‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 140 sur 154 · VAISSELLE DE TABLE · texte numérisé non relu

VAISSELLE DE TABLE

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LE XVIIIe SIÈCLE

tuaires imaginées par la monarchie aux abois — avait singulièrement réduit l’importance de l’argenterie possédée par les grands seigneurs aussi bien que par la bourgeoisie. Nous voulons parler de la substitution du plaqué à l’argenterie contrôlée, et surtout de l’introduction sur toutes les tables de la porcelaine, appelée à remplacer en notre siècle la vaisselle plate, même dans les maisons les plus riches. — Mais n’anticipons pas et occupons-nous de l’évolution qui, à la mort du Grand Roi, s’accomplit dans l’esthétique de l’orfèvrerie.

La vieillesse mélancolique et désabusée de Louis XIV avait soumis

Soupière en argent repoussé et ciselé.

l’humeur de ses contemporains à un joug trop pesant, pour qu’une réaction violente et bien caractérisée ne suivît pas de très près son départ de ce monde. Les novateurs n’attendirent même pas que le vieux roi eût dit un éternel adieu à sa toute-puissance pour lever l’étendard de l’insubordination. Déjà Watteau avait ouvert la grande porte de la peinture à des préoccupations insoupçonnées quelques années plus tôt; et la génération qui arrivait à la vie ne demandait qu’à substituer ses explosions joyeuses aux déclamations pompeuses et solennelles. L’orfèvrerie dut offrir quelques résistances à cette transformation. Non pas que notre art ait jamais essayé de lutter contre les préférences de la mode, mais les maîtres d’alors avaient été élevés à la fière école du long règne. Ils étaient les héritiers de grands noms et de traditions sévères.

Nicolas Dclaunay, fatigué par l’âge, mais riche à millions et doublement considéré, tenait toujours bon et jusqu’à sa mort (1727) refusait

d’abdiquer. Claude Bail i n , le neveu, avait grandi chez son oncle et s’élait pénétré de ses leçons et de ses exemples; Thomas Germain, que le duc de Luynes qualifiait : « fameux orfèvre en grande réputation dans toute

belle œuvre n’étail pas entièrement de lui. L’architecte de Cotte en avait fourni le dessin, et le sculpteur Bertrand avait été chargé d’en modeler la ronde bosse. Ce détail est à retenir, car les artistes étrangers à l’orfèvrerie exercèrent, durant tout le xvuie siècle, une influence considérable sur la marche de cet art, et par leur intervention en précipitèrent les transformations successives.

Parmi les artistes qui travaillèrent le plus à faire perdre à l’orfèvrerie française la solennité de ses formes et la symétrie de sa décoration, il faut citer en première ligne Gilles Oppenord, le favori du Régent, le décorateur du Palais-Royal, et Juste-Aurèle Meissonnier, dessinateur ordinaire de la Chambre du roi. — L’un et l’autre étrangers, ils aidèrent puissamment à créer en France un des styles les plus français que nous ayons jamais eus. Architectes tous deux, ils introduisirent dans nos arts décoratifs le mépris absolu de l’architecture. La construction logique, la sage répartition des masses portantes, le respect de l’aplomb, que l’on avait jusque-là observés, furent brusquement répudiés par eux, et ce spec-

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