‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 4 sur 154 · I. Genèse, ch. xxiv, v. 22, et ch. xxxym, v · texte numérisé non relu

I. Genèse, ch. xxiv, v. 22, et ch. xxxym, v

L’ORFÈVRERIE DANS L’ANTIQUITÉ

de barres de bois revêtues de ce même métal, de soubassements d’argent. Il n’est pas jusqu’aux vêtements des officiants qui ne devaient être ornés de brillantes orfèvreries. Le pectoral, l’éphod, le baudrier, le ceinturon, les épaulières du grand prêtre étaient non seulement en or pur, mais enrichis de pierres dures gravées de caractères mystérieux1. Et Aaron, dont le costume était surchargé d’anneaux, de chaînettes, de clochettes, de grenades en or, devait porter sur son front une plaque d’or où, en ces mêmes « gravures de cachet », étaient tracés les mots : « la Sainteté à l’Éternel ». Enfin — détail à ne pas omettre — le livre sacré désigne les deux artistes qui furent chargés de mener à bien cet énorme travail. Ils se nommaient Betsaleel, fils cfUri, de la tribu de Juda, et Aholiab, fils d’Ahisamac, de la tribu de Dan -.

Comme le remarque finement M. de Lasteyrie : « C’était là une commande d’orfèvrerie un peu forte pour un peuple de pasteurs, pour de pauvres fugitifs, campés sur la limite du désert, et il faudrait croire à l’intervention miraculeuse de Dieu lui-même, pour donner à son peuple les moyens d’accomplir son commandement, si l’on ne savait aujourd’hui que tout près du Sinaï, dans un lieu nommé Oualy-Magarah, se trouvaient d’importantes mines, très anciennement exploitées par les Égyptiens, et des usines métalliques dont la trace subsiste encore » 3.

Malgré son ingéniosité, cette supposition, toutefois, n’est pas indispensable pour expliquer la quantité d’or que pouvaient posséder les Hébreux. Les détails non moins précis que l 'Exode nous donne sur une autre opération d’orfèvrerie, la confection du Veau d’or, qui eut lieu à la même époque, ne laissent aucun doute à ce sujet. Ce n’est point assurément le lieu de reprendre la fameuse discussion relative à cette célèbre idole, « fondue et achevée au burin » par Aaron lui-même, si nous en croyons la Bible, ou, suivant certains rabbins, par des magiciens qui s’étaient mêlés aux Israélites, lors de leur départ. Il faut bien reconnaître, en effet, qu’il y eut un peu de magie dans cette fabrication hâtive, sans quoi, comme Voltaire le constate, il n’eût guère été possible d’établir en une seule nuit le modèle de ce fameux Veau d’or, d’en façonner le moule en sable et le noyau, de construire le fourneau, de fabriquer les creusets, de fondre le métal, de le jeter dans le moule et de réparer ensuite au burin les défectuosités de cette fonte hâtive. Mais Voltaire se trompe quand il refuse de croire que des fugitives, abandonnant un pays où du

1. Ce sont ces pierres gravées, analogues sans doute aux scarabées égyptiens ou aux cylindres assyriens, qui donnèrent naissance à ce nom de pierres d'Israël sous lequel on désigna pendant tout le Moyen Age les camées et les pierres gravées, et auxquels on attribuait des propriétés magiques. (Voir le Lapidaire françoys, de Jean de Mandeville, et le Dictionnaire de l'ameublement, à l’art. Pierre d’Israël.)

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