Farin, Hist. de Rouen, lre partie, p
2. Un de ces vitraux, recueillis par M. Delaquerière, a été donné par lui au Musée des Antiquités de Rouen. Nous le reproduisons à la page 179.
Buire en cristal de roche, montée en argent repoussé, ciselé et doré.
LA RENAISSANCE
table, qui aujourd’hui est conservée au Musée des Antiquités rouennaises L Si nous sommes entrés dans un détail si précis de ce qui se passa à Rouen durant ces jours néfastes, ce n’est pas que ces lamentables événements représentent une série de faits particuliers, et par conséquent exceptionnels. Ils se reproduisirent, au contraire, dans nombre d’autres villes, avec leur caractère iconoclaste et sauvage. Le procès-verbal, si impressionnant dans sa véridique simplicité, que Farin a consigné dans son livre nous permet donc de juger de ce qui s’accomplit un peu partout en France à cette époque. En même temps il nous révèle la somptueuse richesse dont certaines de nos cathédrales pouvaient encore s’enorgueillir, avant que le fanatisme religieux eût livré leurs trésors à une irrémédiable destruction.
Faut-il ajouter que longtemps avant l’explosion de ces luttes à la fois politiques et religieuses, notre orfèvrerie nationale avait déjà reçu de cruelles atteintes. La débâcle avait commencé avec la bataille de Pavie. Dès qu’on sut que le roi était prisonnier, son camp fut pillé, « où y avoit grans trésors en vesselles d’or et d’argent », en sorte, dit un contemporain, que les troupes impériales « feirent le plus grand butin que oncques jamais sera fait2 ».
Ensuite, il fallut payer la rançon du roi, fixée au chiffre de deux millions d’écus d’or, qui, suivant Leber,
vingts mi
Ciboire de l’église de Saint-Jean-du-Doigt (Finistère).
équivaudraient à plus de quatrelions de nos francs actuels \ — Celte somme, énorme pour
1. Ouin Lacroix, Histoire des corporations d'arts et métiers, p. 209. — L’aiiré 1 ëxier, Dictionnaire d'orfèvrerie religieuse, col. 1336 et suiv. — Farin, loc. cit., p. 412. « Le total des maîtres inscrits sur cette table, écrit M. Ouin Lacroix, est de 265 : 138 d’un côté de la table et 127 del autre. Les noms des maîtres orfèvres inscrits sur le tableau annuaire de, 1777 ne se trouvent pas sur cette table, ce qui semblerait indiquer qu’elle a été interrompue ou changée è une époque antérieure. »
2. Sébastien Moreau de Villeeranciie, la Prinse et délivrance du Roy dans Arch. cur. de I liist. de France, t. Il, p. 284.
3. « En 1529, écrit Leber (Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen âge, p. 1 43), 1 ècu d’or valait 2 livres en monnaie française, et l’on taillait 13 de ccs livres dans un marc d argent, doù résultait une charge de quatre millions de livres. Or ccs quatre millions égalaient en poids d argent 16,914,285 livres du xix" siècle et en pouvoir de 84,571,425 de nos francs actuels. »
l’époque, fut acquittée en partie au moyen du retrait d’anciennes obligations souscrites par Charles-Quint au profit d’Henri VIII, et que la France prit à sa charge par une convention particulière1; mais l’appoint en métal fut encore si considérable, qu’il fallut dépouiller les sanctuaires et fondre jusqu’à la nef d’or du roi — meuble vénéré entre tous, emblème, dans les grands repas, de sa souveraine puissance.
Le pays et, grâce à lui, la Couronne se remirent assez promptement de cette terrible secousse. Quand, quelques années plus tard, Charles- Quint traversa la France, il n’y paraissait presque plus. Les « hacquebutiers » de la ville qui firent escorte à l’empereur, lors de son Entrée à Paris, étaient magnifiquement « vestuz de hocquetons d’orlavrerie mi-parliz de rouge et de bleu ». Les « archiers ordinaires de ladicte ville » étaient également habillés « de hocquetons d’orfavrerie mi-parliz de rouge, jaulne et noir », et les « arbalestriers, de hocquetons d’orfavrerie mi-parliz de blanc, gris et violet 2 ». Nous avons déjà dit quel magnifique présent la Ville fit à l’empereur. A la Cour, la vaisselle d’or et d’argent brillait de nouveau. comme par le passé. Chez les particuliers, il en était de même. L’argenterie que possédait le chancelier Duprat — confisquée en 1536 — fut évaluée à 33,848 livres 13 sols 3 deniers, ce qui, d’après le calcul de Leber, représenterait, au pouvoir actuel de l’argent, plus de 700,000 francs de notre monnaie. Celle de Philippe Babou de la Bourdaisière, qui subit le même sort, montait à 11,449 livres 13 sols 6 deniers, c’est-à-dire à plus de 240,000 de nos francs actuels. Quelques années plus tard, le maréchal de Vieilleville pouvait écrire : « Quant à moy, je pense estre le plus pauvre de la compaignie, au moins des plus malaiséz, mais j’ay encore pour quinze mille francs de vaisselle tant de cuisine que de buffet3. » Du plus grand au plus petit il en allait ainsi, et Gilles Corrozet, qui écrivait pour la bourgeoisie, conseille4 à ses lecteurs d’avoir un meuble spécial pour conserver leur vaisselle d’argent et d’or, plate ou montée.
Ce retour de fortune, toutefois, dura peu. Après la prise de Saint- Quentin, Henri II dut non seulement imiter l’exemple de son père, mais s’adresser à ses sujets et leur demander de lui prêter leur argenterie pour pouvoir faire tète à l’envahisseur. Puis, vinrent les guerres de religion, et nous avons indiqué ce qu’elles furent. Ce serait bien mal connaître
1. Lettres d'emprunt faict du roy d’Angleterre pour la délivrance de Messieurs les Enfants de France, ostages en Espaigne pour la rançon du roi François (1er août 1529).