L'ANTIQUITÉ ROMAINE
mémos, ils ne paraissent pas avoir beaucoup pratiqué les arts somptuaires. L'immensité du Lutin, la merveilleuse richesse des dépouilles qu'ils rapportaient de leurs campagnes les dispensaient de ce soin.
On ferait un gros livre rien qu'avec l'énumération de ces dépouilles opimes, à commencer par celles qui figuraient au triomphe de Lucius Scipion en l'an de Rome 565. Pour ce qui est de l'orfèvrerie seulement, on y comptait, au dire des auteurs latins, quatorze cent cinquante livres pesant d'argenterie ciselée, et une masse de vases atteignant le poids de quinze cents livres.
Mais qu'est-ce que cela auprès des trésors que Paul- Emile rapporte de sa campagne en Macédoine? Le compte détaillé que nous en donne Plutarque est vraiment étourdissant. Trois mille hommes, dit-il, étaient employés à porter l'argent monnayé pris sur l'ennemi Cet argent était contenu dans cent quatre-vingts vases pesant chacun cent quatre-vingts livres, dont la valeur jointe à celle de leur contenu représentait à peu près neuf millions, valeur actuelle. Soixante-dix-sept vases étaient remplis de monnaies d'or, et à la suite une autre troupe de soldats portaient une multitude infinie de coupes d'argent, de tasses, de rhytons et autres vases a boire remarquables par leurs dimensions leur ciselure et la beauté des figures en ronde bosse' dont ils étaient ornés. A la suite, figuraient quatre cents couronnes d'or que les principales villes de la Grèce avaient envoyées à Paul-Emile pour honorer sa victoire; et enfin venait une grande coupe d'or enrichie de pierreries, du poids de six cents marcs environ que le triomphateur lui-même avait fait faire comme offrande aux dieux. Un auteur moderne estime à quarante-cinq millions la valeur de tous ces trésors.
Le triomphe de Lucullus, qui eut lieu dans le siècle suivant, ne fut guère moins remarquable par la richesse des trophées. Sans parler des lingots et de l'or mon-
nayé, vingt chariots y figuraient tout remplis de vaisselle d'argent, trente-deux autres, pleins de vaisselle d'or et de harnais garnis de même métal, et, à leur suite, venaient huit mulets chargés de lits incrustés d'or à la mode orientale.
Ce même Lucullus, resté célèhre par son luxe et sa sensualité, se faisait servir à table dans de la vaiselle d'or et d'argent ornée de pierreries.
Pour avoir tardé longtemps à pénétrer dans la vie privée des Romains, le luxe, on le voit, n'avait pris chez eux qu'un développement plus rapide. Celui de l'orfèvrerie de table fut poussé à ses dernières limites. Pompée, au temps où il gouvernait la Judée, réunit, dit-on, dans un festin, mille convives dont chacun avait sa coupe d'or. Et encore si cela s'était borné à la vaisselle de table ! Mais à en croire l'orateur Galvus, qui pour sa part protestait contre une pareille folie, on allait jusqu'à faire les ustensiles de cuisine en argent.
L'orfèvrerie purement décorative faisait également fureur. La forme des vases en métaux précieux variait à l'infini. On leur donnait toutes sortes de noms, selon les caprices de la mode : il y avait les vases Clodiana, les Furniana, les Gratiana. On appelait Anaglyptes ou Anaglyphes ceux qui portaient des figures ciselées en relief.
Quant à la ciselure, il semble qu'elle eut alors nonseulement atteint, mais même dépassé son apogée; car Pline fait mention de certains vases décorés par Pythéas avec un art si subtile, qu'il n'en restait déjà plus rien de son temps. Il regrette aussi la perte des procédés d'un certain Teucer, qui excellait à faire dans le métal des incrustations « malheureusement peu solides ».
Tout prouve du reste que les procédés de l'orfèvrerie étaient alors très-variés. Le grand encyclopédiste romain parle d'un certain traitement particulier de l'argent au moyen des acides et de divers sels, qui de