Ancienne collection Baudot, à Dijon
3. Frisi, Mcmorie storiche di Mon\a, t. III, p. 59. — F. de Lasteyrie, Description du trésor de Guarraqar, p. 31.
Boucle
mérovingienne.
(Collection Baudot.)
uü animale en est généralement bannie. Quand on a cité les abeilles grossièrt s qui ornaient le manteau de Childéric, quelques menus oiseaux décou- \crls dans l’Aisne, dans la Marne, dans la Côte-d’Or, et dont la l'orme est si mal définie qu’on hésite pour décider si l’artiste a voulu figurer un perroquet ou un corbeau, alors qu’on doit y découvrir plutôt un faucon, un épervier ou un aigle; quand on a mentionné encore les griffons du musée d’Arras, la laie, le cheval, l’hippocampe minuscules du cimetière de Broehon, les boucles ornées de chevaux et les poissons symboliques des cimetières de Charnay et de Sainte-Sabine, quelques menus animaux provenant de la nécropole de Caranda, on a à peu près épuisé la liste des bijoux mérovingiens qui, avec la bague de Ragnethramnus, conservée au Cabinet des Médailles , comportent un de ces motifs si fréquents deux siècles plus tôt.
Pour le reste, c’est le décor géométrique qui règne en maître. 11 développe sur toute cette joaillerie les inépuisables combinaisons d’une ornementation toujours ingénieuse, parfois charmante, le plus ordinairement un peu trop indépendante de la forme. Dans l’agréable enchevêtrement de ses entrelacs, de ses ronds, de ses raies pointées, de ses chevrons, etc., cette décoration très caractéristique semble offrir comme une première expression, un bégayement, une sorte de prélude de l’art romanobyzantin, qui, aux siècles suivants, couvrira les façades des cathédrales et des palais de ses imbrications et de ses inextricables méandres. — Art barbare toutefois, malgré l’infinie variété de ses combinaisons, et importé du Nord avec ces runes qui, gravées en creux sur certains de nos bijoux mérovingiens, achèvent d’authentiquer leur origine Scandinave.
Quant aux aimables représentalions humaines, aux médaillons, aux bas-reliefs délicats, aux gracieuses guirlandes, aux joyeux trophées, qui sont comme l’essence même de l’art gallo-romain et communiquent à ses ouvrages un attrait si grand, il n’en sera plus question pendant bien des années. 11 ne paraît même pas que le grand orfèvre de ces temps troublés, l’honnête
et doux Eloi, dont la sereine figure illumine d’un clair rayon cette sombre et triste période mérovingienne, ait cherché à réagir et à remonter le courant irrésistible qui entraînait la Gaule meurtrie, lassée, épuisée, à la remorque de ses farouches vainqueurs.
Boucle mérovingienne.
(Collection Moreau.)
L’ORFEVRERIE MÉROVINGIENNE
Par saint Ouen, son respectueux ami et son fidèle disciple, nous connaissons, dans ses principaux détails, l’histoire de ce grand artiste qui fut en même temps un grand saint. Il faut lire dans ce pieux récit1 comment le père d’Éloi, remarquant en lui des dispositions particulières, le mit tout jeune en apprentissage chez un orfèvre expérimenté, le monétaire Abbon, qui tenait à Limoges un atelier public de monnayage. Les monétaires étaient fort nombreux à cette époque. On connaît les noms de près de cinq cents d’entre eux; mais, si l’on s’en rapporte aux narrateurs du temps, la plupart n’étaient guère renommés pour leur probité et leur savoir. Abbon faisait, paraît-il, exception à la règle, et c’est à son école qu’Éloi se perfectionna dans le métier qu’il avait choisi et y puisa, en outre, le goût de la vertu.
Quelques années plus tard, envoyé en France, c’est-à-dire au delà de la Loire, pour traiter de grosses affaires, Éloi lia connaissance avec
Petits bijoux mérovingiens en forme d’animaux.
Bobon, garde du trésor de Clotaire IL II gagna son amitié et obtint, grâce à lui, qu’on lui confiât une commande d’une importance capitale. Pour rehausser le prestige et l’éclat de son rang, le roi désirait posséder un trône d’or enrichi de pierres précieuses. Il avait, non sans peine, réuni la quantité de métal nécessaire à cette entreprise; mais aucun de ses orfèvres ne lui inspirait une confiance suffisante, pour qu’il osât le charger d’un travail si délicat. A en croire notre saint biographe, cette méfiance aurait été assez justifiée. Si les monétaires péchaient souvent par absence de scrupules, les orfèvres, paraît-il, n’étaient guère moins sujets à caution. Ils s’appropriaient une partie du métal qui leur était confié, accusant, pour expliquer le déficit, les morsures de la lime ou les baisers de la flamme dévorante2. Éloi n’eut garde de se conformer à ces fâcheux précédents. Non seulement il rendit au prince un trône d’un poids strictement égal à
1. Audoenus, Vita S. Eligii, insérée clans le Spicilegium de D. L. d’Achéry.
2. « Non cæterorum fraudulentiam sectans (Eligius), non mordacis limæ fragmen culpans, non edacem flammam incusans. » (Vita S. Eligii, liv. I, ch. v) C’est sans doute dans la répétition trop fréquente de ces fraudes qu’il faut chercher l’origine de cette disposition légale qui obligeait les orfèvres et les monétaires à travailler dans des boutiques ouvertes et sous l’œil du public. Un règlement administratif, édicté vers le xie siècle par les évêques de Strasbourg, porte (art. 62) : « In una autem domo percutiendi sunt denarii, ut omnes invicem opéra manuum suarum videant. » (Biblioth. de l’Ecole des chartes, I, 436.) Le moine Théophile, dans le chapitre de sa Diver sarum artium schedula où il parle de l’installation des orfèvres, dit également que l’établi sur lequel ils travaillent doit être installé devant la fenêtre, « ante fenestram ». Nous aurons occasion de reparler longuement de cette prescription souvent renouvelée par la suite.
(•('lui de l’or qui lui avait été confié, mais après que le roi eut longuement admiré son œuvre, Éloi découvrit un second siège en tout semblable au premier, ajoutant : « Pour ne pas perdre ce qui me restait d’or, je l’ai employé à cet autre objet. » On pense si Clotaire fut stupéfait. Il interrogea l’orfèvre pour savoir comment il s’y était pris, el celui-ci ayant fourni les explications demandées : « Voici, dit-il, un homme auquel je puis me fier, même pour les affaires les plus considérables. »
Le public, qui ne fut point mis dans la confidence, cria au miracle. Une hymne qu’on chanta jusqu’à la Révolution, dans l’église de Noyon, le l01' décembre, jour de la Saint-Ëloi — fête toujours célébrée avec beaucoup de pompe — n’hésite pas à faire intervenir l’ouvrier céleste, summus faber, dans' cette opération miraculeuse.
Dum vas régi Clothario Ex au ri massa fabricat,
Aurum in fabri studio Summus Faber multiplicat.
La science moderne, plus sceptique, s’est efforcée d’expliquer d’une façon plausible cette fabrication quelque peu merveilleuse; et il faut bien reconnaître qu’elle y a réussi. Dans une savante dissertation consacrée au fauteuil de Dagobert, conservé de nos jours au Cabinet des Médailles *, M. Charles Lenormand, interprétant d’une façon fort judicieuse le texte même de saint Ouen, fait remarquer que saint Lloi, en présentant au roi son second siège, n’affirme point que ce siège soit en or. Il se borne à dire : Quod super finit ex auro ne négligeas perderem, huic operi aptavi. Très vraisemblablement ce second trône était en bronze doré; et ce point admis, la déduction devient sinon très simple, du moins presque facile. Pour donner plus de consistance au siège royal, Éloi composa un alliage, dans lequel il entrait suffisamment de cuivre pour fournir au meuble achevé la résistance indispensable, mais possédant cependant un titre assez élevé pour que la pierre de touche ne dénonçât pas, à l’essai, la présence du métal inférieur. Or cet appoint de çuivre lui permit de disposer d’un reliquat d’or, avec lequel il dora l’autre fauteuil fait en bronze, mais qui, dans l’éclat immaculé de sa fraîche dorure, semblait être, lui aussi, de métal précieux.
L’erreur du roi, au surplus, s’explique par l’habileté avec laquelle on dorait alors le bronze. Les chroniqueurs rapportent diverses aventures, où des méprises du même genre eurent une issue moins heureuse. En 509, Clovis, au moment de combattre Ranacaire, « duc de Cambray », chercha à