‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 110 sur 154 · COUTEAUX, FOURCHETTE ET CUILLERS · texte numérisé non relu

COUTEAUX, FOURCHETTE ET CUILLERS

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LA RENAISSANCE

favoris de Catherine de Médicis. Il est plus probable encore que la merveilleuse armure de Charles IX fut exécutée par Robert Bourgonnière, Jean Delvaux ou Jacques Even, qui avaient fourni le buffet offert à Élisabeth d’Autriche lors de son Entrée dans la capitale. Les médaillons emblématiques destinés au héros de l’entrevue de Bayonne, que nous reproduisons page 342, étaient dus sans doute à Jean Barlon et Jérôme Doyen, orfèvres bordelais, qui gravèrent, en 1559, la médaille offerte par leur ville à Isabelle de France, se rendant en Espagne. Nous savons encore que Richard Toutin exécuta un « mirouer de cristal de roche, enrichy et couvert d’or», pour la duchesse de Lorraine. Les Comptes royaux nous apprennent aussi que Jehan Hotman fournit, en 1532, la coupe d’or remise, par ordre de François I", au vicomte de Rochefort, envoyé du roi d’Angleterre, et que Thibault Ilolman livra la coupe de même métal que le roi « bailla » à l’évêque d’Auxerre « à son partement pour aller à Rome ». Jehan Delabarre nous est signalé par les Registres consulaires de Lyon comme ayant ciselé le cadeau offert à Henri II et à Catherine de Médicis, à leur Entrée dans cette ville, et les Archives de la ville de Pau désignent Jehan Chesneau, de la Rochelle, comme orfèvre préféré de Jeanne d’Albret.

Faut-il mentionner encore les noms de Hiérosme Coustard, de Mathurin Lussaut et de Gilbert Girandeau , qui figurent , eux aussi, parmi les orfèvres de la Couronne? Les documents d’archives nous révèlent que Gilbert Girandeau fut chargé de dresser V Inventaire des joyaux de Catherine de Médicis, et que Lussaut travailla beaucoup pour cette reine (ce qui ne l’empêcha pas d’être assassiné à la Saint-Barthélemy).

Nous relevons enfin, sur la liste des Gardes de la Communauté, les noms souvent répétés de Jean de la Noirée, de Jean Trudaine, de Noël Rincebourde, de Jacques Lempereur, de Jean Ilavart, de Nicolas Lcpeuple, et nous voyons périodiquement reparaître les descendants de ces nombreuses et puissantes lignées d’orfèvres, Pierre, Lambert, Claude et Simon Hotman; — Pierre, Jacques, Jean et Robert Pijart; — Jean I"', Guillaume et Jean 11 Ilérondelle; — Claude et Jean Delahaye; — Mathieu, Claude et Mathias Marcel; — Simon, Jean et Simon Cressé; — Jean et Guillaume Caslillon, etc., attestant

Reliquaire de la Résurrection, en argent ciselé et doré, offert par Henri II à la cathédrale de Reims.

que les oflicines des grands orfèvres parisiens étaient devenues des sortes de fiefs héréditaires, qui, demeurant l’apanage de puissantes familles, se transmettaient de génération en génération. Mais, faute de textes certains, il nous est malheureusement impossible d’assigner à chacun la part qui lui revient dans les chefs-d’œuvre enfantés par cette féconde époque.

Quel était fauteur de cette plaque « toute d’or, grande comme la main, où estoient groupés les fruits et singularitéz de chaque province », que seize dames figurant les Provinces de France offrirent au duc d’Anjou, quand il fut appelé au trône de Pologne? Quel artiste avait ciselé « le sainct Loys d’argent qui esloit en l’oratoire du roy et fut pris par aucuns qui depuis le firent fondre et partirent entre eux l’argent? » A qui attribuer ces écuelies exquises de cristal de roche, enchâssées dans l’or pur et brillant; ces anneaux, ces pents-à-col, ces mille bijoux délicieux dont grandes dames et princesses — la reine Marguerite en tête — aimaient à se parer? C’est à peine si, à défaut d’œuvres originales, quelques dessins parvenus jusqu’à nous se chargent de nous édifier sur les qualités et les mérites des ouvrages les plus courants de ce temps. Nous voulons parler des délicates eaux-fortes de ceux qu’on appelle les « petits maîtres », d’Etienne Delaune, cet orfèvre de fine race, de Woëiriol et d’Hennequin de Metz, ces deux Lorrains au talent ingénieux, de René Boivin et de Du Cerceau — exemples charmants, précieux spécimens d’un art exquis, permettant de bien saisir les particularités qui distinguent la production du xvie siècle, et de se persuader que, sous le règne des Valois, l’orfèvrerie française demeure la première orfèvrerie du monde.

Ëcuelle en cristal de roche, montée en or.

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