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Souvenirs de la marquise de Créquy, t. I, p

LA MAIN-D’ŒUVRE RELIGIEUSE

religieuse, on ne rencontre pas un seul portrait de Dieu le Père, et le christianisme ne lui a pas élevé une seule église en particulier. Son fils a été plus heureux, mais il s’était fait homme1. Quant aux saints un peu connus, il n’en est presque pas qui n’aient eu leurs abbayes, leurs monastères, leurs églises. Quelques-uns même ont possédé des sanctuaires à profusion. Nous avons vu Brunehaut couvrir la France d’édifices consacrés à saint Martin. Le moine de Saint-Denis énumère pieusement tous ceux

Disque de consécration, en argent repercé, ciselé et doré (xine siècle).

que Charlemagne, à son retour d’Espagne, éleva en l’honneur de saint Jacques de Composte! le2. Puis, par une opération singulière de raisonne-

1. « Le christianisme n’a pas élevé une seule église à Dieu le Père, mais il en a dressé, au contraire, une quantité à Dieu le Fils, sous le nom de Saint-Sauveur, de Sainte-Croix, de Saint- Sépulcre, de Sainte-Anaslasie. La cathédrale d’Aix est dédiée à saint Sauveur; celle d’Orléans à sainte Croix; la célèbre église de Florence, où reposent Dante, Michel-Ange, Machiavel et Galilée, s’appelle Santa-Croce. Les églises de la Résurrection ou de Sainte-Anaslasie abondent en Orient. Les églises du Saint-Sépulcre sont assez communes chez nous, où les chapelles de ce vocable sont extrêmement nombreuses. 11 parait même que la Sainte-Sophie de Constantinople aurait été consacrée plutôt ù la sagesse divine de Jésus-Christ qu’à celle du Père ou de la Trinité complète. A Paris, l’église du Valde-Grâce est dédiée à Jésus enfant. » (Didron, Iconographie chrétienne. — L'Histoire de Dieu , p. 2/i0.)

2. « Du remenant de l’or et de l’argent qu’il apporta d’Espaigne, fonda maintes églises... c’est a savoir l’églyse Notre-Dame, Sainte-Marie d’Ais-la-Chapelle, et l’églyse Saint-Jacques en celle ville meisme;

nient, relevant de celles qu'en Logique on nomme synecdoques, ce ne fut plus au saint lui-même que les esprits crédules attribuèrent la valeur d’intercession, mais au sanctuaire, et, dans ce sanctuaire, à telle statue, à telle image miraculeuse, à tel objet sacré, et surtout aux reliques. De là une différence notable d’efficacité d’une église à l’autre, et comme conséquence ces déplacements lointains, ces voyages, ces pèlerinages que la foule îles fidèles accomplissait à des époques prévues, pour aller contempler, loucher, baiser, adorer certaines dépouilles sanctifiées, qui passaient pour fameuses. Visites d'aulanf plus fructueuses, que voyageurs et pèlerins ne manquaient pas de se montrer généreux.

On comprend dès lors combien la possession des reliques célèbres était recherchée et paraissait, un bien désirable. La légende rapporte qu’au moment où Charlemagne quitta Constantinople, l’empereur d’Orient offrit à son collègue d’Occident une partie des belles orfèvreries qu’il conservait dans son trésor :

Ilanaps d’argent et coupes d’or,

Çaintures et fermaux enkor Pières préciouses assès Tant que li roi en fu lassés1 ;

en un mot, « toute la gloire des pierres précieuses ». Mais le grand Charles, dédaignant ces richesses, demanda et obtint — trésor infiniment préférable à ses yeux — une partie des inestimables corps saints que l’on conservait à Sainte-Sophie. On lui donna la tige qui soutenait la Couronne d’épines, un des clous qui avaient traversé le pied du Christ, un morceau de la vraie croix, le suaire de Jésus-Christ, la chemise que portait la Vierge quand elle enfanta, la ceinture qu’on mit à Jésus naissant, un bras de saint Sirnéon, etc. Toutes ces reliques, enfermées en un grand sac de « cuir de bugle », qu’il rapporta « attaché à son col » et qui firent quelques miracles au cours du chemin, furent, à leur arrivée, logées dans de riches écrins et provoquèrent, avec une dévotion profonde, des pèlerinages singulièrement lucratifs pour les sanctuaires qui en furent gratifiés2.

La meilleure part de ces trésors fut attribuée par Charlemagne à son église préférée, la cathédrale d’Aix-la-Chapelle, à laquelle il octroya en même temps la prérogative d’une foire annuelle pendant laquelle les châsses

une autre églyse Saint-Jacques en la cité de Bediers (Béziers) et en la cité de Thoulouze, et la quarte de Saint-Jacques en Gascongne, en la cité d’Axa... la quinte aussi de Saint-Jacques en la cité de Paris, entre le fleuve de Saine et Montmartre » (sans doute Saint-Jacques-la-Boucherie). — ( Grandes chroniques. — Le Quart livre des fais et gestes de Charlemaines, ch. n.)

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