‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 20 sur 154 · Martial, Epigramme xm, v · texte numérisé non relu

Martial, Epigramme xm, v

L’ORFÈVRERIE MÉROVINGIENNE

églises d’Orient et d’Italie, nous apprend que l’ensemble des coupes, des bassins, des aiguières, des burettes, des calices ministériels et commémoratifs, des couronnes votives, des candélabres à coupes destinés à brûler les parfums et les huiles odorantes, des torchères, des fonts de baptême, des encensoirs, etc., offerts par ce prince au clergé de son temps, s’élevait à 22,000 livres d’argent et à 1,700 livres d’or. Les rois francs, tardivement convertis, avaient beaucoup à faire pour rattraper une pareille avance. Clovis, de sainte mémoire, connaissait mieux que personne le prestige exercé par les métaux précieux, puisque, à l’instar d’Abraham envoyant Éliézer chercher Rebecca, ce fut par un présent de bijoux que son émissaire Aurélien s’assura du cœur de Clotilde1. Mais pensait-il, en se faisant chrétien, qu’il allait soumettre son trésor à une dîme aussi lourde? Ses incertitudes, en tout cas, furent d’assez courte durée, car le moine de Saint-Denis, peu suspect en la circonstance, place dans sa bouche cette phrase curieuse et typique : « Saint Martin est boin aideur au besoin, mais il veult estre bien paie. » Plus tard, ce même prince envoyait à Saint-Pierre de Rome une couronne d’or ornée de pierres précieuses, ne voulant pas, disait-il, être accusé « du vice d’ingratitude envers Nostre- Seigneur, par qui il gouvernoit son roïaume glorieusement 2 ».

Clovis, du reste, avait témoigné sa générosité pour l’Église catholique, avant même d’être converti, en essayant de faire restituer à saint Remi le fameux « orcel », connu dans l’histoire sous le nom de « vase de Reims ». L’exemple d’un roi si pieux ne pouvait manquer d’être suivi. Aussi n’est-il pas un de ses successeurs qui n’ait attaché son nom à la fondation de quelque abbaye et à l’enrichissement de nombreux sanctuaires. En 539, Childebert fonde le célèbre monastère de Saint-Germaindes-Prés. En 547, Théodebert élève, en l’honneur de saint Maur, l’abbaye de Glandfeuille, près d’Angers. En 567, Gontran, roi d’Orléans, institue près de Chalon-sur-Saône l’abbaye de Saint-Marcel, et grâce au trésor découvert par lui, loge le corps du saint dans une châsse « qui tant estoil d’œuvre belle et riche, que sa pareille ne fu pas trouvée au royaume de France ». Ce même Contran, pris de remords tardifs à la suite de l’assassinat de Mummolus, abandonne aux églises sa part dans la dépouille du héros, et mérite ainsi le titre de « large aumônier vers les prélats et vers les ministres de Sainte Eglyse » dont les écrivains du temps le gratifient 3.

Il n’est pas jusqu’aux princesses d’origine arienne ou païenne, et par cela même quelque peu suspectes d’hérésie, qui ne prodiguent leurs

L Aimoin, Gesta reg. franc., liv. Ier, ch. xm.

Page 1