‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 18 sur 154 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

B’Oijfè\>ijeiji^ fOéijovingienn^

Passion des Francs pour l’orfèvrerie.

Largesses aux églises. — Les couronnes de Guarrazar.

La bijouterie mérovingienne. — L’épée de Childéric.

Saint Éioi, ministre et orfèvre.

Le trône de Dagobert. — Principales œuvres de saint Éloi. L’abbaye de Solignac. — Popularité du saint orfèvre.

'être le plus élevé n’est pas, ne peut être un modèle pour l’être inférieur », écrit Bagehot1. Mieux que toutes les dissertations, le simple récit de ce qui advint en Gaule après l’invasion des Francs est fait pour donner raison au philosophe anglais, et pour attester l’exactitude de son dire. On a pu voir quelle civilisation douce, aimable, polie régnait dans cette vaste et fertile province, devenue en moins de trois siècles une sorte de banlieue de Rome. Il semblait que ce pays fortuné, sillonné en tout sens de grandes et larges voies, bordées d’élégantes villas et de fermes plantureuses, dût être pour l’envahisseur une école féconde de sociabilité et de goût. La chose eût paru d’autant plus naturelle que les Francs n’étaient plus des sauvages indomptés, rebelles à toute culture, réfractaires à toutes relations avec les peuples étrangers. Ils n’étaient pas non plus inconnus des Gaulois. A maintes reprises, des incursions hardies avaient mis les deux races en contact, et en 358 les Francs avaient obtenu le droit de s’établir dans la Toxandrie. A partir de cette époque, ils s’étaient appliqués à entretenir avec Rome et la Gaule des relations d’honnête voisinage. Ils avaient même fourni des recrues aux armées

i. Lois scientifiques du développement des nations.

impériales, et l’on avait vu certains de leurs chefs admis dans la familiarité des empereurs. Justement fiers de ces marques de haute bienveillance, ils étaient demeurés longtemps alliés fidèles de Rome; et c’est seulement quand ils virent l’empire s’effondrer de toutes parts que, pour avoir droit au butin, ils se mêlèrent à leurs ennemis de la veille.

Ces antériorités expliquent comment, lorsqu’ils s’ébranlèrent pour venir prendre de la Gaule une possession définitive, leur apparition ne causa pas la même terreur que l’approche des Germains et des Burgondes. Ils s’avançaient en bon ordre et richement vêtus. Sidoine Apollinaire nous montre leurs chefs majestueux et superbes, la poitrine parée d’agrafes d’or, les épaules et les bras chargés de colliers et de bracelets, ayant leurs baudriers, insigne du commandement, retenus par des boucles puissantes, incrustées de méandres et d’entrelacs de métal précieux. Les exhumations innombrables auxquelles on a procédé depuis soixante ans sont venues confirmer les pompeuses descriptions du panégyriste.

Enfin, païens sans grandes convictions, plus superstitieux que fanatiques, ils n’étaient pas, comme les premiers chrétiens, iconoclastes par religion ou par tempérament. Il semble donc qu’ils auraient volontiers respecté les nombreux sanctuaires, élevés, parés, enrichis par l’ancien et le nouveau culte, si la vue de l’argent et de l’or ne leur eût fait perdre, avec leur sang-froid, toute notion de respect et toute retenue. La passion des métaux précieux produisait en effet, sur ces cerveaux incultes, une sorte de fascination irrésistible et leur faisait brusquement oublier leurs notions encore rudimentaires de justice et de probité. Interrogez les historiens de ces temps incertains et troublés, le vénérable Grégoire de Tours, son continuateur Frédégaire. Questionnez le bénédictin Airnoin. Avec une placidité étrange, avec un imperturbable sang-froid, ils vous décriront une monstrueuse succession d’attentats — vols, rapts, assassinats, délations — exécutés par tous ces chefs majestueusement parés, dans le seul but de grossir leur trésor, ou simplement pour s’emparer de quelque pesante orfèvrerie. Comme conséquence, la possession d’un plat, d’une aiguière, d’un hanap provoque un crime odieux, apaise les scrupules, •ou forme des amitiés, que la dispute d’une autre belle argenterie viendra rompre.

En 530, Théodoric décide de faire assassiner son frère pour s’emparer de son trésor. Il l’attire dans son palais, mais celui-ci, défiant et pour cause, se présente bien accompagné. Alors le roi, voyant que son frère « s’estoyt du barat aperceu », lui fait cadeau d’un « moult biau platel d’argent », et voilà la réconciliation opérée. En 575, Chilpéric apprend la mort de son frère Sigebert, accourt à Paris, assiège sa belle-soeur Brunehaut enfermée dans le palais de la Cité, et ne consent à la laisser

Pl. V

Page 1