Jean Buvat, loc. cit., t. II, p
2. L’amende leur fut remise, sur la sollicitation de la princesse de Modène pour qui ils travaillaient.
3. Aucun état, aucune fonction ne furent respectés. Le sieur Dupuis, notaire, proche Sainle-Croixde-la-Bretonnerie, qui possédait 1,200 livres chez lui, se les vit confisquer. Un habitant de la rue Saint-Jacques ayant eu l’imprudence de raconter à un voisin qu’il avait caché dans sa maison pour 60,000 livres d’espèces d’or et d’argent, fut dénoncé et, outre la confiscation, fut condamné à 10,000 livres d’amende. Chez le sieur Tarquini, l’un des caissiers de la Banque, on saisit 77,000 louis d’or. Les officiers de la Monnaie s’étant transportés chez le sieur Bezin, marchand de vin, proche Saint-Gervais, et ensuite chez le sieur Cottin, banquier, rue Thibautodè, trouvèrent chez le premier 64 marcs de louis d’or de provenance étrangère, et chez le second 52 louis de même marque qu’ils saisirent et
des citoyens, provoqua la délation, encouragea et récompensa l’espionnage et, ne respectant aucun secret, rechercha jusque dans les réduits les plus retirés de toutes les demeures ce qui pouvait tomber sous le coup de
l’implacable loi. Même aux temps les moins fortunés du règne de Louis XIV, on n’avait rien vu de pareil.
Législation d’autant plus impolitique que, malgré son caractère éminemment vexatoire, elle devait rester absolument inefficace. Veut-on savoir, en effet, quelle influence les Édits, Ordonnances, Lettres royaux. Déclarations, si nombreux au xvn° siècle et au xvm°, exercèrent sur l’orfèvrerie d’apparat et l’argenterie de service, non seulement des princes et des grands seigneurs, mais des magistrats, voire des financiers et des simples bourgeois? — Pour cela, il suffit de choisir dans les archives un certain nombre d’inventaires après décès, de ceux qui précèdent ou suivent la proclamation de ces fameuses lois somptuaires, et de les comparer entre eux. L'Inventaire de Charles Benoit, notaire à Paris, dressé en 1634 et conservé à la bibliothèque de l’Arsenal, accuse chez le défunt la présence de 205 marcs 6 onces 2 gros de vaisselle d’argent, valant environ 10,500 francs de notre monnaie. L’argenterie dont se servait journellement Catherine de Saint-Maure, dame de Brassac, fut estimée à son décès à 15,671 livres 5 sols; sa vaisselle de vermeil, à 697 livres 17 sols; et dans un bahut on trouva encore en réserve pour 3,820 livres d’objets divers en argent : croix, flambeaux, pot de chambre, etc., soit ensemble 20,189 livres 2 sols. Le maréchal de la Meilleraye meurt en 1664, c’est-à-dire vingt-cinq ans avant la première
emportèrent avec eux. Au cours de ces investigations, on découvrit chez un de ces agioteurs quantité de vaisselle d’église, calices, croix, chandeliers, encensoirs d’argent et de vermeil, qu’il avait achetés à divers orfèvres, sous de spécieux prétextes, afin de réaliser ses billets de banque, et l’on conduisit ;i la Bastille plusieurs autres spéculateurs accusés d’avoir réduit des louis d’or en lingots. Dès 1719, trois orfèvres a voisins du Palais » avaient été incarcérés pour la même cause. Enfin une perquisition pratiquée, le 30 avril 1723, chez le sieur Févriei*, caissier de la Compagnie des Indes, amena la découverte de « vingt, douzaines d’assiettes d’argent, du poids de quatre marcs chacune, et quantité d’argenterie très belle à proportion ». (Barbier, Chronique de la Régence, l'° série, p.292 cl 293. - Jean Buvat, loc. cit., t. I, p. 473; t. Il, p. 44, 51, 53, 112, 113, 191, 300.)
[Salière rocaille, dessinée par J. -A. Meissonnier.
Salière en (orme de coquille, dessinée par J. -A. Meissonnier.
refonte. On appose chez lui les scellés, et l’on trouve que sa vaisselle de cuisine monte à 5,801 livres 12 sols 6 deniers; sa vaisselle de table, à 10,537 livres 17 sols G deniers; celle de vermeil, à 2,418 livres. En outre, le garde-meuble renferme pour 3,G81 livres de pièces mises en réserve pour les grandes occasions. Soit, au total, 22,258 livres 10 sols. Ainsi, avant les Edits rigoureux qui marquèrent la fin du règne de Louis XIV, la
vaisselle d’un officier ministériel représentait une dizaine de mille francs.
Celles d’une noble veuve et d’un maréchal de France variaient de 20,000 à 25,000 francs. Arrivons maintenant aux Édits somptuaires.
Le 31 août 1694, cinq ans par conséquent après la fameuse Ordonnance de 1689, le célèbre Delaunay fait la prisée de l’argenterie du maréchal d’Humières, mort quelques années plus tôt à l’Arsenal. Cette prisée monte à 30,925 livres. En 1698, l’abbé d’Efliat décède, cl Jacques Pijart, domicilié quai des Orfèvres, procède à l’estimation de la vaisselle du défunt. Celle-ci s’élève à 27,364 livres 3 sols 6 deniers. — Ce qui, pour un célibataire, est une belle somme ; il est vrai que chez l’abbé on ne mangeait que dans du vermeil. Le 24 septembre 1700, on dresse l’inventaire d’André Le Nôtre, et chez l’illustre jardinier, on trouve pour près de 13,590 livres d’argenterie. En 1713, celle de René Aubry de Barneville était prisée à 12,632 livres 17 sols 6 deniers pour la vaisselle plaLe, et à 4,829 livres 15 sols 9 deniers pour la vaisselle montée, soit en tout 17,462 livres 13 sols 3 deniers. A peine Louis XIV mort, le métal précieux reparaît dans les cuisines. Le Régent lui-même donne l’exemple. « La chère exquise, nous dit Saint-Simon en parlant du Palais-Royal, s’apprètoit dans des endroits faits exprès de plain-pied, dont tous les ustensiles étoient d’argent1. » Nous venons de dire quelles catastrophes entraîna le système de Law, et les lois spoliatrices qui en furent la conséquence. Eh bien, en 1720, la vaisselle du sieur Morié, « grand actionnaire », comme l’appelle Mathieu Marais, représentait 20,090 écus. A la mort de La Salle, marchand de chevaux, rue des Fossés-Saint-Germain, on découvrit chez lui