‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 128 sur 154 · I. Mercure galant, n* de novembre 1070 et de mai · texte numérisé non relu

I. Mercure galant, n* de novembre 1070 et de mai

lettres que Mme de Mouci donna vers la même époque à M. de Lavardin u tous les chenets, plaques, chandeliers, labiés et guéridons d’argent qu’on peut souhaiter»; et, dans une autre lettre, que Mme du Lude possédait pour 27,(X)0 écus de meubles d’argent, et que Mme de Chaulnes avait de ce même métal, une table et deux guéridons, avec une toilette de vermeil b

Malheureusement toute médaille, quelque brillante qu’elle soit, a toujours

son revers. Nous avons trop soigneusement constaté, au cours de cette étude, le rôle économique et transitoire joué par l’orfèvrerie, pour nous montrer bien surpris de la disparition de tous ces coûteux et éblouissants ameublements dont la Cour et la Ville tiraient vanité, et dont la description encombrait les gazettes. Immobilisés aux jours prospères en de dispendieux ouvrages, les métaux précieux, c’est leur sort inéluctable, dépouillent leurs formes brillantes, dès que le ciel s’assombrit.

Or on sail si les dernières années du règne de Louis XIV furent sombres et désolées. Il semble, du reste, que ce prince, si naturellement enclin aux plus folles prodigalités, ait eu comme un pressentiment, comme une vision des catastrophes que préparaient cet abus de dépenses somptuaires, cette exagération de splendeur... au moins chez ses sujets; car s’il n’osa pas ou ne put se contraindre, du moins chercha-t-il, par une législation sévère, à restreindre le luxe des simples particuliers, et, fait à peine croyable, on ne compte pas sous son règne — il est vrai qu’il fut long — moins de vingt Ordonnances, Déclarations ou Edits somptuaires 1 2.

Costume emblématique de VOrfèvresse.

(D’après une estampe de Larmessin.)

1. Recueil des lettres de la marquise de Sévigné (Rouen, 1790), t. V, p. 398; t. VIII, p. 128, 134 et 145.

2. Parmi ces Édits chargés de refréner le luxe, nous citerons ceux des 31 mai et 31 décembre 1644, 26 octobre 1656, 27 novembre 1660, 17 mai 1661, 29 décembre 1664, 17 novembre 1667, 13avril et 9 juillet 1669, 7 janvier et 29 novembre 1673, 7 mai 1675, 18 juin 1683, et surtout ceux des 26 avril 1672.

Comme toujours, celte législation répressive demeura sans grande efficacité; et en 1689, lorsque, pour se procurer de l’argent, il ordonna à ses fidèles sujets de porter leur argenterie à la Monnaie, Louis XIV eut sans doute quelque joie de trouver qu'ils s’étaient montrés mal obéissants à ses Édits. Dangeau constate que, dans le mois de janvier 1690, on ne put fondre dans cet établissement toute la vaisselle que l’on y porta1. Il faut donc que celle-ci ait été singulièrement abondante. Du reste, Y Ordonnance du 14 novembre 1689, qui imposait ce douloureux sacrifice, contient la curieuse et surprenante nomenclature de tous les objets mobiliers que les riches particuliers faisaient alors fabriquer en argent. C’étaient des balustres, « bois » de chaise, cabinets, tables, bureaux, guéridons, chenets, grilles, garnitures de feu et de cheminées, chandeliers à branches, torchères, girandoles, bras, plaques, cassolettes, corbeilles, paniers, caisses d’oranger, pots à fleur, urnes, vases, carrés de toilette, pelotes, buires, seaux, cuvettes, carafons,

Costume emblématique de l 'Orfèvre.

(D’après une estampe de Larmessin.)

tourtières, casseroles, etc.

Cette énumération ne produit-elle pas comme un éblouissement, et ne semble-t-il pas que nous soyons de pauvres gens à côté de ces ancêtres si bien pourvus d’argenterie 2?

Puis, après avoir mis à contribution le luxe des laïcs, le roi s’adressa à son non moins fidèle clergé. Archevêques et évêques reçurent l’invitation équivalant à un ordre — de faire offrir par les églises de leurs diocèses respectifs tout ce qui ne leur était pas strictement nécessaire; et pour

10 février et 6 mai 1687, 14 novembre 1680, 22 mai 1691 et mars 1700, qui visent plus spécialement l’or lèvrerie et l’emploi des matières d’or et d’argent.

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