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Dictionnaire d'orfèvrerie religieuse, col

LES CORPORATIONS D’ORFÈVRES

cette moyenne, c'est qu’elle confond dans un même ensemble patrons et compagnons, maîtres et valets; or quelques-uns de ces derniers ne sont taxés qu’à la somme infime de 12 deniers1.

Mais cinquante ans ne se seront pas écoulés, que les choses auront changé d’aspect et qu’on trouvera, à Paris, le Grand-Pont et les rues adjacentes regorgeant de boutiques richement pourvues d’orfèvreries d’une haute valeur, non seulement au point de vue de la matière employée, mais au point de vue de l’art. Les terribles convulsions que la France et l’Europe avaient traversées, les guerres continuelles, les pillages périodiques, accompagnés ou suivis de la destruction régulière, en quelque sorte méthodique, de toutes les orfèvreries dont on pouvait se saisir, bien loin d’être défavorables aux orfèvres, stimulaient au contraire d’une singulière façon l’activité de leur industrie. A la première accalmie, on s’appliquait à réparer les brèches faites dans le trésor des églises, dans les buffets

des princes, dans l’argenterie des particuliers. Chaque catastrophe était suivie d’un redoublement d’affaires, qui explique à la fois le nombre toujours croissant des orfèvres dans les grandes villes et le développement régulier et constant de leur richesse relative. Peut-être pourrait-on

Le Pont-au-Change

décoré pour l’Entrée solennelle de Charles IX. (D’après une gravure d’Olivier Codoré.)

I. 11 est bon toutefois de ne pas s’exagérer l’exactitude de ces calculs. Rien n’est plus difficile, en effet, quand on s’occupe du Moyen Age, que d’établir d’une façon précise la valeur de la monnaie, qui, à peine frappée, se trouvait le plus souvent avilie et dépréciée par ceux-là mômes qui venaient de l’émettre. Le rapport existant entre ces monnaies au cours si variable et le marc d’argent est encore rendu moins certain par l’instabilité de celui-ci dont le prix s’abaisse ou s’élève suivant l’abondance du métal ou la quantité d’alliage. Ainsi, au xive siècle, dans un espace de cinquante ans, nous trouvons que l’écu varia de 12 à 17 sols parisis et que, d’autre part, le marc d’argent fut payé de 7 à 10 ècus. En établissant une moyenne, on arrive à attribuer au marc d’argent une valeur d’environ 4 livres parisis et à attribuer à la livre une valeur de 12 fr. 50, en acceptani le cours légal de l’argent établi à 200 francs le kilo.

\ trouver aussi le secret de cette facilité singulière avec laquelle ils acceptaient les mesures restrictives imposées par le pouvoir royal, et qui les faisaient en quelque sorte les complices des lois somptuaires. Toujours est-il qu’en 1360, lorsque le roi Jean, revenant de sa captivité, fit son Entrée dans la capitale, « ceux de la Ville lui offrirent un présent en don de mille marcs d'argent en vaisselle1 » qu’ils purent facilement trouver chez Jean Bail i n , Pierre de Sèves, Régnault Bochet, Thomas Durandant, Pierre Leclerc et Garnier Bandelle, Gardes cette année-là de la Communauté, ou chez Thomas Pijart, Richard Devillaire, Jean de Glichy, Thomas Toutin, Simon Loiseleur et autres orfèvres alors grandement réputés. Dix-sept ans plus tard, quand l’empereur d’Allemagne vint rendre visite à son neveu le roi Charles V, les orfèvres de la ville avaient également en magasin de quoi satisfaire amplement aux cadeaux que le roi et le prévôt des marchands firent aux illustres visiteurs et à leur suite2. Cinquante ans ne se seront pas écoulés qu’on les verra, riches et magnifiques, déployer dans leurs fêtes particulières et dans leurs solennités corporatives un faste remarqué. Parlant de l’Entrée du roi Henri VI à Paris et des réjouissances qui accompagnèrent son sacre (1431), un écrivain de ce temps constate — non sans une pointe d’ironie- — que ces fêtes furent moins belles que celles auxquelles donnait lieu, quelques années plus tôt, le mariage de certains fils d’orfèvres : « Item vray est que ledit Roy ne fust à Paris que jusques au landemain de Noüel. Ils firent une petites joustes landemain de son sacre; mais pour certain, maintes fois on a vu à Paris enffens de Bourgeois, <1 ue quant ils se marioient, tous mestiers, comme orfèvres, orbateurs, brief gens de tous joyeurs mestiers, en admendoient plus qu’ils n’ont fait du sacre du Roy, de ses joustes et de tous ses Angloys3. »

Cette prospérité, cette considération dont ils jouissaient, non seulement à Paris, mais dans toute la France, se traduisait même au delà de la mort par de coûteux tombeaux édifiés dans les églises — privilège exclusivement réservé alors aux nobles et aux bourgeois les plus aisés. Longtemps on a pu lire dans l’église de Noyon cette curieuse et naïve inscription :

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