvrerie, les règlements somptuaires, dont le vieux roi l'avait frappée en dernier lieu, furent d'abord nonseulement maintenus, mais confirmés dans toute leur rigueur; et ce ne fut qu'en 1721 qu'une nouvelle déclaration vint atténuer leur portée, en élevant dans une assez forte mesure le maximum du poids de l'or et de l'argent que les orfèvres étaient autorisés à mettre en œuvre.

Les restrictions des ordonnances somptuaires ne s'étaient, du reste, jamais appliquées à l'orfèvrerie religieuse. Aussi voyons-nous bon nombre de pièces d'une grande valeur comme poids, si ce n'est comme travail d'art, offertes aux églises dès les premières années du siècle. L'une des plus souvent mentionnées est le grand soleil ostensoir d'argent donné en 1708 par le chanoine De la Porte à l'église Notre-Dame de Paris. Cet ostensoir, haut de cinq pieds, avait pour support une figure d'ange soutenant le livre aux sept sceaux de l'Apocalypse avec l'Agneau pascal. Au-dessus s'élevait une grande Gloire au centre de laquelle se trouvait la boîte de cristal destinée à recevoir la sainte hostie. Des têtes de chérubins voltigeaient entre les rayons de la Grloire, et, dans le bas, se voyaient encore quatre figures de vieillards. Cette pièce importante avait été faite sur les dessins de l'architecte de Cotte, par Ballin, orfèvre du roi et neveu du Ballin de Louis XIV. Elle peut être considérée comme le type de l'orfèvrerie d'église de cette époque, où le maniérisme le plus affecté avait complètement remplacé le sentiment religieux.

Les soleils du genre de celui-ci étaient particulière-

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ment à la mode. Vers le même temps, l'habile orfèvre Thomas Germain, de qui j'aurai à parler plus longuement tout à l'heure, en exécutait deux autres, le premier pour la cathédrale de Reims, à l'occasion du sacre, le second, tout en argent, pour l'église Notre- Dame. C'était toujours la même Gloire agrémentée de têtes de chérubins ; seulement dans le dernier les symboles apocalyptiques étaient remplacés par des épis de blé et des grappes de raisin, double symbole de l'Eucharistie.

Nous ne connaissons ces pièces d'orfèvrerie que par la description fort admirative que nous en ont laissée quelques auteurs contemporains. Mais on peut s'en faire une assez juste idée par le dessin d'un autre ostensoir du même genre que nous reproduisons ici d'après la gravure que nous en a laissée D. Bouillart dans son histoire de Saint-Germain-des-Prés. C'est un soleil d'argent doré surmonté d'une croix ornée de diamants et de pierres, que Mlle de la Rochefoucauld de Marsillac donna en 1709 à la célèbre abbaye.

Parmi les principales œuvres d'orfèvrerie religieuse de cette époque de décadence, je me bornerai à citer encore la grande croix et les chandeliers de Saint-Jean de Lyon, par Ballin, le calice d'or que Th. Germain fit pour l'électeur de Cologne, et à Paris le calice du cardinal de Noailles, dont le pied finement ciselé était orné de quatre figures d'anges portant les instruments de la Passion, et la coupe représentait en bas-relief divers sujets tirés de la vie delà sainte Vierge.

Les trois orfèvres les plus en vogue au commencement du dix-huitième siècle lui avaient été en quelque sorte légués par le siècle précédent. C'étaient le vieux Delaunay, ce gendre du grand Ballin, héritier de sa fortune plutôt que de son talent, de qui j'ai déjà parlé ; puis Ballin le neveu, celui qui fit le soleil de Notre- Dame; puis enfin Thomas Germain, fils de Pierre.

Fïg. 02. Soleil-ostensoir Je Saint-Germain-des-Prés.

Delaunay vécut jusqu'en 1727. En 1722 nous le voyons encore chargé d'exécuter la toilette de l'infante, ou tout au moins d'en surveiller l'exécution.

Quant à Claude Ballin, qui paraît avoir aussi bien et peut-être mieux réussi dans l'orfèvrerie profane que dans l'orfèvrerie religieuse, sa vogue paraît avoir duré pendant toute la première moitié du siècle. C'est d'abord lui qui fut chargé de faire, pour le sacre du nouveau roi, la petite couronne dans la composition de laquelle entraient deux des plus beaux diamants connus, le Sancy et le Régent, ce dernier ainsi nommé en l'honneur du duc d'Orléans, régent du royaume, par qui il avait été acheté pour le roi. Puis, parmi les grandes pièces dues à cet orfèvre habile, on cite plusieurs surtouts de table d'une grande richesse, fabriqués, l'un en 1726, pour le maréchal Denon, gouverneur du Milanais (la donnée était une fête de Cornus), un autre, en 1742, pour le roi d'Espagne (sujets de chasse, gibier, etc.), un troisième, en 1751, pour le marquis de la Ensenada, ambassadeur d'Espagne. Ce dernier, qu'on dit avoir été d'une grande magnificence, représentait Neptune au milieu de toutes les divinités marines.

Si les biographes n'ont pas fait d'erreur quant à la date de la naissance de Claude Ballin, il devait être bien vieux lorsque le marquis de la Ensenada lui fit faire ce dernier surtout et il est peu probable qu'il y ait travaillé de ses propres mains.

Ballin était un excellent orfèvre. Quant au style de ses œuvres, il devait nécessairement se ressentir du goût de son époque, le goût le plus faux, le plus abâtardi, le plus dépravé qui fut jamais. La ligne droite-, les surfaces planes, les courbes régulières elles-mêmes, la symétrie, la régularité sous toutes leurs formes, étaient absolument proscrites. Rie/Tde ce qui peut se résoudre par une formule mathématique n'était admis dans ce style baroque, « rocaille », comme on l'a nommé

depuis, dont les aspérités sans nombre et les formes contournées fatiguent l'œil autant qu'à l'usage elles devaient blesser la main. Quelques artistes habiles, quelques bons ciseleurs traitaient certainement avec grâce le nu de la figure. humaine, mais cette grâce elle-même était mêlée de tant d'afféterie, qu'elle était là comme une nouvelle preuve de la décadence du goût.

Ces déplorables tendances, Ballin les subissait. Quelques autres, comme Germain et Roettiers (il faut leur savoir gré de ce courage), s'efforçaient de résister au courant.

Thomas Germain, il est vrai, paraît avoir été un véritable artiste. Bien qu'ayant perdu son père trop jeune pour tenir de celui-ci les premiers principes de son art, il avait fait de fortes études, voyagé en Italie et appris à modeler sous l'habile sculpteur Legros. Après avoir débuté par l'orfèvrerie d'église, Germain se fit, par ses œuvres d'orfèvrerie profane, une réputation qui devint bientôt européenne. Il excellait particulièrement dans une spécialité à laquelle la frivolité du siècle donnait beaucoup d'importance : il faisait des « toilettes » d'un goût incomparable, Or il faut savoir ce qu'était la toilette d'une grande dame à cette époque singulière où le petit levé d'une femme à la mode n'avait de mystères pour aucun de ses attentifs.

Germain a pris lui-même le soin de nous laisser la nomenclature de tous les ustensiles dont se composait alors une toilette d'apparat. C'étaient d'abord, bien entendu, la cuvette, le pot à l'eau et le miroir, puis le gobelet, les flacons, la boîte à poudre, la boîte à pâte, la boîte à mouches, le couteau pour ôter la poudre, le carré, «la nef à mettre les racines pour les dents », la gantière, le coffre à bijoux, les flambeaux, etc.

La toilette que Germain fit pour la reine en 1726 ne se composait pas de moins de trente-cinq pièces. Pau-

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vre Marie Leczinska! Elle, si laide, si simple et si honnête femme !

Cette toilette, paraît-il, était du reste ravissante et

Fig. 53. Pot à eau de P. Germain.

valut à Germain une vogue extraordinaire. La reine d'Espagne voulut bientôt en avoir une du même genre.

Fig. 54. Cuvette de P. Germain.

Quelques années plus tard, Germain eut encore à en faire d'autres fpour la reine de Naplcs et pour je ne

sais quelle princesse du Brésil. Enfin en 1745 il en fit une dernière pour la Dauphine. La valeur de celle-ci était de plus de soixante mille livres.

Germain travaillait en même temps pour le Dauphin, dont il orna les premières armes (une épée, des pistolets et un fusil). Entre beaucoup d'autres travaux, il fit encore une croix de dix pieds de haut et sept grands chandeliers pour le roi de Portugal, puis toute la vaisselle du roi de Danemark et celle que Louis XV offrit au sultan.

Peu d'orfèvres jouirent d'une pareille vogue de leur vivant. Et cependant de tout cela, il ne resterait guère que de fugitifs souvenirs, si Germain lui-même n'avait pris le soin de réunir quelques-uns de ses meilleurs modèles dans un précieux recueil qu'il publia l'année même de sa mort, en 1748, sous le titre d'Eléments d'orfèvrerie. Nous en extrayons le dessin de deux pièces, un pot à eau et une cuvette, qui peuvent donner quelque idée de son style.

Thomas Germain eut un fils, orfèvre lui aussi, mais qui ne sut que gaspiller la fortune et compromettre le le nom que son père et son grand'père s'étaient fait par leur mérite personnel.

Le rival le plus sérieux de Germain, comme talent, paraît avoir été Roettiers, un excellent orfèvre qui fit en 1742 la vaisselle de la Dauphine, évaluée trois cents mille livres, en 1749 un grand surtout pour l'électeur de Cologne, et pour l'usage du public une foule de pièces très-habilement composées, dont un certain nombre sont parvenues jusqu'à nous. Le flambeau que nous reproduisons ci-contre est une de ses œuvres les plus connues.

Sous le rapport de la vogue, le principal concurrent de Germain fut le Piémontais Meissonnier, qui fit la nef du roi Louis XV. Meissonnier, homme à imagination, a laissé beaucoup de modèles. Sa suprême loi pa-

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raît avoir été le goût du jour, qu'il exagérait même au besoin. Aussi peut-on dire que personne ne représenta plus complètement que lui le style rocaille.

Je ne saurais non plus passer complètement sous silence Charton, à qui- est due la cafetière très-originale

Fig. 5j. Flambeau de Roettiers.

dont nous donnons ci-après le dessin, et Nicolas Besnier qui en 1737 fut chargé d'exécuter pour le roi toute une vaisselle d'argent et de vermeil du poids de onze cents marcs.

On le sait du reste, les goûts de Louis XY étaient tournés beaucoup plus du côté du plaisir que de celui

du faste. En fait de luxe, il était même capable d'une certaine économie. Ainsi le journal de Barbier nous apprend qu'en 1754 il ne possédait encore que quarante-deux assiettes d'or, « faites par douzaines, tous les ans, avec- des bourses de cent jetons d'or qu'on lui donnait aux étrennes ».

Quant à la question d'art, il la laissait volontiers aux soins des favorites. Or, quoique celles-ci dans leur

Fig. 56. Cafetière de Gharton.

spécialité fussent assurément loin d'avoir la valeur d'une Diane de Poitiers, il faut bien reconnaître que ni Mme de Pompadour ni même la Dubarry ne refusèrent leur protection aux artistes intelligents, aux hommes de goût, tels que Vien, Bouchardon, Bachelier, Pajou, qui cherchaient à ramener l'art dans des voies plus avouables.

Quelques publications importantes qui, vers cette époque, vinrent mettre en lumière et vulgariser les

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plus belles œuvres d'art de l'antiquité, contribuèrent aussi, pour leur part, à préparer la réaction salutaire dont les effets ne tardèrent pas à se faire sentir.

Mais, par malheur, au moment même où le goût commençait à s'épurer, tout vint se réunir pour porter à l'orfèvrerie proprement dite, à la grande orfèvrerie surtout, un coup dont elle devait être longtemps à se relever.

Ce fut d'abord la pénurie des finances, suite de toutes les fautes de ce malheureux règne. Vers la fin de 1759, on était aux abois. Alors, comme le dit M. Paul Mautz, à qui je fais encore cet emprunt, « on eut recours aux grands moyens, et, comme sous Louis XIV, l'orfèvrerie paya les frais de la guerre. Le roi invita ses bons sujets à porter à l'hôtel de la Monnaie leur vaisselle plate ou montée. Mme de Pompadour, le duc d'Orléans, le maréchal de Belle-Isle, le duc de Ghoiseul et les autres ministres, donnèrent les premiers l'exemple, et le roi se sacrifia lui-même. » Sa vaisselle d'argent fut fondue : on en porta plus de 5400 marcs en deux jours à la Monnaie.

La mesure était radicale en principe. A l'application, il n'en fut pas tout à fait de même. D'abord le roi, mieux inspiré que son aïeul, voulut qu'on épargnât certains objets, particulièrement précieux par le travail, tels, par exemple, que la magnifique toilette de la Dauphine, œuvre de Thomas Germain. Ensuite ce ne fut pas un sacrifice sans aucune compensation qu'on exigea des détenteurs de vaisselle d'argent. Pour toute celle qu'ils portaient à la Monnaie, on leur tenait compte de la valeur, un quart en argent et le reste en délégations.

L'orfèvrerie se fût bien relevée encore une fois du coup que lui portaient ces mesures économiques, d'ailleurs bien peu efficaces, si, vers le même temps, d'autres causes n'étaient venues compromettre sa prospé-

rite et celle de plusieurs industries similaires, la joaillerie, la bijouterie, etc.

En même temps que la royauté s'appauvrissait, les classes moyennes montaient, et, ce qu'elles gagnaient en puissance, elles le perdaient un peu en simplicité. Les grands seigneurs, les riches traitants, n'étaient plus les seuls à vouloir paraître. Il fallait un luxe de seconde main pour le petit monde. De là l'industrie, qui prit tout de suite un grand développement, du similory des pierres fausses, des faux diamants, du strass, comme on les baptisa, dès l'abord, du nom de l'orfèvre allemand qui les avait inventés. Or cette double industrie tomba tout de suite entre les mains d'ouvriers si habiles, qu'elle eut un moment de véritable vogue. La fabrication de faux bijoux devint une industrie spéciale, bientôt soumise à des règlements où nous voyons ceux qui s'y livraient désignés sous le nom de bijoutiers-fausseliers. Bien entendu nous n'avons pas à nous occuper d'eux.

Quant à la grande orfèvrerie, elle s'en allait mourant. La dernière œuvre importante que j'en puisse citer est la châsse de saint Germain, évêque de Paris, dont Jean- Louis Chevalier, chanoine de Notre-Dame, fît présent à son église en 1763. Les contemporains s'accordent à louer le bon goût de la composition de cette châsse due à Philippe Gaffieri, frère de l'habile sculpteur de ce nom. Ce Gaffieri lui-même n'était orfèvre qu'à ses heures. Ciseleur avant tout, il travailla plus souvent le bronze que les métaux précieux, et se rendit surtout célèbre par son talent dans le genre décoratif.

La remarquable perfection qu'atteignit cette industrie du bronze doré pendant la seconde moitié du dixhuitième siècle contribua bien aussi pour une part au déclin de l'orfèvrerie. Les ciseleurs les plus habiles s'y adonnèrent, et la mode ne tarda pas à s'en mêler, mode sanctionnée du reste par le goût de nos contempo-

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rains; car, encore aujourd'hui, les bronzes authentiques de Gouttières se vendent certainement plus cher qu'une pièce d'orfèvrerie ordinaire de la même importance.

D'un autre côté, la porcelaine était venue détrôner la vaisselle plate. Celle-ci, en grande partie fondue, se voyait remplacée sur les tables les plus somptueuses et les plus élégantes par les ravissants produits des manufactures de Sèvres et de la Saxe. On faisait bien encore de l'orfèvrerie de table, mais, au lieu de services complets, ce n'étaient plus guère que des pièces isolées, des soupières, des légumiers, des écuelles, des cafetières, des chocolatières, etc. Quelques belles pièces de ce genre existent encore entre les mains de certains collectionneurs d'élite, tels que M. le baron d'Yvon, M. Double, M. le comte de la Béraudière et surtout M. le baron J. Pichon, l'un des plus fins connaisseurs dans cette spécialité.

Mais la seule branche d'orfèvrerie qui fût vraiment florissante dans le dernier quart du dix-huitième siècle est celle que, par opposition à l'ancien mot de «grosserie », les Italiens appelaient jadis la « minuterie », c'est-à-dire la fabrication de menus objets inventés par la mode du moment, tels que les tabatières, les bonbonnières, les flacons de poche, les étuis à ouvrage, etc.

Ainsi va le monde : les orfèvres de l'antiquité élevaient aux dieux des statues colossales ; ceux du moyen âge fabriquaient pour les saints des châsses monumentales; au dix-septième siècle, on faisait pour les orangers des vases, pour les lits des balustrades en argent ; à la fin du dix-huitième, on faisait des bonbonnières et des étuis.

Le beau avait fait place au joli. Mais le joli ainsi traité, ainsi entendu, est encore de l'art, on ne saurait le nier. Le goût ingénieux de la composition, la finesse

de la ciselure, une habileté extrême dans l'emploi simultané des ors de différentes couleurs, justifient amplement la vogue persistante de ces charmants objets si fort recherchés aujourd'hui.

Le Louvre a recueilli dernièrement un legs précieux en ce genre, celui de la collection de M. et Mme Lenoir, composée en majeure partie de tabatières en or et en toutes sortes d'autres matières précieuses montées en orfèvrerie, ornées de diamants, de pierres fines ou de pierres dures, d'émaux, de miniatures, de camées, etc. Presque toutes ces tabatières remontent aux règnes de Louis XV et de Louis XVI, dont on peut étudier les deux styles si différents jusque dans leurs moindres applications, en voyant ainsi rapprochés les plus baroques conceptions du style rocaille et les plus élégants caprices de la mode qui lui succéda.

Beaucoup de ces boîtes portent des noms d'orfèvre. Les plus en vogue dans la spécialité dont il s'agit paraissent avoir été Vachette, les Sageret père et fils, orfèvres du duc d'Orléans, Lenfant et Antoine qui vivait encore au commencement de ce siècle.

Dans un genre plus sérieux, l'orfèvre de la fin du siècle dernier, qui en fut peut-être le plus habile ciseleur, était Auguste, celui-là même à qui, presque pour ses débuts, fut confié le soin de fabriquer la couronne du sacre de Louis XVI. Auguste, lui aussi, avait commencé par le travail du bronze; mais c'est surtout comme orfèvre que plus tard il se fit une grande réputation. Diverses pièces d'argenterie portant sa marque se voient encore dans les grandes collections de France et d'Angleterre.

Après Louis XVI, nous arrivons à une période de convulsions sociales, de luttes terribles où devaient nécessairement sombrer toutes les industries de luxe. Quel pouvait être le sort de l'orfèvrerie à une époque où l'on fondait jusqu'aux cloches des églises pour en

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faire des canons ? Non-seulement on ne produisait plus rien, mais Dieu sait combien de pièces d'argenterie intéressantes vinrent encore s'engloutir dans le creuset révolutionnaire.

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