Milun, Antiquités nationales, t. II, ch. xiv, p
2. De Thou, Mémoires, dans Mèm. relat. à Vhist. de France, t. LUI, p. 289.
3. Publié à Bordeaux en 1586 et réimprimé par Cimber et Danjou dans Archives curieuses de l'hist. de France.
4. Archives curieuses , etc., lrc série, t. Il, p. 391; t. VII, p. 231, et 2e série, t. I, p. 438.
la joaillerie
Eléonore Galigaï au moment de la mort de son mari, le maréchal d’Ancre, montaient à 200,000 écus , c’est-à-dire au triple. Le Yassor raconte que la veuve de Concini, apprenant ce qui venait de se passer au Louvre, « cacha ses pierreries dans la paillasse de son lit. Elle espéroit, dit-il, de les sau\er en s y couchant ensuite. Mais on n avoit plus de si grands égards pour elle, des gens envoiés par Vitry la firent lever, ils fouillèrent tout »... et trouvèrent ce qu ils cherchaient. La somme à laquelle ces pierres précieuses furent estimées parut exorbitante. « Celles de la reine, dit encore Le Vassor, ne montoient pas à un si haut prix. » Plus tard, on put constater que le duc d’Épernon en avait amassé au château Trompette pour près d’un million1 — exemple dangereux et qui fut suivi par beaucoup de monde.
Richelieu ne paraît pas avoir eu pour les pierres précieuses la même prédilection que la plupart des hauts personnages de son temps. On ne lui connut jamais, en fait de gemmes de haut prix, que sa fameuse « chapelle de diamants » et le gros brillant qu’il portait au doigt. Quelques jours avant sa mort, pour « diminuer l’envie que ses trop grandes richesses lui attiroienl », il offrit au roi ces joyaux uniques, avec le palais Cardinal et son buffet d’argent ciselé. En même
temps il léguait sa croix palatine à Notre-Dame2. Cependant l’illustre ministre n’ignorait pas que, dans bien des circonstances, la possession de ces pré-
Pent-à-col enrichi de pierreries représentant le Jugement de Paris.
(Musée de Dresde.)
1. Tallemant des Réaux, Historiettes, t. I, p. 117; t. IV, p. 205. — Le Vassor, Hist. de Louis XIII, t. IV, p. 732 et 783; t. XVIII, p. 17. — Vittorio Siri, Memorie recondite, t. IV, p. 85. — Bassompierrë, Journal , etc. — « Dans son interrogatoire au Parlement, écrit Le Vassor, la Galigaï répond qu’elle a pour deux cens mille écus ou environ de pierreries et pour vingt mille écus de vaisselle d’argent; qu’elle tenoit ses pierreries du feu Roi, de la Reine mère, et du l'eu duc de Mantoue, beau-frère de Marie de Médicis. Le maréchal d’Ancre lit peu de temps avant sa mort le détail de tous ses biens à Bassompierre. II ne se donnoit que pour un million de pierreries de meubles et de vaisselle d’argent. Cela revient assez bien à la conlession de sa veuve. »
2. On l’appelait ainsi parce que le cardinal s’était fait ouvrir tous les sanctuaires de l’Europe, pour composer ce reliquaire en forme de croix latine magnifiquement orné de pierreries. Lorsque la croix palatine sortait de Notre-Dame, elle était portée sous un dais par six chanoines, qui ne devaient jamais la perdre de vue. Elle était escortée par quarante grenadiers aux gardes françaises et les troupes prenaient les armes sur son passage. (Souvenirs de la marquise de Créquy, t. II, p. 212.) Celte croix, préservée en 1791, disparut de l’archcvéché lors du pillage qui eut lieu en juillet 1830.
deux cailloux pouvait devenir le nerf de la guerre civile ou étrangère. En 1635, il avait vu le roi d’Espagne « contraint d’engager au Mont-de-Piété de Saint-Jacques pour trois cens mille escus de pierreries », afin de subvenir à l’entretien de ses armées. L’année suivante, à la date du 28 juin, il avait pu lire dans la Galette de France que le duc de Modène,
dans une pareille nécessité, avait dû, lui aussi, engager « force pierreries et entre autres un diamant de 130,000 escus ». Quatre ans plus tôt, il avait été informé de l’offre que Marie de Médicis avait faite à son fils, Gaston d’Orléans, de lui restituer les écrins de la duchesse sa femme, dont elle était restée dépositaire, pour qu’il pût trouver dessus une somme considérable d’argent et lever des troupes hors du royaume l. Le cardinal lui-même, en maintes circonstances, n’avait pas dédaigné de faire intervenir ces coûteux joyaux pour se concilier des amitiés précieuses ou pour stimuler le zèle de ses amis. C’est ainsi qu’il s’était efforcé d’obtenir les bonnes grâces de Gonzalve de Cordoue, ambassadeur extraordinaire d’Espagne, en lui offrant de la part du roi « une riche épée de diamans » que celui-ci refusa fièrement. En 1633, le cardinal de Lorraine, moins scrupuleux, avait reçu de lui, en quittant la Cour, un diamant de 2,000 pistoles. En 1634, pour raffermir les bonnes intentions du cardinal Antoine Barberini et l’engager à soutenir auprès du pape, son oncle, les intérêts de la France, il lui avait fait envoyer, de la part du roi, une croix de diamants avec une lettre à la fois amusante et gracieuse, qui nous a été conservée2. En 1616, le comte de Gardie, ambassadeur de Suède, s’était vu gratifier, après son audience de congé, d’un cordon en diamants. Si l’on en croit certains chroniqueurs, le cardinal aurait même favorisé l’établissement du juif portugais Lopez, qui monta à Paris une
Pent-à-col orné de pierreries avec camée dit de Marie Stuart.
(Cabinet des antiques.)
1. Le Clerc, la Vie du cardinal de Richelieu, t. III, p. 7. — Aubery du Maurier, Vie du cardinal, liv. V, ch. xl. — Recueil des Galettes de France, année 1635, p. 511, et 1636, p. 420. — Le Vassor, loc. cit., t. XII, p. 615.
2. « Monseigneur. Le Roi, aiant su que ceux qui ont toujours envié son contentement et qui n’aiment pas votre Maison n’oublient rien de ce qui vous peut causer des traverses et vous faire porter la croix à son occasion, m’a commandé de vous en envoyer une de sa part, pour témoigner à tout le monde qu’il ne peut souffrir qu’à son sujet vous en portiez une autre que celle qui viendra de lui, dont la pesanteur ne vous sera pas incommode... » (Recueil des lettres de Richelieu, lettre 248.) — Le Vassor, loc. cit., t. XIII, p. 105; t. XIV, p. 285.
' LA JOAILLERIE
taillerie de diamants devenue promptement célèbre. Cet industriel, écrit Tallemant, « acheta un gros diamant brut, le fit tailler, y gagna honnêtement. Cela le mit en réputation. De toutes parts, on lui envoyoit des diamans bruts. Il avoit chez lui un homme à qui il donnoit huit mille livres par an, et le nourrissoit lui sixième. Cet homme tailloit les diamans avec une diligence admirable et avoit l’adresse de les fendre d’un coup de marteau quand il étoit nécessaire. Ensuite toutes les belles pierres lui passèrent par les mains b »
Néanmoins il ne parait pas que ce grand homme d’Êlat ait attaché à la possession de ces coûteux joyaux une importance capitale. En cela — comme en beaucoup d’autres choses — ses goûts s’accordaient assez mal avec ceux de la reine mère, son auguste protectrice, qui, en digne descendante des Médicis, raffolait non seulement des pierreries, mais aussi des camées et des pierres taillées. Nous possédons quelques bijoux provenant de cette princesse, un pent-à-col notamment d’une magnificence rare, mais qui pâlit cependant quelque peu à côté de ce miroir et de ce bougeoir que l’on expose précieusement dans la galerie d’Apollon, avec celles des pierreries de la Couronne qu’on a tenu à ne pas vendre.
Ces deux magnifiques joyaux ne sont pas français. Ils sont de fabrication italienne. Ils furent offerts à la reine, à Lyon, le 17 décembre 1600, par les ambassadeurs vénitiens, à l’occasion de son mariage. A la fin du siècle dernier, le miroir, inventorié avec les joyaux de la Couronne, était estimé à 150,000 livres; le bougeoir, 100,000, ces prix aujourd’hui pourraient être décuplés 1 2. De pareils joyaux indiquent assez de quel luxe la mère de Louis XIII était coutumière en ses jours heureux.
Sa bru, Anne d’Autriche, dont nous connaissons aussi quelques bijoux, ne se montra pas, quoiqu’elle fût d’origine espagnole, moins éprise des pierreries, et ce goût semble même avoir adouci les rancœurs de l’horrible maladie qui l’emporta. On rapporte, en effet, qu’elle expira les yeux fixés
1. Recueil des Gabelles de France, au 1er décembre 1646. — Tai.i.oiant m:s Hùaux, Historiettes,
2. Inventaire des diamants de la Couronne, 1701, T parlie, p. 103 à 107.
Pendant en forme de monogiîamme.
(Musée de Dresde.)
sur la chapelle de diamants, que la reine sa belle-mère « avoit l'ait faire avec tant de soin et de plaisir1 ».
Mazarin était trop foncièrement italien pour ne pas nourrir à l’égard des pierreries une passion profonde. Cette passion, toutefois, ne se manifesta dans toute son intensité qu’après 1653, c’est-à-dire lorsque la Fronde eût saisi et mis aux enchères son splendide mobilier. Alors il comprit bien toute l’importance de cette joaillerie qu’on pouvait en un tour de main préserver de toute fâcheuse aLteinte. Aussi, pour éviter le retour d’événements redoutés, s’empressa-t-il d’acquérir à un prix extrêmement élevé les douze diamants d’un même volume et d’une égale beauté, qui prirent, par sa volonté, le nom des dou\e ma\arins. Comme Richelieu avait laissé à Louis XIII sa chapelle, Mazarin laissa ses douze pierres à Louis XIV. Elles firent dès lors partie des Diamants de la Couronne. Le cardinal, pour les faire accepter au roi, avait dit qu’elles étaient trop belles pour un simple sujet. La Convention, ayant voulu les réaliser, ne trouva pas même un souverain en état de les acquérir, et, ne pouvant les vendre, les mit en gage en Hollande, d’où Bonaparte s’empressa de les retirer dès qu’il eut été nommé premier consul.
A l’école de sa mère et du cardinal de Mazarin, Louis XIV ne pouvait manquer de contracter de bonne heure un goût prononcé pour les pierres précieuses. Aussi, à l’exception du duc de Modène, dont c’était la passion dominante, aucun prince de son temps n’en acquit autant que lui ni de plus belles. Voltaire a dit quelque part : « A la mort du roi Louis XIII, il n’y avoit que pour 700,000 francs de pierreries à la Couronne. En 1696, il y en avoit pour 11,330,000 livres 2. » Ce chiffre, qu’il faudrait quadrupler pour le ramener au pouvoir actuel de l’argent, est très vraisemblablement fort au-dessous de la vérité. Dangeau, en effet, expliquant que le Grand Roi se vit en 1688 obligé de restreindre son budget personnel, écrit : « Il lui a coûté 2 millions l’an passé pour achat de diamans, dépense qu’il veut diminuer celte année-ci. » Quel trésor formidable le roi aurait-il constitué, s’il eût continué de fa sorte — à moins que, dans ses acquisitions annuelles, les diamants attribués à la Couronne n’aient figuré que pour un faible appoint! — C’est au surplus ce qu’on pourrait inférer d’un autre passage du Journal de Dangeau. Après avoir conté que le roi offrit à la jeune duchesse de Bourgogne une garniture de brillants estimée de 500,000 à 600,000 livres, notre fidèle narrateur ajoute : « Ce sont des diamans que le roi avoit achetés, mais qu’il n’avoit point donnés à la Couronne, car
1. Mémoires de MlK de Montpensier (édition Cheruel), t. IV, p. 26. —Voir dans les Nouvelles arch. de l’art français (1872, p. 265) l’inventaire de cette chapelle estimée 56,194 livres.