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CHAPITRE TROISIÈME

Oijfèwrerçi^ ©auloi^

La métallurgie gauloise. — Un passage de Philostrate. Bijouterie nationale. — Anneaux, torques, chaînes et bracelets. Influences extérieures. — Rome et l’Asie.

L’orfèvrerie gallo-romaine. — Le coffret de Lyon.

La patère de Rennes. — Le bouclier de Scipion. — Le vase d'Alésia. Les trésors de Bernay et d’Hildesheim.

près un long et laborieux détour, nous voici parvenus au pays dont nous nous sommes proposé d’étudier plus spécialement l’art et la production. Le passé le plus lointain auquel il nous soit permis de remonter dans celte étude nous montre cette chère et magnifique contrée, qui, après dix-huit siècles de luttes et d’efforts, formera la France « une et indivisible », partagée entre vingt tribus par lesquelles elle a été envahie et conquise. Indépendantes les unes des autres, ces tribus appartiennent cependant à une même race, robuste, énergique, industrieuse, la race des Walyas, devant laquelle tout a dû plier, et dont l’Océan seul a pu arrêter la marche victorieuse.

Ces Walyas, ou, pour les appeler d’un nom moins scientifique, ces Gaulois, n’étaient pas venus chercher dans leur nouvelle conquête un repos bien gagné. La vie paisible, l’humeur contemplative n’étaient pas leur idéal. A peine en possession de la terre promise, l’amour de l’inconnu, la soif du butin, le désir de la conquête allaient les en faire sortir, les entraînant à des expéditions singulièrement lointaines; et leurs cohortes bruyantes, attirées vers le pays du soleil, escaladèrent de nouveau les montagnes, enjambèrent les fleuves. De l’ libre au Danube, la Méditerranée les vit camper sur ses bords.

1 Halii- lui des premières à recevoir leur visite. Pendant quatre siècles, i Ile (ml a se défendre contre eux avec des fortunes diverses — lutte terrible, inexorable et sans merci, où, suivant le mot de Salluste, il s’agissait non de la gloire de Rome, mais de son existence. — Cent ans après dii’ils eurent assiégé et pris la ville éternelle, la Grèce, à son tour, les vit s’avancer invaincus et farouches, franchir les Thermopyles et pénétrer jusqu’à Delphes, où leur goût du pillage devait trouver amplement à se satisfaire, dans un sanctuaire déjà mis à contribution, mais riche encore de trésors sacrés. La Macédoine, la Thrace furent ensuite occupées par eux, et la Phrygie les reçut, quand, rejetés hors d’Asie, ils durent battre en retraite devant les troupes d’Antiochus et furent refoulés par les armées d’Eumène. Lorsque enfin, après tant de sang répandu, de conquêtes perdues, de victoires suivies de défaites, ces envahisseurs reprirent le chemin de leur occidentale patrie, ils étaient d’autres hommes qu’au départ. Ils n’avaient pas impunément traversé tant de contrées où la civilisation avait atteint ses derniers raffinements. Ce n’est pas en vain qu’ils avaient séjourné dans des villes savamment policées, au milieu de peuples fastueux, aimables et corrompus. Les bords de l’Adriatique leur avaient laissé entrevoir les douces et fascinantes pratiques d’une vie délicate et recherchée. Les villes de la Grande Grèce, Sybaris, Tarente, Crotone, Loeres, les avaient mystérieusement initiés à des plaisirs ignorés jusque-là. Les arts si avancés de l’Étrurie et de la Grèce propre devaient fatalement influer sur leurs goûts. Il n’était pas jusqu’à leur éternelle ennemie, jusqu’à Rome, prise et occupée par leurs bandes victorieuses, qui n’eût par ses exemples exercé sur leur naturelle rudesse une action décisive.

Rentrés dans leurs foyers, ils avaient rapporté avec une prodigieuse quantité de métaux précieux, conquis ou dérobés, les,; semences d’un art déjà développé et d’une industrie remarquable. Leurs connaissances métallurgiques leur permettaient de façonner eux-mèmes leurs bijoux et leurs armes. Au cours de leurs pérégrinations dans le vieux monde, ils s’étaient perfectionnés dans l’art de fondre les métaux, de les couler, de les estamper et de composer ces brillants alliages, que l’Antiquité, nous l’avons dit, estimait à l’égal de l’or. Bien mieux, ils étaient en possession de secrets ignorés des Romains et des Grecs. « On rapporte, écrit Philoslrate, que les barbares voisins de l’Océan étendent des couleurs sur le bronze ardent. Elles y adhèrent, deviennent aussi dures que la pierre et conservent les figures que l’on a dessinées1. »

Ainsi, au temps de Philostrate, l’émaillage des métaux était couramment pratiqué en Gaule et inconnu des autres nations. Certes, un pareil aveu

E Philostrate, Images, liv. I, ch. xxvii.

L’ORFEVRERIE GAULOISE

d’ignorance devait être pénible pour un Grec et même pour un Romain. Faut-il ajouter que des découvertes récentes sont venues préciser la région où cet art mystérieux était en honneur? « Les fouilles faites en France, ancienne Gaule, dans une partie de la Gaule Belgique et de l’Angleterre, écrit M. de Laborde, ont toutes mis au jour de nombreux bijoux et ustensiles émaillés; les fouilles faites en Italie depuis des siècles n’ont rien produit de ce genre; et au delà du Rhin, dans tout le Nord, où les tombeaux de toutes dispositions ont rempli les musées de bijoux en or et d’ustensiles en bronze, les objets émaillés sont inconnus, ou du moins tellement rares et d’une origine si incertaine, qu’on peut avec assurance établir que l’émaillerie n'y fut pas pratiquée, et que les bijoux émaillés y sont d’importation1. » Voilà qui localise assez exactement cette brillante industrie. Et, pour ce qui concerne la question du temps, on peut voir au musée de Saint- Germain un outillage complet d’émailleurs gaulois antérieur au moins de trois siècles au récit du sophiste. Creusets contenant encore de l’émail coloré, émail en lingot et déchets, pinces en fer, trépied, pièces ébauchées, pièces achevées, rien ne manque à ce curieux attirail. Les habitations sous lesquelles on le trouva enfoui, situées à Mont-Beuvray (l’ancienne Bibracte), étaient exclusivement gauloises; les médailles et les monnaies découvertes autour de ces débris sont toutes antérieures à la période impériale. La destruction de ces ateliers, dont l’étendue démontre l’importance, fut donc au moins contemporaine de la venue de César dans les Gaules. Plus vraisemblablement elle remonte à une époque antérieure2.

On devine, par cela, de quelle splendeur devait être la parure de ces guerriers barbares, enrichis des dépouilles de l’Orient, orgueilleux de leurs personnes et fiers de leurs armes. Leurs casques, ornés d’ailettes et de crêtes, développaient sur une forme distinguée, aux contours nobles et simples, une ornementation bien répartie et dénotant un goût délicat. Les fragments d’armure qui nous ont été conservés, leurs ornements de poitrine, leurs chaînes formant ceinture et servant à porter des épées d’un dessin élégant, et ces rouelles curieuses dont le rôle reste mal expliqué; une abondance de bracelets variés à l’infini, ouverts ou fermés, lisses ou ornés, gravés en relief ou en creux, nervés, chevronnés ou décorés de cercles concentriques, attestent encore aujourd’hui leur luxe de parure. Enfin les torques, ce bijou national, si communément porté qu’aprôs de sanglantes hécatombes, Rome en vit passer dans ses rues de pleins tombereaux, si caractéristique que jamais sculpteur romain ne représenta un Gaulois sans

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