CHAPITRE SIXIÈME
LÉOirfev^e^ie au fOo^ert H 9e
« L’an mil ». — Excès de crainte et de dévotion.
Style nouveau répondant à des préoccupations nouvelles. L’autel d’or de l’empereur Henri II.
Du rôle de l’orfèvrerie dans les cérémonies religieuses. Évolution architecturale. — L’abbé Begon et le trésor de Conques. La lanterne de saint Vincent. — Imprécations de saint Bernard. Suger et le trésor de Saint-Denis.
'effondrement de la dynastie carolingienne correspond avec cette grande nuit de « l’an mil » qui plongea la chrétienté tout entière dans des angoisses inconnues jusque-là. A la mort de Charlemagne, l’édifice politique glorieusement élevé par le grand empereur avait tremblé sur sa base. Sous ses successeurs directs, il craqua de toutes parts. Un siècle ne s’était pas écoulé, que la puissance impériale était tombée dans le dernier discrédit. L’hérédité des comtes, accordée par Charles le Chauve l’année même de sa mort (877), avait créé un nouvel État dans l’État, en élevant à côté de l’omnipotence royale un autre pouvoir : la Féodalité. Dieu était trop haut, l’Empereur trop loin. C’est autour de ce pouvoir naissant, plus voisin, plus accessible, et dont l’influence aussi bien que la protection se faisaient mieux sentir, que la nation meurtrie, pillée, pressurée, se groupa. « N’ayant plus que haine et mépris pour le roi qui ne savait plus les défendre, les peuples, écrit Michelet1, se serrent autour des seigneurs et des comtes. » Les romans de chevalerie, les chansons de gestes qui nous montrent leurs héros, Gérard de Roussillon, Renaud de Montauban,