BIJOUX MÉROVINGIENS
//provenant c/es ûe'vu/tureA c/e (S/arnau, S/uroc/ion et Sainte- (Sa/ inc^.
L’ORFÈVRERIE MÉROVINGIENNE
partir pour Rouen que quand elle lui a livré l’argenterie du feu roi, qu’il fait transporter à Meaux pour la placer dans son trésor. Trois ans plus tard, Gontran égorge son neveu pour s’emparer de son argenterie. En 585, c’est le tour du patrice Eonius Mummolus, un des plus fameux généraux de son siècle, longtemps invaincu, et dont le crime principal était de posséder la plus belle orfèvrerie connue1 *. Et ce ne sont pas seulement les princes et les rois qui se rendent coupables de ces honteuses rapines. Du haut en bas de l’échelle, la passion des métaux précieux étouffe scrupules et remords.
Chilpéric marie sa fille au roi d’Espagne. C’était déjà l’usage, chez ces princes barbares, de donner aux fiancées qu’on faisait conduire à leurs époux une quantité de pièces d’argenterie et de bijoux proportionnée à la puissance de leur père. Brunehaut avait été ainsi envoyée à Sigebert escortée d’une « grant plenté de joyaux et richèces », et Venantius Fortunatus rapporte que Galsvvinthe, lorsqu’elle fut amenée de Tolède à la cour de Chilpéric, faisait son entrée dans les villes situées sur son passage, montée sur un char en forme de tour et revêtu de plaques d’argent. Chilpéric donc et Frédégonde, non seulement se dessaisirent d’une part de leurs joyaux en faveur de la jeune épousée, mais obligèrent leurs leudes à lui faire de riches présents. « La royne et les barons, rapporte la Chronique, lui donnèrent si largement, que sept chars furent tout chargiés de ses trésors et jovaus '-. » En franchissant les portes de Paris, une roue du chariot qui portait la princesse se brise. Elle tombe à terre, triste présage. Après huit heures de marche, on s’arrête pour la première halte; pendant qu’on dresse les tentes, cinquante hommes s’emparent de cent chevaux chargés de matières précieuses et s’enfuient sur les terres du roi Childebert 3 * * * * *. A cette nouvelle, Chilpéric, craignant d’autres embûches, envoie quatre mille soldats pour convoyer la princesse jusqu’à destination. Ils l’accompagnent jusqu’à Toulouse, où, ayant appris la mort du roi Chilpéric, le comte Desier, qui gouvernait la ville, se saisit de la belle voyageuse et de ses trésors, les enferme « en une forte maison, scélés de son séil, et en la commande de bonne gent qui en garde les receurent ». La princesse demeura captive jusqu’en 585. Pendant ce temps, les trésors
1. Aimoin, Gesta regum francor., liv. III, ch. xv, xxi, lxxi. — Grandes chroniques, liv. III, ch. iv, vu ; liv. IV, ch. v.
2 Aimoin, Gesta regum francor., liv. III, ch. iv. — Grandes chroniques, liv. II, ch. xxv. — Venantius Foiitunatus, Opéra, liv. VI, p. 208.
3. Coïncidence curieuse, à douze siècles de distance le même cas se reproduit dans les conditions
presque identiques. Buvat, dans son Journal de la Régence, raconte (novembre 1721, t. II, p. 207)
comment M11' de Monlpensicr, fiancée au prince des Asturies, se rendit en Espagne : « Le premier
jour, de Paris à Chastres, qu’on appelle présentement Arpajon... et qui est à sept lieues de Paris.
Quelques filous, ayant suivi les équipages en cet endroit, y volèrent neuf assiettes et deux plats
d’argent et enlevèrent trois malles sur les fourgons. »
amassés par son père — on sait au prix de quels forfaits — n’étaient pas mieux respectés. Frédégonde faisait transporter dans l’église Notre- Dame de Paris toute l’argenterie dont elle avait pu se saisir. Pour le reste, qui était demeuré à Chelles, où le roi venait d’être assassiné, u ceux qui le trésor gardoient prirent tout ce que ils trouvèrent » et notamment « un vaissel d’or moult riche et moult bel, que il (le roi) avoit fait faire1 ».
Ce « vaissel d’or », qui allait être brisé pour qu’on en pût partager le métal, avait pourtant son histoire. S’il faut en croire Grégoire de Tours, Chilpéric, théologien superficiel, bel esprit, versificateur maladroit, mais assez connaisseur en beaux-arts, attachait à sa possession une importance toute spéciale. En 581, l’empereur Tibère 11, successeur de Justin le Jeune, lui avait envoyé, à l’occasion de son avènement au trône impérial, des présents de grand prix, parmi lesquels se trouvaient des médailles d’or pesant une livre chacune, et qui faisaient l’admiration de ses leudes. Pour ne pas rester en arrière, le prince franc fit, à son tour, confectionner un énorme plat d’or chargé de pierreries, et chaque fois qu’il trouvait l’occasion de le montrer, il disait à son entourage : « Voilà ce que j’ai fait pour donner de l’éclat et du renom à la nation des Francs2. »
Cet admirable bassin, objel d’orgueil pour le roi, n’était pas à cette époque une pièce d’orfèvrerie unique. Le trésor de Mummolus comprenait des plats d’or et d’argent d’un poids considérable, et nous savons, par les auteurs du temps, que, dans les banquets offerts par nos princes barbares à leurs terribles barons, le vin, la cervoise, l’hydromel coulaient à pleins bords en de larges coupes d’or, et dans des cornes d’aurus merveilleusement ornées de pierres précieuses3. Ce luxe débordant d’argenterie eût même été plus grand encore, sans le lourd tribut que ces rois, aux consciences troublées, se croyaient obligés de payer aux sanctuaires qu’ils prenaient soin d’élever eux-mêmes sur tous les points de leur royaume. Le temps n’était déjà plus où la Divinité, mal renseignée sur la valeur des présents, acceptait au lieu d’argent un agneau blanc sans tache, au lieu d’or « un rayon de miel sicilien cueilli aux collines d’Hylba et qu’on faisait passer pour du miel de l’Attique4 ». Depuis près de deux siècles, Constantin avait donné l’exemple. Anastase le Bibliothécaire, qui a pris soin d’enregistrer les dons en métaux précieux que cet empereur fit aux