‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 11 sur 154 · Vies des hommes illustres, t. I, p. 261, art. Numa · texte numérisé non relu

Vies des hommes illustres, t. I, p. 261, art. Numa

L’ORFÈVRERIE DANS L’ANTIQUITE

pratiquée, mais ses débuts furent d’une modestie singulière. Suivant l’ingénieuse remarque de M. Baudrillart1, le seul fait d’avoir dérivé palatium de Palès (déesse du foin); pecunia de pecus, d’où l’on forma également peculium, prouve que chez les premiers Romains, laboureurs et pasteurs, la richesse consistait dans les troupeaux et les récoltes, bien plus que dans la possession des métaux précieux. Les noms de Porcins, de Vitulus, de Taurus, d 'Oi’idius, qu’on retrouve à chaque instant dans l’histoire romaine, et qui devaient par la suite devenir si fameux, attestent également ces préoccupations champêtres. Peu à peu, la signification précise de ces dénominations typiques alla, toutefois, en s’atténuant, et quand, plus tard, Horace qualifiera l’argent regina pecunia, le sens originaire de ce dernier substantif aura sûrement disparu des mémoires.

Si les métaux précieux furent, dans le principe, peu abondants à Rome, il semble, en outre, qu’aux premiers temps de la République, on ait redouté la dangereuse influence que leur possession pouvait exercer. On voit, en effet, les lois somptuaires se multiplier, souvent vexatoires, toujours inefficaces. Les lois Oppia, Vocania, Orchid, Fannia, Cornelia se succèdent, s’efforçant de prévenir tous les abus du luxe, mais sans y parvenir. Ce n’était pas qu’elles fussent dépourvues de sanction, ou que les Romains eussent la mémoire courte. Dans une de ses Satires, Juvénal fait allusion au censeur Fabricius Luscinius2, qui en 478 — trois cents ans par conséquent avant sa naissance — expulsa du Sénat un des ancêtres de Sylla, Cornélius Rufinus, bien qu’il eût été dictateur et deux fois consul, parce que son argenterie dépassait le poids de dix livres. Mais c’est le propre des circonstances de triompher de tout. Les esprits les plus solidement trempés subissent malgré eux leur influence. Caton le Censeur, plus qu’aucun autre, tonna contre le luxe, et, par une anomalie inattendue, contribua à organiser en Espagne l’exploitation de mines d’argent, qui allaient déverser sur Rome des quantités énormes de métal corrupteur.

A mesure que l’or et l’argent affluent à Rome, l’orfèvrerie et la bijouterie, quoi qu’on fasse, prennent un développement fatal. L’anneau d’or pour les hommes avait constitué d’abord une marque d’honneur, que seuls les généraux vainqueurs portaient aux grandes fêles. Marius, le premier, le porta constamment. Plus tard, de simples chevaliers en mirent à chaque doigt, puis à chaque phalange, et l’on eut des bagues d’hiver et d’été. Le prix de ces anneaux était parfois considérable. Le sénateur Nonius fut proscrit parce qu’il avait au doigt une opale de 4,000 francs que convoitait Antoine

Page 1