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L’ORFÈVRERIE DANS L’ANTIQUITÉ
vaisselles d’or et d’argent que leurs maris, la veille de leur départ, avaient « empruntées » à leurs amis d’Égypte, on trouvera aisément la quantité de métal nécessaire pour exécuter non seulement un veau d’or, mais aussi la commande que l’Ëternel donna à Moïse, sur le Sinaï.
Nous en aurions fini avec la Bible et le peuple d’Israël, si nous n’avions encore à relever dans le Saint Livre deux passages curieux, auxquels, à notre avis, on n’a point assez pris garde, et qui nous renseignent indirectement sur la technique des artistes hébreux. Le premier est relatif à un homme de la montagne d’Éphraïm, appelé Mica, qui, ayant reçu de sa mère deux cents pièces d’argent, s’adressa à un fondeur pour qu’il lui fabriquât deux idoles : « une image taillée et une image de fonte ». Le second, emprunté au Livre des rois, nous apprend que Salomon fit faire trois cents boucliers d’or étendus au marteau, employant trois cents pièces d’or pour chacun. Ainsi, dix siècles avant notre ère, dans ce petit pays qui, au point de vue de l’art, a laissé si peu de traces dans l’histoire, on traitait les métaux précieux absolument comme de nos jours, et les ouvrages d’orfèvrerie s’exécutaient à l’aide de la fonte, de la prise dans la masse, et du marteau, — c’est-à-dire du repoussé et même de Yétampage et du coquille; car il est question dans le passage relatif à la parure du Temple, de chérubins dont les ailes éployées ne mesuraient pas moins de dix coudées et qui, sculptés en bois d’olivier, furent revêtus de feuilles d’or. — Enfin, on remarquera que pour l’exécution de ces différents ouvrages on se servit, comme métal, d’or et d’argent déjà monnayés. Dès celte époque, par conséquent, les métaux précieux, en Asie, revêtaient, tour à tour et suivant les besoins, la forme de pièces de monnaie et d’orfèvrerie.
Si ces renseignements techniques paraissent être d’une exactitude en quelque sorte forcée, doit-on accorder une confiance égale aux descriptions merveilleuses que les Saints Livres donnent de la décoration du Temple, où, s’il fallait les en croire, l’or prodigué recouvrait non seulement les parois, mais la toiture elle-même. On peut, à la rigueur, admettre que Salomon ait fait fabriquer par le célèbre orfèvre lliram, qu’il avait appelé de Tyr, des autels et des tables d’or, des coupes, des bassins, des tasses, des lampes, des encensoirs, des pincettes et des chandeliers de ce coûteux métal, conformes comme aspect à ceux qui se trouvent figurés encore aujourd’hui, à Rome, sur l’arc de Titus. Mais croire que dans le sanctuaire tout était en or, même les gonds sur lesquels évoluaient les portes; mais admettre que ce petit roi se servait, aussi bien à Jérusalem que dans son palais du Liban, uniquement de vases d’or pur; mais penser que chaque année ses flottes lui rapportaient d’Ophir et de Tharsis GGG talents d’or, soit plus de 18,000 kilogrammes de ce métal, sans compter ce qu’il rece-
vait des marchands étrangers, et qu’enlln, de son temps, l’argent était à .Jérusalem « aussi commun que les pierres » : vraiment, cela sent par trop l’hyperbole1 2.
Avec les Chaldéens, les Assyriens et les autres peuples de l’Asie occidentale, l’histoire de l’orfèvrerie s’éclaircit un peu et les faits se précisent. Non pas que les textes soient plus nombreux ou mieux fournis en détails, mais parce qu’aux documents écrits viennent se joindre des vestiges éloquents des divers arts cultivés par ces grandes nations qui, tour à tour, conquirent et dominèrent ou asservirent ces royaumes secondaires, parmi lesquels la Judée n’occupe même pas le premier rang. Certes, il ne nous est pas indifférent d’apprendre par les livres qu’au temps de Nabuchodonosor, le luxe des métaux précieux était excessif à Babylone, et que l’autel de Mérodach, d’abord édifié en argent, fut refait en or par ce prince. Nous prêtons une oreille attentive à Diodore de Sicile, lorsque, décrivant, d’après Ctésias, la tour de Babel reconstruite à grands frais, il nous signale, dans le trésor de cette tour, la présence d’un certain nombre de statues d’or massif, qu’il baptise des noms de Jupiter, de Junon et de Rhée-. Nous n’avons garde de négliger l’avis de Baruch, prévenant ses compatriotes emmenés en captivité qu’ils verront à Babylone des Dieux d’or et d’argent. Enfin, quand nos savants, pénétrant le mystère des écritures cunéiformes, nous fournissent, d’après la magnifique inscription de korsabad, connue sous le nom d e fastes de Sargon, le détail des richesses immenses de ce prince, et du butin qu’il conquit sur les rois subjugués par ses armes, nous commençons à nous faire une idée relativement exacte du luxe énorme de ces monarques asiatiques. Mais combien cette idée prend mieux corps quand nous nous trouvons en présence d’admirables sculptures, de majestueux bas-reliefs qui nous conservent l’image de ces personnages héroïques, à longues barbes soigneusement bouclées, coiffés du diadème ou de la tiare, ligures plantureuses, ramassées sur elles-mêmes, fortement musclées, splendidement vêtues, et de ces animaux si justement observés et si merveilleusement rendus, que seul, parmi les modernes, Uarye peut supporter la comparaison avec ces statuaires asiatiques!
Enfin, il semble que notre édification soit presque complète, quand l’érudition moderne, servie par d’heureuses découvertes, place sous nos yeux quelques spécimens ou des reproductions fidèles de ces belles coupes apodes, ancêtres de nos hanaps du Moyen Age, dans lesquelles les rois de la Chaldée et de l’Assyrie faisaient leurs libations. L’oeil a plaisir à
1. Juges, ch. xvii, v. 4. — Rois, liv. I, ch. vi, v. 24 à 28; ch. vu, v. 48 à 51. — Chroniques, liv. II, ch. xi, v. 13 à 27.