Voltaire, Sottisier, p
LA JOAILLERIE
s’ils avoient été donnés ci la Couronne, le roi ne pourroit plus en disposer qu’en les prêtant 1. »
Peu de princes, du reste, furent sous ce rapport aussi magnifiquement prodigues. Tous les récits contemporains sont d’accord là-dessus. Ce grand roi combla de joyaux la reine Marie-Thérèse, jusqu’à lui faire faire un « carrosse de pierreries » — folie qu’il renouvela plus lard pour la Dauphine. En 1G88, il fit à cette dernière la surprise de bracelets de perles, d’une croix de brillants et d’un coulant de toute beauté, qui fit une énorme sensation dans cette Cour pourtant si blasée sur la somptuosité. Nous venons de voir s’il fut généreux
avec la duchesse de Bourgogne. Dans ses alliances de la main gauche, il ne se montra pas moins fastueux, et les diamants de Mme de Montespan, aussi bien que ceux de M'le de Fontanges, sont demeurés célèbres. 11 n’est pas jusqu’à la sévère Mmo de Maintenon qui n’eût part, directement ou indirectement, à ces prodigalités royales. Quand sa petitenièce MUo de Murcé épousa le comte de Caylus, le roi lui offrit un collier valant 30,000 livres; et les Noailles,
héritiers de la veuve Scarron, trouvèrent dàns sa succession — si nous en croyons Buvat — pour trois millions de pierreries2.
Cette débauche de joaillerie fut admirablement servie par l’abondance de gemmes que les voyageurs français rapportèrent de leurs incursions en Asie. Tavernier, en 16G8, Chardin, en 1G70 et 1G77, en introduisirent en France des quantités et de fort belles. Bientôt, dans l’esprit des artistes
Pent-à-col orné de pierres précieuses ayant appartenu à Marie de Médicis.