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Fontenay, les Bijoux anciens et modernes, p

Pl. XXIX.

HISTOIRE DE L’ORFÉfRERIE FRANÇAISE.

GANTIERE

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LA JOAILLERIE

il s’improvisa un si grand nombre de fortunes imprévues, que la possession de ces joyaux tomba, en quelque sorte, dans le domaine public et absorba de tels capitaux, qu’en 1720 on dut interdire par un Édit « à toutes personnes, de quelque sexe et de quelque état qu’elles soient, de porter sur elles des diamants, perles et pierres précieuses, et même d’en conserver en leur maison, sous peine de 10,000 livres d’amende ». Les joailliers reçurent en môme temps l’ordre de réexpédier au dehors ce qu’ils avaient en magasin. On prétendait qu’en quelques mois on avait tiré de l’étranger pour plus de cent millions de pierreries et qu’on se préparait à en faire venir pour une somme plus considérable encore.

Mais les lois somptuaires n’ont que peu de durée. Six mois plus tard, on dut rapporter cet Édit. On s’était aperçu que non seulement il ruinait les lapidaires et les joailliers, mais qu’il privait « le royaume du profit qu’il fait avec les changeurs qui envoient leurs pierreries en France pour y être taillées, montées et mises en oeuvre ». Et de suite, on revit les femmes « en robes longues garnies de boutons et de boutonnières de diamants, depuis le haut jusques en bas 1 ».

Qu’ajouter à ce tableau? Faut-il rappeler, avec Dangeau, (}ue les pierreries de M1Ie Piron rétablirent les affaires du duc de Villars? Désire-

t-on suivre avec Saint-Simon les négociations qu’occasionna l'achat, à l’Anglais Pitt, du diamant qui devait, par la suite, prendre le nom du Régent; ou préfère-l-on assister, avec Buvat, à l’arrivée du joaillier Rondet qui élait allé chercher ledit « Régent » à Londres2? Devons-nous, interrogeant encore ce même Jean Buvat, apprendre de lui que l’habit porté par le jeune Louis XV, lorsqu’il reçut l’ambassade turque (23 mars 1721), était chargé de

Costume emblématique de la joaillière, d’après Larmessin

1. Mathieu Mahais, Mémoires, t. I, p. 315, 490, 49G. — Dangeau, Journal, l. XIX, p. 130.

2. Dangeau, Journal, t. 111, p. 328. — Saint-Simon, Mémoires, t. XV, p. 72. — Jean Buvat, Mém. de la Régence, t. 1, p. 282. Le passage mérite d’étre cité :

20juin 1717.

« Le 20 juin, le sieur Rondet, joaillier, arriva de Londres où il élait allé en chaise avec une somme

pierreries au poinl de peser 30 à 40 livres et de valoir 25 millions, et qu’à celte cérémonie, le justaucorps du duc de Chartres disparaissait sous les diamants et les perles? L’écouterons-nous quand il raconte que le duc de Bourbon se fit faire une croix de l’ordre du Saint-Esprit estimée 300,000 livres; et que Mmc d’Averne, qui succéda à Mme de Parabère dans les bonnes grâces de Philippe d’Orléans, se fil donner par le Régent une garniture de boutons de robe de plus de 100,000 livres? Suivrons-nous le continuateur de Bachaumont au banquet royal du 20 novembre 1773, où « le jeu des diamans, dont on ne peut calculer la richesse, faisoit croire que l’on étoit dans un palais de fées », et où la comtesse Dubarry, « radieuse comme un soleil », étalait pour cinq millions de pierreries sur sa personne? Ajouterons-nous que, quelque temps avant sa mort, Louis XV avait com-

Le Régent. — Élévation, plan supérieur et plan inférieur.

mandé pour cette même favorite une rivière de diamants de 750,000 francs, que Louis XVI acquit plus tard et plaça galamment sur la toilette de la reine 1 ?

Une simple anecdote fera, mieux que toutes les citations, comprendre le vertige qui s’était emparé de cette foule endiamantée, pour nous servir d’un néologisme de Mme de Créqui. Racontant les accidents terribles qui signalèrent le mariage de Louis XVI et de Marie-Antoinette, et parlant des personnes qui furent renversées dans la rue Royale et dépouillées par les filous, « on disoit, écrit cette dame, que la femme d’un quartinier, qui s’appeloit Babelle, avoil perdu pour 40,000 écus de diamans qu’elle avoit loués chez Boehmer, lequel étoit joaillier du duc de Chartres. On avoit dit, longtemps avant ceci, que dans les occasions solennelles et

de deux millions cinq cent mille livres en or, escorté par sept grenadiers à cheval, des plus braves et des mieux armés, pour la valeur d’un diamant (le Régent) de la grandeur d’un écu de cent sols et de la grosseur d’un œuf de pigeon, que l’on assuroit être le plus beau qui se soit jamais vu pour la grosseur et pour l’éclat, lequel diamant avoit ci-devant appartenu au beau-père de milord Stanhope, général des troupes anglaises en Espagne. Le sieur Rondet remit ce diamant entre les mains de M. le duc d’Orléans, qui l’a voit envoyé exprès en Angleterre pour faire cette acquisition et pour le conserver parmi les pierreries de la Couronne. »

I. Jean Buvat, loc. cit., t. I, p. 463; t. II, p. 226 et 277. — Bachaumont, Mém. secrets, t. Vil, p.98; t. XVI, p. 126.

LA JOAILLERIE

surtout quand il devoit y avoir des fêtes à l’Hôtel de Ville, celui-ci ne manquoit jamais de se faire prêter des diamans par M. son père, et qu’ensuite il s’arrangeoit avec Boehmer, qui prèloit ces diamans à loyer et qui lui réservoit les deux tiers de son profit 1. »

De pareilles confidences puisent un redoublement d’intérêt dans les événements qui suivirent et qui devaient provoquer l’émigration temporaire d’une grande partie de ces précieux joyaux. En 1791, l’Assemblée nationale fut saisie d’une dénonciation tendant à établir qu’on procédait à l’enlèvement clandestin des diamants de la Couronne. « Au dire de certaines personnes, plusieurs municipalités avoienl arrêté des malles pleines de pierreries. On avoit saisi sur la Seine des bateaux complètement chargés des diamans les plus magnifiques. » Une commission composée des députés Bion, Christin et Delattre eut la mission de vérifier le dépôt et d’en dresser inventaire. Ces commissaires furent adjoints aux joailliers Menière, Louri et Laddgraff, qui, s’aidant des inventaires de 1691 et de 1774, procédèrent au récolement et à l’estimation des pierreries royales2.

Il semble, lorsqu’on a lu cette interminable énumération, qu’avec une pareille collection de pierreries, la Couronne pouvait aisément pourvoir à tous ses besoins de faste et de splendeur. Il n’en était rien. Une note du duc de Luynes 3 4 nous apprend que la veuve du fameux Révérend ayant fait faillite, le contrôleur général Orry fit acheter à sa vente pour 14,000 livres de pierres fausses, lesquelles furent mises entre les mains d’un joaillier des Menus-Plaisirs, nommé Levesque. Il ajoute que celui-ci s’arrangea de façon qu’on dut les lui abandonner pour un prix dérisoire. Jointes au fonds qu’il possédait, il put louer, grâce à elles, «des pierreries pour le roi pour environ 6,000 livres par an, en comprenant les frais de les monter et de les attacher aux habillemens ».

Ajoutons que ce mélange quelque peu troublant de pierres fausses aux incomparables pierreries de la Couronne n’était pas chose nouvelle. Les Statuts des Orfèvres de Paris, rédigés en 1355, défendent, en effet, de monter en or aucuns « doublets de voirrines pour vendre ne pour s’en user, se ce n'est -pour le roy et pour la reyne ou ses enfants ». Or il est à croire que les rois et les princes du sang ne manquèrent pas de se prévaloir de ce curieux privilège, car on rencontre constamment de ces pierres fausses dans les écrins de nos souverains et de leurs augustes parents''.

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