‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 12 sur 154 · Argent i vascula pu ri · texte numérisé non relu

Argent i vascula pu ri

Sed quæ Fabricius censor nolet.

Sat. ix, v. 141.

le triumvir. De même pour les femmes. Elles commencèrent à porter des colliers en souvenir du service que Véturie et Volumnie avaient rendu a Rome en désarmant Coriolan, Puis l’usage devint abus, et Pline constate que, de son temps, les Romaines surchargeaient d’or leurs bras, leurs doigts, leur cou, leurs oreilles, et que les chaînes d’or « serpentaient » autour de leurs flancs.

11 n’est pas jusqu’aux dieux qui n’aient subi cette curieuse métamorphose. Dans le principe, leurs statues étaient simplement d’argile cuite; plus tard, on les fit de bronze; plus tard encore, elles furent d’or ou d’argent, et .lu vénal 1 nous montre les larrons profitant de l’inattention des gardiens, pour gratter avec des outils tranchants la cuisse d’Hercule, la face de Neptune ou celle de Castor.

C’est qu’entre temps, tout le monde ancien, le monde connu, avait été mis au pillage. Scipion, vainqueur à Zama, expédie à Rome 123,000 livres pesant d’argent. Paul-Émile, en une seule fois, rapporte pour 45 millions de métaux précieux. L’or dont Servilius Cæpion s’empare à Toulouse est estimé au poids de 110,000 livres, et lorsque Lucullus rentre triomphalement à Rome, non seulement la cohorte de soldats qui lui fait cortège s’avance chargée de lingots d’or et de sacs d’argent monnayé, mais le triomphateur est suivi par 52 chariots remplis d’argenterie et par 8 mulets portant des lits incrustés d’or. Partout les peuples amis ou ennemis sont pressurés. De l’an 200 à l’an 188, dans un espace de douze années, les consuls qui gouvernent en Grèce et dans l’Asie Mineure « se font décerner » 633 couronnes d’or pesant chacune 12 livres. Cicéron constate qu’avant l’arrivée de Verrès en Sicile, il n’était, pour ainsi dire, pas de maison aisée, où l’on ne possédât au moins un grand vase en argent ciselé pour les libations, une urne à parfums et une patère pour les sacrifices. Verrès parLi, l’argenterie des Siciliens disparut avec lui.

Les quantités de métal précieux dont les généraux vainqueurs et leurs dignes capitaines revenaient ainsi possesseurs, se transformaient en splendides orfèvreries. Pline constate qu’avant la guerre civile de Sylla, on compLait dans Rome plus de cinq cents sénateurs et chevaliers possédant des plats d’argent d’un poids supérieur à cent livres. Pompée réunit en un seul fesLin mille convives ayant chacun leur coupe d’or. Après l’avènement de l’Empire, ce ne seront plus seulement les vases à boire et la vaisselle de table, mais la vaisselle de cuisine et les meubles eux-mèmes qu’on fera en métal précieux. Il faut lire dans Suétone le faste dont s’entoure César, et que dépassera le luxe effréné d’Antoine, alimenté par les confiscations, les proscriptions, les assassinats; et que laisseront bien loin derrière elles les

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