Diodore, liv. II, ch. ix
L’ORFÈVRERIE DANS L’ANTIQUITÉ
suivre sur leurs zones concentriques ces batailles, ces chasses, ces caravanes, ou encore ces paisibles promenades d’animaux passants, dont la disposition si caractéristique se retrouvera plus tard sur l’orfèvrerie et la céramique de la Grèce primitive1.
Chez les Médes d’abord et chez les Perses ensuite, conquérants de toutes ces richesses, nous rencontrons cette même abondance de métaux précieux savamment façonnés. On sait quels trésors Darius Codoman fut
Orfèvrerie arsacide. — Plat en argent.
(Cabinet des Médailles.)
obligé d’abandonner aux mains de son vainqueur, et malgré ces désastres, non seulement l’opulente richesse des Arsacides put supporter la comparaison avec celle des Achéménides, leurs prédécesseurs, mais elle sut encore conserver aux belles argenteries cette saveur autochtone, ce cachet si particulier, qui distinguaient déjà l’orfèvrerie de Sargon et celle de Nabuchodonosor. Aucun peuple de l’Asie occidentale, toutefois, n’acquit, dans la pratique de ces beaux ouvrages, une réputation plus générale et plus méritée que les Phéniciens. Nous avons vu que Salomon fit venir de Tyr l’orfèvre Hiram, pour exécuter les vases et les meubles d’or qu’il
1. Voir Botta et Flandin, Monuments de Ninive. — Fayard, The monuments of N ineveh. — Victor Place, Ninive et l'Assyrie. — G. Rawlinson, The five great monarchies of tlie ancient eastern world.
destinait au Temple. Le cratère qu’Achille propose pour prix au vainqueur des jeux célébrés en l’honneur de Patrocle avait été ciselé par
des Sidoniens à l’esprit ingénieux » et « l’emportait de beaucoup en beauté sur tous ceux de la terre1 ». Ailleurs Homère raconte que Ménélas offrit à Télémaque un cratère du plus fin argent bordé d’or, « ouvrage dont le travail surpassait l’art humain2 » et dont Phoedime, roi de Sidon, lui fit présent à son retour de Troie. Ainsi les deux plus anciens livres connus s’accordent pour constater celle supériorité alors incontestée. Mais les Phéniciens ne se bornaient pas à être les orfèvres les plus habiles de leur temps. Ils étaient aussi les commerçants les plus expérimentés et les plus hardis navigateurs. Ézéchiel nous montre Tyr, « placée aux avenues de la mer et qui fait métier de vendre aux nations étrangères », « rassasiant les peuples et les rois » de ses produits, au premier rang desquels l’orfèvrerie tient une place importante3. Ses flottes, qui, dépassant les colonnes d’Hercule et remontant l’Océan, allaient chercher l’argent en Espagne, l’étain dans la Grande-Bretagne et l’ambre dans la Baltique, donnaient en échange des patères, des œnochoes et jusqu’à des amphores élégamment ciselées. Et c’est grâce à cette dispersion dans le monde entier, que les spécimens de l’orfèvrerie phénicienne, retrouvés un peu partout, sont restés assez abondants pour qu’on puisse parler, en connaissance de cause, des artistes qui leur ont donné le jour. Ajoutons que le caractère de ces belles productions est si nettement indiqué, qu’on les peut distinguer du premier coup d’œil. « Qu’un monument de cette espèce soit découvert à Cypre ou à Rhodes, sur le continent de la Grèce ou sur celui de l’Italie, dans le Latium ou en Etrurie, écrit M. Perrot, l’archéologue le sépare tout d’abord des objets d’origine différente qui font partie de la même trouvaille; il le reconnaît presque aussi sûrement que si le vase portait la marque de fabrique d’un atelier phénicien4. » Les plus nombreux de ces précieux spécimens consistent en coupes, analogues à la cpiaXvi des Grecs ou à la paiera des Romains, et dont nous avons déjà constaté la présence aux mains des princes assyriens. Mais ces coupes, si elles se recommandent par la finesse du travail et la beauté de l’exécution, sont loin d’offrir, comme pureté de style et comme originalité, un égal intérêt. L’orfèvrerie phénicienne, en effet, montre un mélange presque constant de formes et d’ornementation empruntées à l’Égypte ainsi qu’à 1 Assyrie, et constituant une sorte de compromis entre les arts de ces deux pays — mélange vraisemblablement dicté par le besoin qu’éprouvaient ces
\. H’omère, Iliade, chant xxm.
-• Odyssée, chant îv. U est également parlé de ce cratère au chant xv.