‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 57 sur 154 · COLLIER ET GOBELET DE CORPORATION · texte numérisé non relu

COLLIER ET GOBELET DE CORPORATION

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LES CORPORATIONS D’ORFEVRES

tembre 1548), les « orphèvres » habillés de « veloux noir doublé de taffetas blanc doré, et le collet, pourpoinct et chausses garnis de gros taffetas entre-semés de petis et gros botons », figuraient également en belle place dans le cortège royal. A l’Entrée de Charles IX à Paris (1572), les orfèvres portèrent encore le dais depuis Saint-Denis-de-la-Chartre jusqu’à Notre- Dame et depuis Notre-Dame jusqu’au Palais. A l’Entrée d’Élisabeth d’Autriche, femme de Charles IX, ils jouirent de la même prérogative1.

Peut-être trouvera-l-on que nous insistons beaucoup sur celte particularité, mais elle a son importance. Tout d’abord, elle nous permet de rectifier une erreur commise par M. Paul Lacroix2, qui s’est trompé en affirmant que les orfèvres, dans ces grandes cérémonies, avaient « un des bâtons du dais à tenir ». Elle nous permet, en outre, de constater que la partie du chemin — à peu près le tiers — pendant lequel les orfèvres portaient le dais était celle qui aboutissait au centre de la ville, c’està-dire au quartier le plus riche, le plus et le mieux peuplé. C’était donc, si l’on peut dire ainsi, la partie la plus honorable du chemin.

Tous ces honneurs, toutes ces prérogatives qui faisaient de la Communauté des orfèvres une corporation doublement privilégiée, n’empèchèrent pas toutefois les dissentiments de se produire entre elle et l’autorité souveraine. La plus bizarre peut-être et la plus vive de ces contestations s’éleva — qui l’aurait prévu? — à l’occasion de la corporation des Oiseleurs. En échange d'une redevance acquittée par eux en nature et qui consistait à lâcher, dans certaines occasions solennelles, un nombre d’oiseaux qui parfois s’élevait jusqu’à quatre cents, les oiseleurs avaient obtenu de Charles VI la permission de pouvoir offrir leur marchandise non seulement à la vallée de Misère — devenue depuis le marché de la Vallée, et aujourd’hui détruit — où de tout temps on avait vendu la volaille vivante ou morte, mais encore sur le Pont-au-Change. Le roi avait même été plus loin. Il leur avait donné l’autorisation d’accrocher leurs cages aux devantures des changeurs et des orfèvres!

11 semble superflu d’ajouter que ces derniers supportèrent assez mal

1. Journal de Paris sous Charles VI et Charles VII, à l’année 1431. — Godefroy, le Cérémonial françois , I, 687. — L’Entrée de Madame Marie d’ Angleterre, reyne de France, en la noble Ville, cité et Université de Paris, 1514. — L’Ordre observé au Sacre et Couronnement et à l'Entrée à P aris de la royne Claude; Paris, 1517. — Entrée à Paris de la reyne Eléonore d’Austriche, seconde femme du roy François 1er ; Paris, 1530. — La Magnificence de la superbe entrée faite au très chrétien roy de France Henry deuxième de ce nom et à la reyne Catherine de Médicis, à Lyon, avec privilège, 1549. — 1 1 ardouin Chauveau, C’est l’ordre qui a esté tenu à la Nouvelle et Joyeuse entrée de très excellent et très puissant prince, le roy très chrétien, Henri deuxième du nom, en sa bonne Ville et Cité de Paris, capitale du Royaume ; Paris, 1549. — Bref et sommaire recueil de l'entrée de Charles IX à Paris ; 1572. — L'Ordre et forme qui a été tenu au sacre et couronnement d'Elisabeth d’Autriche, reine de France, etc.

ce turbulent voisinage. Dès le règne de Charles Vil, ils protestèrent avec énergie contre cette usurpation déclarée intolérable. Leurs protestations étant demeurées sans effet, ils se décidèrent à procéder judiciairement. Plus tard, ils cherchèrent à intéresser à leur cause la dévotion de Louis XI, en lui signalant les cris injurieux et blasphématoires cpie prononçaient certains de ces oiseaux. Ils crurent même avoir réussi par ce moyen, car, le 10 août 1468, fut opérée par commission royale une saisie de « toutes les pies, jays, chouettes estant en caiges ou aultrement, pour toutes les porter devers le roy, et estoit escript et enregistré le lieu où avoient été prins lesdils oiseaulx, et aussi tout ce qu’ils sçavoient dire : comme larron, paillart, fils de putain, va dehors va, Perrette donne-moy à boire, et plusieurs aultres beaux mois que iceulx oiseaulx sçavoient bien dire et que on leur avoit apprins ». La saisie, toutefois, n’eut pas le résultat qu’on en attendait, et bien loin de proclamer l’interdiction si vivement réclamée, la plus large tolérance continua d’être accordée aux « pauvres ovseleurs prenans oyseaulx et aultres menus gens vendans oyseaulx dans cette ville de Paris, supplians jouir de leurs privilèges ». Ce fut sous le règne de Henri III que le conflit atteignit son maximum d’acuité. En 1573, pour clore ce débat quelque peu ridicule dont la procédure durait depuis un siècle et quart, le Parlement se décida à confirmer définitivement le privilège des oiseleurs. Mais les orfèvres continuant de résister, l’autorité royale dut agir avec rigueur. Le 27 mai 1577, on vit un officier du Châtelet, escorté de ses gardes, occuper le pont, faire planter des clous dans les devantures des boutiques et y suspendre lui-même des cages. On croyait tout fini. Ce fut, au contraire, une émeute véritable qui éclata1.

Il faut croire que, malgré l’autorité de la chose jugée, la réclamation des orfèvres ne laissait pas que d’être justifiée; car la police fit, par la suite, spontanément évacuer le Pont-au-Change. La foule des oiseleurs, en effet, y rendait la circulation impossible et occasionnait de nombreux accidents. Ce procès, qui dura près de cent cinquante ans, est un des très rares débats importants que la Communauté des orfèvres parisiens ait eu à soutenir judiciairement contre l’omnipotence royale.

1. Jehan de Troye, Chronique du roy Louis XI, dite Chronique scandaleuse , p. 121. — Delamare, Traité de police , liv. V, titre xxrn, ch. v. On nous a conservé le récit de cette curieuse émeute : « Estant ledit exécuteur dèparty, iceux orphèvres et changeurs au contempt et mespris de l’autorité de ladite Cour, en blasphémant Dieu, proférant paroles injurieuses contre l’honneur d’icelle, jettèrent par terre lesdites cages et oyseaux', icelles foulèrent et attripèrent aux pieds, battirent et excédèrent lesdits supplians, tellement que pour éviter le danger de leurs personnes et pertes de leurs oyseaux, ceux-ci n’ont osé depuis vendre sur ledit pont. » Une pareille insurrection ne pouvait demeurer impunie. Celui qui avait paru la diriger était un orfèvre nommé Fillacier. Il fut arrêté, emprisonné au Châtelet et condamné à tenir prison jusqu’à plein payement d’une amende de dix écus envers le roi et de vingt écus envers les demandeurs.

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