‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 50 sur 154 · Farin, Hist. de Rouen , lre partie, p · texte numérisé non relu

Farin, Hist. de Rouen , lre partie, p

4. « Le traité de Brétigny fixa définitivement la rançon pécuniaire du roi Jean ù 3 millions d’écus d’or. Au mois de mai 1360, l’écu ou royal d’or valait 1 livre 5 sols en argent fin, dont le prix réel était de 5 livres le marc. Ainsi, les 3 millions d’écus d’or de la rançon royale, équivalant à 3,750,000 livres, égalaient en poids d’argent 41,250,000 livres du xix° siècle, et en pouvoir 247,500,000 de nos francs actuels. J’ajouterai que cette somme, tout énorme qu’elle est, pouvait ne pas égaler la masse des rançons particulières dont la valeur numéraire sortit du royaume dans le cours du même règne. » (G. Leiier, Essai sur l’appréciation, etc., p. 133.) — Nombre de trésors d’églises et d’abbayes furent mis à contribution pour aider à acquitter cette rançon. Le trésor de la collégiale de Saint-Etienne de broyés possédait une table d’or chargée de bas-reliefs et ornée de pierreries. Elle lut enlevée aux chanoines par le sire de Piennes, connétable de France, pour contribuer à délivrer le roi Jean de sa caplivité. (Coffinet, le Trésor de la collégiale de Saint-Etienne de Troyes. — Ann. archéol-, t. XX, p. 7.)

intervention de la pierre philosophale, — croyance que nous avons vu se manifester même pour le trésor d’un roi que ses sujets qualifièrent cependant du beau nom de « sage ».

Le lien intime qui existait entre la fabrication de la vaisselle d’or et d’argent e! la frappe de la. monnaie provoqua, de la part de l’autorité royale, certaines mesures d’ordre et de surveillance qui — fait très remarquable et tout à l’honneur de la profession — semblent avoir été volontiers acceptées et presque avec reconnaissance par les orfèvres de nos plus grandes cités. Voulant assurer la loyauté du titre par un contrôle sérieux, Philippe le Hardi ordonna, en 1275, que dans chaque ville où les orfèvres formeraient un corps de Communauté, ce corps aurait son seing propre pour marquer les ouvrages exécutés dans celte ville : habeat signum suum proprium, pro signandis operibus qui operabuntur1 2 . Ce seing fut imprimé avec un poinçon, et pour que les ouvrages des diverses villes ne pussent être confondus, ce poinçon, qui consistait en une lettre, différa d’une ville à l’autre.

On a souvent représenté cette obligation comme une mesure attentatoire à la liberté du commerce; écoutons ce qu’en dit un écrivain, mieux placé que personne pour être bien renseigné : « La loi était générale pour toutes les villes; mais, outre qu’on ne voit pas qu’aucune d’elles ait suivi sitôt l’exemple de la capitale, en profitant d’un établissement si utile, il est vrai de dire que cet établissement ne s’est nulle part si fort signalé qu’à Paris, où nous voyons que le poinçon qu’il établit ainsi, reçu dans l’orfèvrerie de cette Ville et si connu sous le nom de poinçon de Paris -, s’est acquis par la suite une confiance entière jusque dans les pays étrangers par la religieuse fidélité avec laquelle on a toujours usé de cet

1. Ordonnances des rois de France de la troisième race, t. I, p. 314.

2. Pierre Leroy ne dit rien que d’exact. Jusqu’à l’extrême fin de l’Ancien Régime l’argent de Paris ou ail poinçon de Paris jouit d’une renommée dont nous donnons de nombreuses preuves dans le Dictionnaire de V ameublement (t. I, col. 133; t. IV, col. 123 et 463). Cette renommée se traduisit par une valeur plus grande attribuée aux ouvrages qui portaient ce poinçon. La proclamation du Roi en date du 12 octobre 1789, qui détermine le taux auquel l’argenterie peut être reçue par la Monnaie, fixe la reprise du marc façon ou poinçon de Paris à 55 liv. et celle du marc poinçon de province à 53 liv. 10 s. Le poinçon de Paris était parfois contrefait en province. Les archives de Lyon conservent un Acte consulaire daté de 1657, défendant, sous peine d’une amende de 500 livres, au sieur Carret, orfèvre, d’appliquer sur la vaisselle qu’il fabriquait à Lyon un poinçon à la marque de la ville de Paris. ( Actes consulaires BB, reg. 212.) Ajoutons que l’excellence du titre facilitait, comme nous l’avons expliqué dans notre premier chapitre, la beauté et la finesse du travail. « Les ouvrages des Allemands sont de fort bas or et argent et ne montent quasi qu’à quinze ou seize carats d’or, écrit René François dans son Essay des merveilles de nature , p. 207. L’Italie monte un peu plus haut; mais la France est à plus haut tiltre... Aussi la vaisselle d’argent d’Allemagne est à vis, afin qu’on ne remette si souvent les mesmes pièces au feu, car les premières soudures ne tiendroient pas bon. En France, les pièces sont soudées, et remet-on souvent tout ensemble l’ouvrage au feu, estant de fin argent et de riche allov. »

LA MAIN-D’ŒUVRE CIVILE

instrument inviolable de la foi publique, suivant l’esprit de son institution1. »

Trente-sept ans plus tard, en juin 1313, Philippe le Bel, ayant convoqué à Pontoise un Grand Conseil, composé de prélats et de barons, pour s’occuper « du faict des mon noies », renouvela et confirma cette disposition2, et dès cette époque, comme pour bien faire sentir l’importance que le commerce et la transformation des matières d’or et d’argent avaient au point de vue de la richesse publique, il soumit les orfèvres à une inspection des officiers des Monnaies. En 1358, ces officiers, connus sous le titre de Généraux Maislres des Monnoyes du Roy, ayant commencé de former une chambre particulière, appelée Chambre des Monnoyes , l’autorité royale leur attribua une sorte de police sur l’orfèvrerie, surtout en ce qui concernait l’emploi et le titrage des matières d’or et d'argent. Puis, par une pente naturelle, comme la faculté de titrer le métal et de le mettre en œuvre, s’acquérait par l’accès à la Maîtrise, les Gardes de l’Orfèvrerie — ainsi nommés désormais parce qu’ils étaient chargés de veiller sur le poinçon de la ville, qui leur était confié 3 * — furent amenés à faire agréer les aspirants maîtres par les Généraux Maistres des Monnoyes b Cette formalité devint obligatoire sous le règne de Charles V (1378).

Nous aurons occasion de revenir plus loin sur cette législation spéciale, qui eut une influence toute particulière sur les destinées de l’Orfèvrerie. Pour le moment, nous nous bornerons à constater qu’en acceptant cette tutelle, qui dut parfois leur sembler un peu lourde, et en reconnaissant que « la principale destination des matières d’or et d’argent étant d’être converties en espèces et répandues dans le commerce pour le bien universel de la société, le soin de les faire fluer à cet effet dans les Monnoyes et de leur assigner un prix a toujours esté et doit estre un des objets de l’attention du Gouvernement 5 », les orfèvres firent preuve d’une habileté profonde. Certes, croire que ces règlements furent toujours appliqués avec modération et qu’une législation si compliquée ne fut pas sans provoquer souvent de regrettables conflits, ce serait mal connaître les choses de ce monde; mais, en retour de cette condescendance aux exigences royales, les Communautés d'orfèvres reçurent une consécration officielle; et grâce au contrat qui intervenait ainsi entre elles et le pouvoir royal, elles parvinrent à la longue, non sans luttes et sans efforts, il est vrai, à bien établir leurs droits, à faire respecter leurs privilèges et, finalement, à

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