‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 13 sur 154 · Sat. xm, v · texte numérisé non relu

Sat. xm, v

L’ORFÈVRERIE DANS L’ANTIQUITÉ

prodigalités insensées de la vie inimitable. Avec Tibère, le rôle de délateur devient une sorte de fonction publique. Avec Néron, le délire du pouvoir absolu ne connaît plus de bornes. Ce prince se commande une statue d’or et d’argent, haute de 120 pieds; il porte dans une cérémonie un diadème valant quatre millions de sesterces. Les mules de ses équipages sont ferrées d’argent; celles de Poppée sont ferrées d’or, et le char qui la porte est en argent massif. Chez Héliogabale, non seulement la vaisselle est d’or, mais les sièges et les tables sont d’argent et les vases de garderobe sont en or. On était déjà loin du temps où l’orateur Messala reprochait au triumvir Antoine de se servir « de vases d’or pour des besoins les moins relevés », « ce dont, ajoute Pline, Cléopâtre elle-même eûL rougi ». L’exemple avait trouvé à Rome des imitateurs; Martial et Juvénal l’attestent1.

Pendant toute la durée de l’Empire, le drainage des métaux précieux continue. Aux dépouilles de Carthage, de l’IUyrie, de la Grèce, viennent s’ajouter pendant trois siècles celles de l’Ibérie, de l’Égypte, de l’Arménie, de la Perse et de la Palestine. Bientôt l’or et l’argent ne suffisent plus, et la vaisselle de table demande à être relevée de pierres précieuses. « L’émeraude et le jaspe, dont on se sert pour orner les coupes et autres vases d’or, écrit Théophraste, viennent de la Bactriane vers le désert. » Pline, de son côté, décrit des coupes couvertes d’émeraudes, où l’or n’est plus que l’accessoire. Certains de ces vases représentaient 300,000 francs de notre monnaie2.

Les vainqueurs ne s’étaient pas bornés à rapporter dans leur patrie des quantités invraisemblables d’or et d’argent; ils avaient ramené avec eux des orfèvres pour les mettre en œuvre. Ainsi que le constate judicieusement M. de Lasteyrie3, presque tous les artistes qualifiés aurifaber, établis à Rome, portent des noms grecs. L’origine d’Ariston, de Pasitelès, de Pythéas, célébré par Pline comme le ciseleur le plus habile qu’on ait connu, de Parthenios, vanté par Juvénal, ne saurait être douteuse. Elle explique, en outre, l’étonnante perfection et le grand caractère d’art qu’on retrouve dans les orfèvreries romaines parvenues jusqu’à nous, et dont le trésor de Bosco-Reale, récemment entré au Louvre par la générosité d’un riche donateur, peut nous donner une faible idée.

Tous ces artistes distingués reprennent les formes de vases créées par la Grèce, les amplifient, en inventent de nouvelles, auxquelles ils donnent pour noms ceux de leurs plus fastueux clients ou de leurs généreux protecteurs. Ils s’appliquent avec d’autant plus d’ardeur à égaler leurs devanciers, qu’à cette époque les pièces de comparaison étaient encore

1. Voir Pline, lib. XXXIII, 14. — Martial, Épig., lib. I, v. 38. — Juvénal, Sat. m, v. 108.

2. Pline, XXI II, 11. — Théophraste, Traité des pierres, p. 129.

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