‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 31 sur 154 · Le Trésor de Conques , p. 48 et · texte numérisé non relu

Le Trésor de Conques , p. 48 et

L’ORFÈVRERIE CAROLINGIENNE

comme un monument d’orfèvrerie d’une importance exceptionnelle et d’un prix inestimable.

Arrivons maintenant à l’explication de ces ornements ajoutés, qui gâtent un peu l’aspect de cette précieuse figure. Nos ancêtres du Moyen Age, quoique bien pourvus en joyaux de prix, s’arrangeaient cependant de façon à pouvoir faire servir ceux qu’ils possédaient, dans toutes les occasions solennelles. Aussi se gardaient-ils de les immobiliser en une parure unique. Suivant les besoins ou les caprices du moment, les pierreries passaient de la couronne aux souliers; du vêtement aux vases à boire; de la vaisselle de table aux vases sacrés1. De là l’habitude de faire monter en chatons les pierreries qu’on possédait, de là aussi cette multitude d’enseignes, d’affiquets, d'émaux de plique qu’on rencontre presque à chaque page dans les anciens inventaires.

Quand un grand seigneur, ou même quand un magistrat ou quelque riche bourgeois voulait honorer un saint, un des moyens les plus appréciés de lui témoigner sa dévotion, c’était de lui offrir quelque dispendieux présent d’argenterie ; et nous avons vu les rois de France, les princes et les prélats recourir souvent à ce procédé magnifique.

Mais ces coûteuses offrandes n’étaient point à la portée de tout le monde; aussi les moins fortunés se bornaient-ils à présenter à la sainte figure quelqu’un de ces affiquets, de ces chatons, et à demander que cette sorte d’ex-voto demeurât attachée à l’image, au reliquaire, à la châsse que l’on prétendait particulièrement honorer. De là un nombre assez considérable d’adjonctions, d’ornements soudés ou cloués, témoignant assurément d’une grande piété, mais, dans le cas qui nous

L Un inventaire de Charles VI, daté de 1399, nous apprend qu’en 1391 on ôta d’une couronne d or celle sans doute qui, dix ans plus tôt, avait servi pour le sacre du roi — 110 perles qui furent livrées à Chariot Poupart, argentier, pour la façon « de certains pourpoins et joyaux qu’il fict faire pour le roy, pour son voyage de Saint-Omer, où le roy d’Angleterre devoit estre en personne ».

occupe, nuisant quelque peu à l’aspect général de la statue vénérée.

Cetle curieuse statue de sainte Foy n’est pas — hâtons-nous de le constater — le seul objet de ce genre, qui nous soit parvenu paré d’une décoration d’emprunt. Sans compter un grand nombre de reliquaires qu’on a cru devoir compléter à une époque postérieure, comme celui de Jaucourt, reproduit ici même et dont la partie principale, fort ancienne, remontant selon toute probabilité au xe ou au xie siècle, a été, trois ou quatre siècles plus tard, gratifiée d’un élégant support, consistant en deux anges

Reliquaire de la vraie croix, église de Jaucourt (Aube).

agenouillés, on peut citer plusieurs pièces d’orfèvrerie qui furent, par la piété des fidèles, ornées de véritables bijoux. Le buste de sainte Valérie que possède l’église de Chambon est ainsi décoré d’un collier formé de médaillons, chargés d’armoiries et alternant avec des pierres fines, qui constitue une adjonction du même genre. L’histoire nous apprend que la reine Emma, fille du duc Robert de France et épouse du roi Raoul, pour témoigner de sa dévotion à saint Germain d’Auxerre, attacha à son tombeau des colliers et joyaux, où se voyait le nom de saint Éloi1. Lorsque Suger eut achevé la croix d’or magnifique qu’il dressa entre l’autel de saint Denis et le tombeau de Charles III, pour honorer cette croix, il la para d’un riche collier que la tradition disait être celui de la reine Nantilde, femme de Dagobert; et pour que le patron de sa chère église ne fût pas jaloux de cette générosité, il passa au cou de sa statue un autre collier, qui égalait le premier en beauté et le surpassait en valeur.

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