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I. Mercier, Tableau de Paris, 1. XI, p

un graveur habile, Cochin, ennemi juré des rocailleurs, et l’architecte Soufflot. On connaît, par les monuments que ce dernier éleva, Quelles étaient ses préférences. Celles de l’abbé Leblanc ne sont non plus un mystère. Quant à Cochin, on lui doit les Observations sur les antiquités d’Herculanum, parues en 1755, qu’il grava avec Bellicard; et ce livre curieux

servit de point de départ au retour vers l’art antique, qui caractérise la fin du xviiT siècle. Bien mieux, on chercherait vainement dans les lettres de Mme de Pompaclour à son frère, pendant son voyage d’Italie1 2, un mot tendant à le détourner de ses admirations classiques. On sait encore que la belle marquise fut une des premières à posséder des meubles à la grecque-. Ainsi, bien avant qu’elle fermât ses beaux yeux pour toujours, la révolution était accomplie. En 1763, Carmontelle publiait ses amusantes caricatures, costumes d’homme et de femme « dont les pièces sont imitées d’après les ornemens que l’architecture grecque emploie le plus communément dans la décoration des édifices » ; et à propos de ces dessins, Grimm pouvait écrire : « Depuis quelques années on a recherché les ornements et les formes antiques... Tout se fait à la grecque, la décoration extérieure et intérieure des bâtiments, les meubles, les étoffes... Les tonnes sont belles, nobles, agréables, au lieu qu’elles étaient tout arbitraires, bizarres et absurdes il y a dix ou douze ans 3. » Enfin, les réclames, annonces et prospectus publiés, dans les journaux du temps, par les orfèvres, et notamment par « le sieur Germain, sculpteur-orfèvre du Roy », attestent que l’orfèvrerie fut loin de se montrer rebelle à ces idées nouvelles4.

1. Correspondance de Mmc de Pompadour. Paris, Poulet-Malassis, 1878.

2. Pour les meubles ù la grecque, voir Dictionnaire de l'ameublement, t. II, col. 1182. Plus tard, ce goût pour l’Antiquité l'ut tourné en ridicule et môme chansonné. (Voir Souvenirs delà marquise de Créquy, t. IX, p. 112.)

3. Correspondance littéraire de Grimm et Diderot (Paris, 1829), t. III, p. 124.— Le 22 avril 1764, Bachaumont écrivait : « La manie du jour est de tout faire à la grecque. » ( Mém . secrets, t. II, p. 53.)

4. « Le sieur Germain, sculpteur-orfèvre du Roy et Compagnie, toujours animé du désir de porter les ouvrages qu’il entreprend à la plus haute perfection, prévient le public que, le 24 de ce mois, on vendra dans la maison où sont ses ateliers, rue des Orties, vis-à-vis le guichet Saint-Michel, une col-

Pot à oille en argent repoussé et ciselé. Modèle dessiné par Roettiers.

Pl. XXXVII HISTOIRE DE L' ORFÈVRERIE FRANÇAISE.

le triomphe de la vigne

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LE XVI I Ie SIÈCLE

Le sieur Germain, dont il est question ici, est François-Thomas Germain, le fils de l’illustre Thomas Germain, mort en 1748. Les réclames dont cet orfèvre meubla les journaux du temps ne lui réussirent guère plus que la transformation de son « style ». Elles ne parvinrent même pas à le sauver de la déconfiture. Au moment où François-Thomas Germain s'adressait au Mercure pour appeler l’attention sur la nouveauté de ses productions, il venait d’être dépossédé de ce logement du Louvre, précédemment occupé par son père et par son aïeul, dans lequel tant de chefs-d’œuvre avaient vu le jour. Ses dettes ne s’élevaient pas à moins de 2,400,000 livres. A la fin d’avril 1765, 180,000 livres d’effets souscrits par lui ayant été protestés, il se trouva en faillite ouverte, et, dès le lcl mai, ses créanciers unis firent apposer les scellés sur ses ateliers.

Trois mois plus tard, le 14 août 1765, les affaires de Germain n’étant plus susceptibles d’accommodement, M. de Marigny dut appeler l’attention du roi sur ce désastre. Il proposa

de retirer à l’imprudent artiste son logement des Galeries, et, malgré la bienveillance dont Louis XV avait entouré sa famille, le malheureux orfèvre fut expulsé b

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Garniture de toilette,

d’après un dessin de l’album de Robert de Cotte.

lection de vases antiques d’une composition qui égale en beauté l’agate et les pierres les plus précieuses, tous ornés de bronzes d’un goût exquis et de la plus belle dorure, qu’il a encore perfectionnée depuis <1 u’elle a été présentée au roi. Le sieur Germain se propose de continuer en tout genre et de varier ingénieusement les formes et les ornements de tous les ouvrages d’argenterie; la quantité de modèles qu’il a joints à ceux de son père le mettent à même, plus que tout autre artiste, de produire de quoi satisfaire les personnes les plus curieuses d’ouvrages recherchés. Le sieur Germain continuera d’entreprendre toutes sortes d’ouvrages à tels prix qu’ils puissent monter, et il n’exigera pas, comme il est d’usage, des avances pour les matières. » (Mercure, numéro de janvier 1760.)

1. Jules Guiffrey, François-Thomas Germain, sculpteur et orfèvre. — Documents inédits. (Journal l'Art, II0 série, 20° année; t. III, p. i0.)

Cet effondrement d’une maison si justement célèbre mérite d’autant plus d’être signalé, qu’il constitue, dans l’histoire de l’orfèvrerie française, un fait absolument exceptionnel. Au xvm' siècle, en effet, comme au xvue,

en dépit des refontes, des lois limitatives, et même de la substitution de la porcelaine à l’argenterie dans les services de table et de toilette, les orfèvres ne laissèrent pas que de faire des opérations assez fructueuses. On ne connaît pas d’autre exemple d’artistes logés aux Galeries du Louvre qui n’aient prospéré. Claude Ballin mourut en 1754, riche et honoré, laissant à son fils ses ateliers, qui avaient été concédés à celui-ci, dés l’année 1741, par un brevet de survivance. Marteau, qui occupa l’atelier deThomassin; François-Jules Barbier, qui avait été mis en possession de celui du sculpteur Van CJève ; Besnier, qui fut un des grands fournisseurs de Louis XV et céda à Rœltiers, son gendre, sa clientèle et son logement privilégié; Auguste père, auquel on accorda dans la suite le logement de Rœttiers; tous ces artistes s’enrichirent à travailler pour la Cour et pour le public. On en peut dire autant de Th.

Ducrollay, de Jean Coutelle, de Jacmin et de Maillard, tous quatre orfèvres de la Couronne; de Claude Perron, occupé aux Gobelins; de Gharvel, de Ratavelle, de Dupan, de Charles Le Tor et de Michel Montaigne, qui eurent la confiance du duc d'Orléans; de Fayolle de la Fresnaye et d’Auber, auxquels on demanda l’argenterie de mariage du dauphin (1747) et du comte d’Artois (1770); de Pierre Germain, dit le « Romain », de Gallien, de Louis Mercier, de Lecain, de Jean Frémin, de Louis Lehendrick, de Lempereur, d’Hubert- Louis Cheval, d’Odiot père, de Jean Formev et d’Haudrv, Gardes de l’Orfèvrerie ou juges-consuls, qui comptèrent parmi les orfèvres les plus distingués de cette période.

Légumier en vermeil,

d’après un dessin de l’album de Robert de Cotte. (Cabinet des Estampes.)

Rafralchissoir composé par Meissonnier pour le roi Louis XV.

LE XVII Ie SIÈCLE

Si l’on voulait un exemple de la considération dont jouissait alors ce bel art de l’orfèvrerie, on le trouverait dans la carrière de Jacques Rœttiers, qui, issu d’une noble famille anversoise et comptant dans ses ascendants quatre « graveurs généraux des Monnoies et Médailles du Roi », n’hésita pas à embrasser celte profession estimée. Lorsqu’il prit cette résolution, non seulement la situation élevée de sa famille autorisait pour lui de hautes ambitions, mais son « talent et sa capacité pour le dessin », attestés par les premiers prix qu’il avait remportés à l’Académie royale de peinture et de sculpture, pouvaient lui ouvrir d’autres carrières. Aussi, tenant compte de ses brillantes facultés, ainsi que des services rendus à l’État par ses parents, le roi n’hésita pas à lui accorder, par grâce spéciale, « la maîtrise d’orfèvre-joailleur » et le logement que Besnier, son beau-père, occupait au Louvre; puis, en 1765, le logement de Jacquemin. Fournisseur attitré du roi et du dauphin, chargé de « tout le rétablissement de la vaisselle de la dauphine », Jacques Rœttiers obtint enfin, en 1772, cet honneur si envié d’être anobli par le roi, et devint seigneur de la Tour, à Sucy en Brie, et de Montaleu.

Son beau-père, l’orfèvre Besnier,

était déjà seigneur de Choisy-sur-Seine. Une pareille illustration rejaillissait alors sur la corporation tout entière1.

Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, par conséquent, — en dépit des embarras politiques et financiers, de la pénurie de métaux précieux, de la gène universelle — le commerce de l’orfèvrerie demeura florissant. Mercier,

Sucrier avec sa soucoupe, en argent repoussé et ciselé.

1. Voir Notice sur les Rœttiers, graveurs généraux des monnaies de France, graveurs particuliers de la Monnaie de Paris et orfèvres, présentée par \ ici or Advielle. Réunion des Sociétés de beaux-arts des départements, t. XII, p. 446 à 570.

dans son Tableau de Paris1, écrit, en parlant du quai des Orfèvres :

« On se mire, en passant sur ce quai, dans les beaux plats d’argent qui tapissent les boutiques; il y en a d’oblongs, propres à recevoir le plus long des lièvres; les larges et épaisses soupières au ventre ciselé surchargent les comptoirs; les nécessaires, qui n’admettent point de vuide, offrent leurs boîtes pleines et pesantes très artistement fermées. »

Si l’on doutait, au surplus, de la véracité de Mercier, les annonces et les prospectus du temps suffiraient à prouver sa bonne foi et son exactitude2. Ajoutons que, non seulement Paris continua jusqu’à la Révolution de produire une quantité de pièces d’orfèvrerie, mais encore que la vieille Communauté des orfèvres — dont le rôle et la place, dans sa vie commerciale, avaient été si importants — conserva, tant que dura la Monarchie, sa grande ‘et légitime réputation.

L Tableau de Paris, t. IX, p 137.

2. Deux annonces, entre autres, énumérant les articles qui constituaient le fonds des grands magasins d’orfèvrerie à la fin du xvme siècle sont particulièrement instructives. La première, empruntée aux Annonces , affiches et avis divers du 2 décembre 1780, est ainsi conçue : « Vente d’effets de Mme Ducy, orfèvre, quai Pelletier, consistant en gobelets, jattes, casserolles, flambeaux, caletières, chocolatières, marabouts, bouillottes, pots à l’eau, gobelets à pieds, timballes, tasses, cuillers à soupe et à ragoût, couverts unis et à filets, cuillers à café, moutardiers, saucières, porte-huiliers, salières, coquetiers, boîtes à éponge, encriers, poudriers et autres objets d’argent et de vermeil, avec outils et modèles en plomb, dont un du Christ de Girardon. » La seconde, empruntée au Journal de Paris du 18 décembre 1790, porte : « Vente de marchandises d’orfèvrerie ET BIJOUTERIE, APRÈS LE DÉCÈS DE M. PiIGAL, marchand orfèvre-bijoutier, quai des Orfèvres, a la Tête Noire, comprenant pots à œil (sic) et leurs plateaux richement cizelés, terrines, jattes, plats, as-

Contre-face et valet du miroir représenté à la figure précédente

Miroir de toilette' avec cadre d’argent, exécuté par François-Thomas Germain.

C’est à Gallien qu’en 1761 la ville de Lyon s’adressait pour faire exécuter les grosses clefs d’argent, destinées à être présentées au roi, lors de son Entrée solennelle — hommage des orfèvres lyonnais à leurs confrères de la capitale. — Après la faillite de Thomas Germain, Auguste fut chargé de fournir toute une série de pièces pour la cour de Russie et pour les grandes familles de Pétersbourg L En 1784, la foule se pressait chez Ménière pour admirer les présents que le roi envoyait au sultan par son nouvel ambassadeur, le comte de Choiseul-Gouffier. Ces présents consistaient en un service de vermeil, un sabre, deux pistolets, un fusil garni en or, une montre de parade, deux aiguières de vermeil et deux cassolettes avec un aspersoir, etc. « La plupart de ces pièces, écrit l’auteur des Mémoires secrets-, auquel nous empruntons du reste ces détails, sont enrichies de diamants. Les pipes qui accompagnent cet envoi sont montées sur des flacons de porcelaine du Japon. On voit ensuite plusieurs pendules et une quantité prodigieuse de montres, soit en or, soit en argent, dont les heures sont marquées sur le cadran par des lettres ou chiffres turcs. « L’année suivante (le 3 février 1785), nous relevons dans la Correspondance secrète de Métra 3 le passage suivant : « Tout Paris est allé voir ces

Pot à l’eau en argent ciselé, d’après un modèle de l’album de P.obert de Colle.

jours-ci, chez le sieur Auguste,

sieltes, porte-huiliers, salières, bouts de table, couverts à filets et unis, gobelets à pied, timballes ordinaires à ratafîat, caffetières de toutes grandeurs, bouillottes, chocolatières et pots à crème, poêlons, casserolles, louches et autres ustensiles d’argent, tabatières tant pour hommes que pour femmes, chaînes de montre, èluis, anneaux d’oreilles, le tout d’or, boites avec émaux et peintures, bonbonnières, boéles à mouche et autres bijoux d’or; il y sera procédé lundi prochain 20 et autres jours suivanls, à trois heures de relevée. »

1. G un ma i.\ Bapst, l'Orfèvrerie française à la cour de Portugal, p. 3G.

2. Mémoires secrets pour servir à l’histoire des lettres, t. XXVI, p. 92.

3. Correspondance secrète politique et littéraire, t. XVI, p. 311.

a nu.»

Seau ù rafraîchir en argent repoussé et ciselé.

fameux orfèvre, la magnifique toilette de vermeil qu’il a faite pour l’infante de Portugal, qui va épouser l’infant don Gabriel d’Espagne. Le fini de cette orfèvrerie et l’élégance des dessins ont frappé tous les spectateurs. » Deux ans plus tard, le Journal de Paris ^ informe le public que « le sieur Bouillier, élève de l’école royale de dessin, orfèvre de S. A. S. Monseigneur le duc d’Orléans », vient d’achever un service de table en argent, exécuté pour « une cour étrangère ». « Les formes sont d’un style simple, mais élégant; les ornements qui l’enrichissent laissent aux galbes toute leur pureté. Les pièces qui le composent ont paru d’un fini précieux. » Enfin, le 12 janvier 1788, le même journal nous apprend que le sieur Bouillier terminait toujours pour « une cour étrangère » une chapelle en or et un service de table en argent.

Ainsi, à la veille de la Révolution, les orfèvres parisiens étaient encore les fournisseurs de l’Europe, les pourvoyeurs attitrés des princes et des rois. Non pas que leurs ouvrages eussent continué d’avoir la même ampleur et l’incomparable magnificence qui distinguaient l’argenterie du Grand Roi. Il ne s’agit plus, dans cette seconde moitié du xviii6 siècle, de tables, de consoles, de guéridons, de brancards et de torchères en métal précieux. Les modèles des Germain, des Rœttiers, des Lalonde, des Lafosse, des Pineau, des Babel, qui nous ont été heureusement conservés et qui inspirèrent les artisans de cette brillante époque, ne nous montrent, en fait de grandes pièces, que quelques surtouts, des pots à oille et des soupières. Mais ces modèles sont élégants, ingénieux, quelquefois nobles, et leurs formes toujours heureuses expliquent la vogue universelle qui resta si longtemps fidèle aux orfèvres français.

Journal de Paris, numéro du 2 avril 1787.

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Porte -huilier en argent ciselé.

Modèle dessiné par Lalonde

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