Jean Gievrtier, Chronique de Charles VII, t. II, p
2. Entrée et couronnement du roy à Naples. Voir aussi le Vergier d'honneur dans Archives curieuses de l’hist. de France, lre série, l. I, p. 321.
LA RENAISSANCE
y esloient les richesses d’or et d’argent, qui appartiennent au buffet du Roy : aiguières, bassins d’or, escuellez, platz, pintes, potz, flacons, grans navires, couppes d’or chargées de pierreries, grilles, broches, landiers, poellettes, tenailles, souffle[t]s, lanternes, tranchoirs, salières, couteaulx, chaudrons et chandeliers, tous d’or et d’argent. » — Enfin, nous savons encore qu’Anne de Bretagne et que Marie d’Angleterre, à leur Entrée solennelle à Paris — comme femmes de Louis XII — reçurent l’une et l’autre en cadeau des pièces de vaisselle de service. On offrit à la première une grande nef d’or, pesant 59 marcs 2 onces; à la seconde, un assortiment de
Ëcuelle en argent doré et émaillé, attribuée à Benvenulo Cellini.
vaisselle de vermeil d’une valeur de 6,000 livres. Ainsi, jusqu’à l’avènement de François Ier, ces dons magnifiques revêtirent des apparences d’utilité, et les cadeaux des villes consistèrent exclusivement en vaisselles d’usage'.
A partir de François Ier, il n’en va plus de même. Le caractère sculptural et décoratif prime le reste. Il ne s’agit plus d’argenterie superbe, mais de véritables œuvres d’art; et à son Entrée à Paris, en 1515, le présent que la municipalité offrit à ce roi est décrit comme suit dans le procèsverbal de remise : « C’est à sçavoir un ymage de S. François assis sur un pied double à quatre pilliers, entre lesquels pilliers a une salemande couronnée tenant en sa gueule un escripteau esmaillé de rouge et blanc, auquel a en escript Nuîriscor et extinguo. Et au-dessus d’icelle couronne, un petit ange tenant une cordelière, en laquelle étoit assise une grande table d’esmeraulde carrée; iceluy ymage portant de hault, compris ledict pied et le chérubin, deux pieds et demy ou environ, le tout d’or pesant XLIII marcs
1. Godefroy, Cérémonial français, t. I, p. C87 et suiv., 733 et 1\\.
IV onces V gros, touché et prisé par le maistre de la Monnoye de bon or d’escus à XXIII carats, — Lequel don et présent (ajoute le procès-verbal
que nous citons) fut par ledic.t Seigneur, en la présence de plusieurs princes et seigneurs, receu et accepté joyeusement, en remerciant la Ville, et s’offrant avoir les affaires d’icelle en bonne recommandation. Et au présent faire estoient présens deux notaires (jue la Ville y avoit menéz pour en avoir acte1. » L’exemple de Paris fut, sur ce point, suivi par la province. En 1517, quand François Ier se rendit à Rouen, la municipalité lui donna une salamandre d’or, assise sur une terrasse de même métal, pesant 29 marcs. A la reine Claude de F rance on présenta une coupe d’or de 18 marcs; à la reine mère, deux vases de vermeil du poids de 63 marcs, et à la duchesse d’Alençon un saint François également en vermeil2.
Lorsqu'on. 1531 la seconde femme de François Ier, la reine Eléonore, dut faire son Entrée à Paris, les érudits et les amateurs d’antiquité méditaient de lui offrir un groupe allégorique dans lequel le vaisseau, emblème de la vieille Lutèce, aurait joué son rôle traditionnel. Malheureusement, il se trouva que la ville de Bordeaux avait pris les devants et offert, elle aussi, « un navire d’or avec trois hunes, fort beau et grand, plein d’escus au soleil, couvert et équipé comme s’il eust esté fait pour nager3 ». Il fallut donc, dans la crainte d’un double emploi, renoncer au projet caressé. On se rejeta sur une paire de candélabres, mais conçus d’après les idées nouvelles et répondant au goût du jour.
La confection de ce curieux chef-d’œuvre donna lieu à de longues et intéressantes négociations, que nous demandons la permission de résumer ici, parce qu’elles jettent un jour particulier sur la façon dont étaient con-
1. Félibien, Histoire de Paris; pièces justificatives, t. III, p. 332.
2. Farin, Histoire de la ville de Rouen (1739), Ire partie, p. 117.
3. Les Triomphes et merveilles de la Cour avec la réception de Mme Aliénor et les enfans de France par les Princes et Dames. (Bordeaux, 1530.)
Nef de table, en argent repoussé et ciselé.