‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 5 sur 154 · F. ue Lasteyiue, Histoire de l'orfèvrerie, p · texte numérisé non relu

F. ue Lasteyiue, Histoire de l'orfèvrerie, p

resle elles étaient bien traitées, aient pu offrir à Aaron la quantité de métal nécessaire à la confection de l’idole1.

C’est mal connaître l’Orient, où encore, à l’heure actuelle, l’abondance des bijoux, leur importance et leur poids ne sont nullement en rapport avec la condition misérable des femmes qui les portent. Or, à cet égard, le monde antique n’avait rien à envier au monde moderne. Non seulement il connut tous les bijoux actuellement en usage, mais encore une foule d’autres que les femmes, au moins dans nos pays, ont cessé de porter. Tels sont les anneaux de jambes et de bras, les amulettes compliquées, les anneaux de tempes et de cheveux, les innombrables bractées qui parsemaient les vêtements, les ceintures à pendants, les fermails pesants, les lourdes agrafes et les boucles d’oreilles multiples. Certaines de ces boucles avaient la taille d’un bracelet. Une statue, découverte à Chypre et conservée au Louvre dans la salle de la Phénicie, montre des oreilles dont le lobe est percé de trois trous portant chacun une perle d’or, et dont l’ourlet supérieur est percé de quatre autres trous où sont accrochées quatre autres perles du même genre. En fait de bijouterie, les hommes étaient aussi bien pourvus que les femmes. Hérodote, décrivant le costume flottant des riches Assyriens, ne manque pas d’énumérer les joyaux dont ils avaient soin de se parer, et les statues princières qui nous ont été conservées, sont ornées de pendants, de diadèmes, de colliers, de baudriers, de bracelets d’orfèvrerie. Partout, en Chaldée, dans la Troade, en Grèce, dans le Bosphore cimmérien, on retrouve la trace de ces fastueuses parures. A Mycènes, on a découvert jusqu’à quinze diadèmes, ornés de pendeloques, répartis sur trois cadavres2. Ne nous montrons donc pas trop incrédules, quand l’écrivain sacré spécifie que le Veau- d’or fut exclusivement exécuté avec les anneaux que les femmes et les filles portaient à leurs oreilles. Souvenons-nous que, trois siècles plus tard, les bagues des Madianites tués dans le combat, et accordées à Gédéon pour sa part de butin, ne pesaient pas moins de 1,700 sicles d’or, « sans les colliers, les boîtes de senteur, et sans les chaînes qui étaient aux cous de leurs chameaux 3 ». En ajoutant aux bijoux des femmes d’Israël, plus nombreux et plus pesants que ceux des hommes, les

1. Voir relativement à cette mémorable dispute : Des Monceaux, Aaron purgatus (Francfort, 1675). — Visorius, Destructio pseudo-cherubi Monccei (Leyde, 1609). — Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Moïse. — Bayle, Dictionnaire, art. Aaron.

2. Voir : Daremberg et Saglio. Dictionnaire des antiquités grecques et romaines. — Gilles, Antiquités du Bosphore cimmérien. — Dr Schliemann, Mycènes. — Layard, Monuments. — Perrot et Chipiez, l’Art dans l’antiquité (t. II, Chaldée et Assyrie).

3. Juges, ch. viii, v. 25 à 27. La bague qu’Éliézer remit à Rebecca pesait, suivant la Genèse, un demi-sicle. On en peut donc conclure que le poids d’or recueilli par Gédéon représente la dépouille de trois mille quatre cents Madianites.

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