Godefroy, le Cérémonial françois, t. I, p
2. Christine de Pisan, le Livre des fai ^ et bonnes mœurs du sage roy Charles, II, p. 107.
3. Journal d'un bourgeois de Paris sous le règne de Charles VI et de Charles VIL p. 147.
LES CORPORATIONS D’ORFÈVRES
Nous devons, en outre, au chanoine E. Reusens1 la fidèle reproduction d’un autre monument funèbre, élevé à la mémoire de l’orfèvre Henri de Tongres (1448) dans l’église de Sainte-Dimphne à Gheel.
Mais la richesse des orfèvres ne se manifestait pas seulement en fêtes, en bombances et en sépultures dispendieuses, elle se traduisait aussi en bonnes œuvres et en institutions durables. A Paris, pendant de longues années, leur Communauté s’était vue obligée de monter à Montmartre pour faire chanter ses messes solennelles. Puis elle avait eu des autels privilégiés à Notre- Dame, à l’église Saint- Martial, à Saint-Paul, et à Saint-Denis-de-la-Chartre.
Sous Charles V, les orfèvres obtenaient enfin la prérogative, alors très recherchée et fort rare dans la bourgeoisie, de se faire construire une chapelle particulière. Mais comme ils avaient l’ambition de joindre à cette chapelle une maison de retraite pour les veuves et les invalides de la corporation, et un bureau pour régler leurs affaires professionnelles, il leur fallut attendre, pour réaliser leur projet, l’année même de la mort du roi. Cette année-là, moyennant 400 écus d’or, ils purent acheter un immeuble rue aux Deux-Portes2, et en 1405 ils procédèrent à l’inauguration de la Maison des Orfèvres , à laquelle ils avaient donné comme annexes la Chapelle et YHôpital Saint-Eloi. Chapelle modeste en son principe, mais qui n’allait pas tarder à s’enrichir; hôpital bien restreint, puisque d’abord il ne compta que quatre fils, mais qui bientôt s’aug-
1. E. Reusens, Eléments d’archéologie chrétienne, t. II, p. 323.
2. Il s’agit ici de la « rue aux 2 portes delèz la rue Saint-Germain-l’Auxerrois »qui s’était appelée antérieurement « rue aux Moines-de-Jeuvau » :
La rue à moignes de .Jeuvau Porte à mont et porte à vau.
Cette rue, par la suite, a pris le nom de rue des Orfèvres. (Leiseuf, Hist. du diocèse de Paris, I, 159. — II. Guéraud, Paris sous Philippe le Bel, p. 200.)
moula, et, en 1457, grâce à l’acquisition d’une maison voisine, pouvait déjà recevoir vingt-cinq malades.
Indépendamment de cette chapelle et de leur confrérie de Saint-Denis, dont nous avons déjà parlé, les orfèvres parisiens fondèrent au xive siècle une autre association pieuse, qui eut son point d’attache à deux lieues de Paris, au hameau de Blanc-Mesnil, près du Bourget, dans une chapelle
placée sous Finvocation de la Vierge. Cette chapelle, largement pourvue d’indulgences par Innocent VI, devint un but de pèlerinage; et les orfèvres et les changeurs, qui s’y rendaient en procession, prirent le titre de Confrérie de Notre-Dame de Blanc - Mesnil. Plus tard, une troisième confrérie fut instituée à Notre-Dame de Paris, dans le but d’honorer saint Marcel, dont la châsse avait été exécutée par saint Éloi. Elle prit le nom de Confrérie de Sainte- Anne et Saint-Marcel, et les confrères avaient le privilège, lors des fêtes solennelles, de porter sur les épaules la châsse du saint. Ajoutons que le zèle pieux des orfèvres fut de tout temps célèbre, et que nombre d’églises, de chapelles, de couvents, d’oratoires durent, au moins en partie, à leur libéralité bien connue, l’éclat de leur parure métallique. Le poète troyen, Nicolas Pourvoyeur1, était donc en droit de leur réserver une place à part parmi les bourgeois qui allèrent saluer le Christ naissant :
Les orfèvres remplis de zèle Se sont montrés très généreux Non pas de la simple vaisselle,
Ils ont offert au Roy des cieux ;
C’étoit une belle couronne De pur or et de diamant Et mieux que docteurs en Sorbonne Ont fait à Dieu leur compliment.
Armoiries des orfèvres parisiens.
(D'après un dessin conservé au musée Carnavalet.)