‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 35 sur 154 · I. 'ORFÈVRERIE AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

I. 'ORFÈVRERIE AU MOYEN AGE

châsse ( capsa)1 fui dans le principe une sorte de boîte, en forme de sarcophage, comportant quatre faces inégales, élevées sur les quatre côtés d’un parallélogramme et complétées par un couvercle plat. Quand, sous les Carolingiens, on eut pris l’habitude de sortir les châsses et de les faire figurer dans les processions, portées par les plus augustes personnages2, pour éviter les effets de la pluie, on remplaça la tablette supérieure par un petit toit à deux ou quatre versants, mais sans autre prétention monumentale. C’est par centaines que, dans notre pays, on compte encore les châsses de cette forme, qui demeura bien longtemps classique à Limoges, et dont la châsse de saint Maurice, conservée dans le trésor de la cathédrale de Sens, fournit en son absolue simplicité le type primordial. Ce fut seulement un siècle plus tard que l’on commença de donner à ces « caisses »

l’aspect encore rudimentaire de petits édifices, aspect qui devait aboutir à des pastiches minuscules des plus belles églises.

C’est dans la châsse Châsse d’Ambazac (ancienne collection Soltykoff).

fameuse d’Ambazac que

cette tendance curieuse se manifeste, à notre connaissance, pour la première fois. S’il fallait s’en rapporter à une vieille tradition, cette belle pièce reproduirait la forme de l’église de Grandmont, détruite à la fin du xie siècle et reconstruite au xiie. Elle serait antérieure, par conséquent, à cette destruction; et si l’on s’en référait uniquement au caractère de sa décoration, elle appartiendrait même à une époque sensiblement plus ancienne. Mais la ressemblance avec le monument qu’elle devait rappeler est encore bien lointaine. Elle est vraisemblablement, fondée sur les lignes principales de l’édifice et peut-être seulement sur la position de ses iours, car jamais architecture de pierre, si magnifique et si fleurie qu’on la puisse

1. Capsa, capse, casse, caisse. — On trouve capse et casse encore employés dans le sens de châsse au xvi" siècle, et caisse avec la signification de cercueil.

2. Les historiens rapportent que Charles le Chauve, à la prière des moines de Saint-Médard de Soissons, porta sur ses épaules les châsses de quinze saints qu’on transportait dans leur nouvelle basilique. ( Nithardi histori., apud Script, franc., t. VII, p. 12.) Robert le Pieux, lors de la Iranslation des reliques de saint Savinien, tint également à porter la châsse du saint sur ses royales épaules. (Guyon, Ilist. de l'église d’Orléans, I. I, p. 200.)

imaginer, n’a revêtu si brillante parure. Avec la châsse de saint Avit provenant des Dames Ursulines de Verneuil, le caractère architectonique s’accentue par l’adjonction d’une crête, de deux épis de faîtage et, sur les ,vimic lntérnles. d'arcades cintrées ou lobées retombant sur des colonnettes

— disposition qui demeurera en honneur pendant un temps fort long, et que nous retrouverons dans quantité d’autres châsses, notamment dans celle de Chamberet (Corrèze), qui remonte â l’époque de la translation des reliques de saint Dulcissime, évêque d’Agen, c’est-à-dire aux premières années du xue siècle, et qui présente déjà la forme plus accentuée d’une église oblongue.

Ses murs de cuivre doré et émaillé sont également décorés d’arcatures en plein cintre à colonnes demi-engagées abritant de saints personnages. Toutefois Jésus, qui souffrait sur la paroi, triomphe sur la toiture, entouré des évangélistes et de leurs symboles.

Avec la châsse de saint Calminius, — qui, après avoir appartenu à la paroisse de l’Aguène, passa dans la collection Soltykoff, — nous faisons un nouveau pas en avant. Nous voilà en face d’une petite chapelle à portail, chevet, murs latéraux et toiture, possédant une nef, des transepts, un chœur, un sanctuaire, et qu’on prétend rappeler, en miniature, la forme de la cathédrale de Laon1; mais son chevet rectiligne, son portail, ses murs latéraux, la toiture des deux nefs qui se coupent sont de cuivre doré, ciselé, incrusté d’émail bleu, vert, rouge et blanc, et « tendus », si l’on peu! dire ainsi, d’une sorte de tapisserie métallique, sur laquelle se détachent, abritées par des arcades simples ou trilobées, des scènes pieuses relevées en bosse, gravées au burin ou coulées en émail.

Dans la châsse de saint Taurin, à Evreux, datant du xme siècle et magistralement décrite par A. Martin2, la ressemblance se précise encore. Ici il s’agit d’une véritable église en miniature surmontée d’un clocher central, flanquée de contreforts se terminant en pinacles, et développant sur

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