‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 124 sur 154 · Doc de Luynes, Mémoires, t. X, p · texte numérisé non relu

Doc de Luynes, Mémoires, t. X, p

4. Nous citerons un peu au hasard, dans X Inventaire du duc d'Anjou (1300), un christ d’argent qui a « sur sa leste une couronne de fausse pierrerie »; un pot cl. une aiguière dont le bouton était fait d’une « pierre de voirre en couleur d’azur »; dans l 'Inventaire du duc de Normandie (1303), une croix

Ainsi les princes ne se privaient pas d’associer des pierres « de composition », comme on les appelait alors, aux plus riches pierreries. Quant aux particuliers, le Législateur leur défendait d’en faire usage. Le Livre des mestiers d’Étienne Boileau, dans le titre qu’il consacre aux u Pierriers de pierres natureus », dit expressément : « Nus ne ne puet, ne doit mettre voire en couleur par tainture, ne par painture nulle, quar lœvre est fausse et doit eslre quassée et despéciée. » Mais cette sévère prescription n’eut que peu d’effet. Pendant tout le Moyen Age, on fabriqua des pierres fausses en quantité et avec une telle perfection que l’auteur du Propriétaire des choses pouvait écrire : « Aulcunes foys, les faulces pierres sont si semblables aux vreys, que ceulx qui mieulx si eognoissent y sont bien souvent deceulx (trompés). »

Avec le xvi° et le xvn° siècle, cette fabrication, loin de se ralentir, entra dans ce qu’on pourrait appeler la phase scientifique. L’Italien Nerri, le Français Haudicquer de Blancourt, l’Anglais Merret, l’Allemand Hunckel 1, dans leurs traités sur la verrerie, insèrent des recettes pour cette fabrication; et la Galette de France nous apprend que, le 8 septembre 1G60, Anne d’Autriche alla voir dans l’enclos privilégié du Temple « les curiositéz et pierreries que le sieur Daru fait par un secret qu’il a inventé, et dont la beauté surpasse celle des pierres fines ». Au siècle suivant, le bijoutier Strass donna son nom à des imitations de diamants qui lui conquirent une notoriété universelle. Ce qu’on sait moins, c’est que Strass eut pour émule, dans ces savantes falsifications, le joaillier Chéron, établi place du Vieux-Louvre, et qui avait « trouvé le secret d’imiter si parfaitement avec de la pierre à fusil le diamant et les autres pierres précieuses, que les connoisseurs eux-mêmes y étoient trompés2 ». On voit que lorsque l’encyclopédiste Cardan prétendait que les pierres précieuses vivent, car « si elles ne vivoient pas, elles pourroient estre faictes par artifice », il était assez mal renseigné sur la question — encore même qu’il ne pût prévoir les belles découvertes réalisées en notre temps par MM. Moizan, Caron et Sainte-Claire Deville.

d’or « à pierres de voirre » ; dans V Inventaire de la reine Jeanne d’Évreux (1372), « un chapel (couronne) d’esmeraudes de voirre »; dans l'Inventaire de Charles V (1380), « une attache qui iust à la royne Jehanne de Bourbon, garnie de pierres laulces »; dans l'Inventaire du duc de Berry (1416), « un grand doublet contrelaict de couleur de saphir, — une pierre de voirre contrefaicte en manière d’esmeraude », etc. On pourrait multiplier ces citations.

1. Voir notamment l'Art de la verrerie, par Haudicquer de Blancourt; Paris, 1678. — L'Art de la verrerie de Nerri, Merret et Hunckel, traduit par d’Holbach; Paris, 1752.

2. Annonces, affiches et avis divers, 10 novembre 1756 et 11 décembre 1777.

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