‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 30 sur 154 · STATUE DE SAINTE FOY · texte numérisé non relu

STATUE DE SAINTE FOY

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L'ORFÈVRERIE CAROLINGIENNE

bénédictin Hausbert, auteurs d’orfèvreries considérables et célèbres à leur époque. Malheureusement, leurs œuvres ont disparu; et pour nous faire une idée de leur valeur esthétique, il ne nous reste pi us guère que le calice, la patène et l’évangéliaire de saint Goslin, évêque de Toul (922-962), que possède la cathédrale de Nancy, le petit reliquaire de Beaulieu (Corrèze) et la curieuse statue de sainte Foy conservée à Conques.

Le calice de saint Goslin, dont nous donnons ici une fidèle reproduction, est en or. Il est décoré de filigranes et de cabochons entremêlés d'émaux, et ne mesure pas moins de 0m,15 de haut sur 0m,12 de diamètre. La reliure de l’évangéliaire n’est pas moins riche. Elle est pareillement ornée de filigranes et de cabochons, encadrant l’image de la Vierge et du Christ entourés des évangélistes1. On trouvera une image du reliquaire de Beaulieu à la fin du présent chapitre. Comme on en pourra juger par notre gravure, c’est une œuvre assez modeste, de forme étrange rappelant celle d’un bénitier portatif ou d’un tronc à aumônes, ou encore d’une lanterne. Nous aurons également occasion de dire quelques mots d’une curieuse statue de la Vierge que possède cette même église de Beaulieu, et qui doit remonter à l’époque carolingienne. Quant à la statue de sainte Foy, bien que postérieure d’un certain nombre d’années aux joyaux que nous venons de signaler, non seulement elle n’est ni moins intéressante, ni moins précieuse, mais elle mérite, au contraire, une mention toute spéciale.

Bernard, écolâtre d’Angers, qui écrivait en l’année 1010, affirme avoir vu transporter en grande procession, à Conques, cette statue d’or qu’il qualifie : A lajestatem sanctœ Fidis. L’histoire de sainte Foy est connue. Le martyre de la vierge d’Âgen, raconté en détail dans un des plus beaux manuscrits français que possède la Bibliothèque nationale, y est même figuré en une délicate miniature, au moment où la colombe apporte une

Calice de saint Goslin, évêque cle Toul. (Cathédrale de Nancy.)

1. Cette reliure a été publiée dans le Bulletin monumental, t. XII, p. 507.

couronne d’or à la sainte, liée par des chaînes et déjà étendue sur le gril. Ses ossements, épargnés par le l'eu, furent pieusement recueillis et conservés dans sa ville natale jusque sous le règne de Charles le Simple (893-928). A cette époque, le corps fut enlevé furtivement — furtim sublatum , suivant l’euphémisme du Liber mirabilis — et transporté à Conques, dont le monastère fut dès lors placé sous le vocable de sainte Foy1. La statuereliquaire qui, plus tard, vint pompeusement rejoindre le corps de la vierge martyre, doit donc être antérieure d’un certain nombre d’années à la translation de celui-ci et remonter, par conséquent, au règne de Charles le Simple, et non à celui de Charles le Chauve, comme M. Darcel l’a écrit par une erreur facile à rectifier2. Quoi qu’il en soit, cette statuette d’or de grande taille (elle mesure 0m,85 centimètres de hauteur), avec son visage modelé à larges plans, ses cheveux enroulés en bourrelets, ses grands yeux blancs à la prunelle bleue et au regard quelque peu sauvage, avec sa rigidité grave et sa symétrie hiératique, constitue une des plus étranges figures qu’on puisse contempler et un des morceaux d’orfèvrerie les plus curieux qu’on connaisse.

Cette oeuvre exceptionnelle ne nous est malheureusement pas parvenue intacte. Mais, contrairement à ce qui se produit le plus généralement, au lieu de suppressions, ce sont des adjonctions qu’elle a subies. Guidées par une dévote intention — sur laquelle nous nous expliquerons dans un instant — des mains à la fois pieuses et barbares ont semé sur la robe de la sainte des pierres montées et des plaques d’origine diverse, agrémentées, elles aussi, de pierreries. Sur ses genoux on a cloué des fragments de ceinture chargés de chatons et d’émaux translucides. L’agrafe qui retient le collet de la robe est un bijou du xve siècle. Les mains pourraient bien être du même temps. Les chaussures et l’escabeau qui porte les pieds semblent être également d’une époque relativement moderne. Quant au fauteuil, dont nous donnons ci-contre le détail, il nous fournit un renseignement d’un prix inestimable sur le mobilier d’apparat de la période carolingienne. C’est bien ainsi qu’on imagine les trônes somptueux, faits, comme celui de Chlotaire, des métaux les plus précieux, rehaussés de cristaux de roche, de cabochons et de pierres taillées, sur lesquels devaient prendre place ces rois et ces empereurs restés à demi sauvages, malgré leur prétention de continuer les traditions de la Rome impériale.

A tous ces titres, la statue de sainte Foy peut donc être regardée

1. Mabillon, Annales ord. S. Benedicti, I. IV, à l’année 1010. — Vincent de Beauvais, Miroir historial, ms., liv. XI, î'ol. 85. — Darcel, le Trésor de Conques, p. 56.

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