Voir la vignelle qui orne le tilre de cel ouvrage
Reliquaire en forme de dôme à Varzy (Nièvre).
Reliquaire-couronne du Paraclet à la cathédrale d’Amiens.
L’ORFÈVRERIE AU XIIIe SIÈCLE
un sur sa poitrine, aux processions des Rogations. « C’éloit l’usage », écrit Milîin 1 . Comment ne pas s’étonner qu’il en soit si peu parvenu jusqu’à nous?
Partout, dans ces ouvrages, le caprice et la fantaisie s’en donnent à cœur joie ; et cette fertilité d'invention se montre d’autant plus exubérante, que, dès cette époque, les orfèvres ne connaissent » plus de limites à leur art et reproduisent en or et en argent tous les objets qu’on leur demande.
Joinville rapporte que, au retour de Terre sainte, une tempête effroyable assaillit la flotte de saint Louis dans le voisinage de Chypre. La reine, malade, se désespérait; et comme Joinville lui proposait, pour apaiser la colère céleste, de promettre à Dieu de se rendre en pèlerinage à Saint- Nicolas-de-Varengeville, la reine hésitant à faire cette promesse, dans la crainte que le roi ne lui permît pas de la tenir : « Au moins, madame, lui dit Joinville, promectez luy quë si Dieu vous rend en France sauvément, vous luy donnerez une nef de cinq marcs d’argent pour le roy, pour vous et vos enfans. Et si ainsy le faictes, je vous promect et asseure que, à la prière de sainct Nicolas,
Dieu vous rendra en France. » Et Joinville ajoute :
« Lors elle promist à sainct Nicolas de luy donner la nef d’argent, et me requist que je luy en fusse pleige (garant), ce que je voulu. Et tantoust elle
retourna à nous et nous vint dire que Dieu, à la supplication de saint Nicolas, nous avoit garanti de ce péril. Quand la royne fust revenue en France, elle fist faire la nef qu’elle avoit promise à Monseigneur saint Nicolas, et y fist enlever (c’est-à-dire représenter en relief) le roi, elle et leurs trois enfants, les mariniers, le mast, les cordaiges, les gouvernailz tout d’argent et cousuz à fil d’argent. Laquelle nef elle m’envoya et me manda que la conduisisse à Monseigneur saint Nicolas; et ainsi le fis, et encores depuis long temps après la y vis-je, quand nous menasmes la seul* du Roy au roy d’AImaigne2. »
Cette nef, si joliment traitée et si fâcheusement détruite, n’était pas le seul échantillon de ces petits navires que les navigateurs en péril avaient offerts en ex-voto aux sanctuaires renommés. La plupart, placés sur les
Reliquaire de Milhoguet.
1. Annales archéol., t. XVIII, p. 343; t. XIX, p. 231. — Mu. un, loc. cit., I. Il, ch. xm, p. 25.
2. Joinville, Mémoires, dans les Mém. relat. à l’hist. de France, l. Il, p. 129.
autels, furent utilisés par le clergé comme reliquaires ou comme tabernacles, pour renfermer les hosties et les linges sacrés. Peut-être faut-il chercher clans cette adaptation fort naturelle l’origine de ces autres nefs non moins magnifiques qui, pendant plus de cinq siècles, ont orné les tables royales et princières, employées à serrer non pas les objets nécessaires au culte, mais les ustensiles indispensables au repas, meubles d’une importance capitale eL dont il sera question plus loin.
Tous ces menus ouvrages, en tout cas, sont d’autant plus dignes de notre attention, que c’est en euv — bien plutôt qu’en ces bustes un peu sauvages dont nous parlions tout à l’heure, et auxquels M. Labarte attache une importance si décisive — qu’éclate la merveilleuse habileté des orfèvres du xiuc siècle. C’est surtout dans les délicieuses statuettes qui les ornent, infiniment mieux appropriées par leur faille au travail toujours précieux de l’or et de l’argent, que leur art charmant se révèle dans sa magistrale ampleur, égalant parfois, en science et en beauté, les œuvres admirables des sculpteurs de Chartres et de Reims.
Ces figurines si délicates et cependant empreintes d’une réelle grandeur dans leurs proportions réduites, multipliées à l’infini, apparaissent souvent seules. Plus souvent encore, elles concourent à la décoration de monuments d’orfèvrerie relativement considérables. Parmi ces monuments, les plus importants sont assurément les châsses dont nous avons déjà longuement raconté l’histoire architecturale, et dont nous pouvons d’autant mieux parler, qu’un nombre considérable d’entre elles nous ont été conservées, — sans compter que, parmi celles qui ont été détruites, beaucoup nous sont connues par des descriptions suffisamment détaillées et assez précises pour que nous puissions nous faire une exacte idée de leur structure et de leur ornementation i
Il va sans dire que ces divers édicules n’offrent pas un égal intérêt; et tous, alors même qu’ils sont contemporains, n’appartiennent pas au même style. Ce qu’on appelle le Moyen Age est, en effet, une période de perpétuelle transformation ; c’est, en outre, une époque de particularisme. Chaque État, chaque province, chaque ville s’entourait de barrières et cherchait à s’isoler. De là des différences singulières de niveau que venait compliquer — dans l’art qui nous occupe — la prédominance de certaines conditions économiques, influant directement sur la production locale.
11 est clair, par exemple, que dans les régions où, comme à Limoges, la pratique de l’émail était particulièrement en honneur, l’émailleur, qui avait besoin de surfaces planes pour servir d’excipient à ses couleurs vitrifiées, avait une tendance marquée à demeurer fidèle au style romanobyzantin; alors que dans les villes où l’orfèvrerie pure dominait, comme à
Paris, cette préoccupation n’existant pas, l’artiste était naturellement entraîné à suivre les exemples tourmentés que lui offrait l’architecture ogivale. Ainsi le premier était forcément conduit à simplifier ses contours, alors que le second, désireux de faire briller la virtuosité de son ciselet, hérissait les siens de crochets, de crêtes, de festons et de végétations délicates et subtiles.
De là deux systèmes d’ornementation presque contradictoires, et qui font qu’on remarque — dans des œuvres datant du même temps — des dissemblances souvent considérables. Ajoutons qu’il n’est même pas besoin de cette dualité de systèmes pour qu’on relève des inégalités d’exécution, et des différences de style bien faites pour dérouter ceux qui croient pouvoir établir, dans la marche de l’art, des classifications certaines.
Deux châsses nous ont été conservées, qui jouissent auprès des archéologues d’une réputation d’autant plus grande qu’elles ont été maintes fois dessinées et décrites. La châsse de sainte Jule, à Jouarre1, et celle de saint Taurin, à Evreux2. Cette dernière fut exécutée par les ordres de l’abbé Gilbert, qui, élu en 1240, mourut en 1255. Elle vit le jour très vraisemblablement aux environs de 1245. Pour l’autre — soit qu’on fasse remonter sa confection aux années qui suivirent le transport du corps de sainte Jule amené à Jouarre, selon Molanus, en 1233; soit qu’on s’appuie sur une inscription attribuant le don de cette châsse à Eustache, deuxième du nom, abbesse de Jouarre, dont on place la mort avant 1220 — elle n’est antérieure, par conséquent, que d’environ un quart de siècle à celle de saint Taurin. Eh bien, au double point de vue de l’ordonnance architecturale et du style, un monde les sépare.
Dans la châsse de Jouarre, la forme générale se rapproche encore de celle du sarcophage, et quant à sa décoration, c’est à peine si, au milieu des réminiscences romanes, on distingue les tâtonnements de l’art nouveau. Les guirlandes de feuillages qui tapissent les pieds-droits des arcades paraissent bien empruntées à la flore nationale; mais il semble qu’elles se dissimulent derrière les fûts des colonnes, couverts de compartiments et d’imbrications. Les arcs trilobés, avec leurs archivoltes chargées de détails, rappellent encore l’ancien style. Les chapiteaux enfin présentent alternativement la forme conique particulière à l’art byzantin et une sorte de dégénérescence de la corbeille corinthienne.
Si nous passons à la châsse de saint Taurin, tout change d’aspect. Avec ses gables pointus, ses contreforts, ses légers pinacles; avec son
L Voir Eugène Grezy, Annales archéologiques, I. VIII, p. 205. — Laiiarte, les Arts industriels au Moyen Age, I. II, p. 8. — Texier, Dictionn. d'orfèvrerie religieuse, col. 1007.
2. Cahier et Martin, Mélanges d’archéologie, etc., t. Il, p. I. — Lauarte, ibid., id., p. 18. — Texier ibid., col. 1377.
clocher élancé, ses portails remplaçant les arcades traditionnelles; avec ses lignes brisées, tourmentées, hérissées, se substituant aux platesbandes horizontales; avec la sobriété relative d’une ornementation qui découle de la forme même, au lieu de la prolixité d’une décoration surajoutée, ce petit monument atteste une transformation, une révolution complètes. Ce n’est point assurément « une petite Sainte-Chapelle en miniature », comme l’écrit M. Labarte. Notre châsse n’a ni la grâce exquise, ni l’incomparable légèreté du chef-d’œuvre de Pierre de Montereau. Mais c’est un édifice, une église bien franchement ogivale, et dont fauteur, quel qu’il soit, a loyalement rompu avec tout style antérieur. —
Si, après cela, nous contemplons la châsse de saint Eleuthère de Tournai, qu’on nous dit dater exactement de 1247 *, et tjui offre à peu prés la même disposition architectonique que celle de sainte Jule, notre étonnement sera encore plus grand, et nous pourrons aisément constater l’avance surprenante que les orfèvres de Paris avaient, au temps de saint Louis, sur les confrères du Hainaut et de la Flandre.
Le xme siècle , du reste, est, nous l’avons dit, le siècle par excellence des belles châsses, et alors même que, comme celles de saint Éleuthère et de sainte Jule, elles demeurent encore lkléles â l’esthétique primitive, les statuettes dont elles sont ornées présentent un caractère si élevé, une dignité si grande, quoiqu’un peu froide; elles sont posées avec tant d’art, drapées avec tant de goût, exécutées avec tant de soin, qu’on se sent saisi de respect pour les artistes anonymes qui exécutèrent ces chefs-d’œuvre. Lt pourtant, ces beaux ouvrages, quelque distingués, quelque remarquables qu’ils nous paraissent, sont de bien peu d’importance, si on les compare
I. Le Maistre o’Anstaing, Annales archéologiques, t. XI 11, p 114.
à ceux qui ont disparu ; à cette « tombe d’or, d’argent et de pierres précieuses, de merveilleux ouvrage et de riche1 » (si nous en croyons les récits du temps), que la reine Adèle fit placer sur le corps de Louis VII, son époux, dans l’église de l’abbaye de Barbeau, et qui, au dire de l’épitaphe même, était d’un art magnifique et nouveau.
Gemmis, arte nova, profuso et auro Quondam magnifieum, fidelis uxor,
Sponso tota suo, regens Adela,
Erexit lapidem
Ils étaient également bien inférieurs, comme proportions et comme
Tombeau en orfèvrerie du comte Henri le Large, autrefois dans l’église Saint-Étienne de Troyes.
travail, à la tombe du comte Henri le Large, qui, jusqu’à la Révolution, fut une des curiosités de l’église Saint-Étienne de Troyes, et qui montrait la statue du comte en argent repoussé, entourée par une arcature géminée, ciselée et dorée avec un art parfait, rehaussée d’émaux aux couleurs éclatantes; et aussi au mausolée superbe que Blanche de Navarre, sa veuve éplorée, éleva à Thibaut 111 comte de Champagne, mort à la fleur de l'àge, et au moment où il allait, comme généralissime, prendre le commandement de l’armée des Croisés. Ce dernier tombeau était de bronze doré, revêtu de plaques d’argent. Dans ce dernier métal, on avait repoussé et ciselé une statue du mort de grandeur naturelle; et tout autour, abrités par des arcades en plein cintre, les parents du prince étaient représentés en des statuettes d’argent, de près d’un demi-mètre de hauteur 2.
1. Grandes chroniques. — Premier livre des gestes du bon roi Philippe, ch. v. — Mii.lin, Antiquités nation., t. II, ch. xm, p. 12.
2. L’abbé Coffinet, le Trésor de Saint-Etienne de Troyes. Ann. arch., t. XX, p. 80 et suiv. — Baugikr, Mém. hist. de la province de Champagne, t. I, p. 165.
Le monument que Louis VIII consacra dans la basilique de Saint- Denis à son père Philippe-Auguste, et celui que Blanche de Castille éleva à Louis VIII, son mari, constituaient également deux œuvres considérables d’orfèvrerie, dont la valeur intrinsèque amena la destruction durant les guerres religieuses du xvie siècle L Le xme siècle fut, du reste, l’époque des merveilleux mausolées. On trouve des traces de leur extrême magnificence jusque dans les récits des poètes et dans les romances des trouvères. Le délicieux roman de Floire et Blanceflor nous montre, lorsqu’il s’agit d’élever un tombeau à la gente pucelle, le père et la mère du jeune prince mandant en toute hâte
maçons vaillans
Et boins orfèvres bien sachans,
Faire leur fait un tel tombel,
Nus homes de char ne vit si bel.
La tombe fut molt bien ovrée;
D’or et d’argent est néellée.
Il ne faut donc pas s’étonner que, malgré l’expresse recommandation du saint roi, demandant humblement, au moment de sa mort, qu’on apportât la plus grande simplicité à sa sépulture, les ossements de Louis IX, ramenés de Tunis, aient été, eux aussi, mis en «une tombe d’or et d’argent, et de noble faicture 1 2 ».
A la suite de ces sépultures royales, il convient de mentionner, parmi les grands travaux d’orfèvrerie de ce siècle si prodigue en ces beaux ouvrages, la fameuse châsse de saint Marcel, exécutée, si nous en croyons Sauvai, en 1262, et qui rappelait par sa forme générale Notre-Dame de Paris, dont elle allait devenir un des ornements les plus remarquables. Composée d’une nef et de deux bas côtés, dont la toiture couronnée d’une crête était surmontée d’une flèche, elle était entourée par des statuettes en or, représentant les douze apôtres; alors que dans le portique principal apparaissait saint Marcel portant la mitre et la crosse, accompagné de deux anges soutenant des chandeliers, et de plusieurs saints également en or.
Non moins célèbre était la châsse de sainte Geneviève, dont nous avons déjà parlé. L’abbé Lebeuf nous apprend que l’orfèvre Bonnard, chargé de la refaire, consacra dix-huit mois à ce précieux travail. Bénite
1. Dom Félibien, Hist. de l’abbaye royale de Saint-Denis, p. 547. — Parlant du second de ces rois, les Grandes chroniques disent : « Illec fu enterré de lès son père le bon roy Phelippe honnorablement en or et en argent. Lequel pluseurs qui à Saint-Denis vont, voient ainsi noblement et honnorablement enterré. »
2. Le Roman de Floire et Blanceflor, v. 538 et suivants. — Grandes chroniques. — Istoire au roy Phelippe, fils [de] Monseigneur sainct Loys, ch. xiv.
le 28 octobre 1242, elle attira pendant bien des années à l’abbaye la foule des fidèles. Sa forme, comme pour toutes les châsses de ce temps, était celle d’une gracieuse et gentille église, entourée d’arcades qui, garnissant ses faces latérales, abritaient des figures d’apôtres. A ses deux extrémités on voyait d’un côté la Vierge et de l’autre sainte Geneviève. De nombreuses pierreries, parmi lesquelles se trouvaient une certaine quantité de camées antiques, achevaient de donner à ce beau monument un somptueux aspect 1.
Toutes ces orfèvreries merveilleuses éprouvèrent le sort fatal auquel les belles argenteries sont infailliblement vouées. En 1614, la châsse de sainte Geneviève subit une première atteinte.
Elle fut réparée par un orfèvre parisien nommé Nicole (?) et l’on profita, paraît-il, de cette réparation pour substituer des pierres fausses aux pierres fines, qui primitivement la décoraient. On respecta, par contre, les camées qui l’ornaient. Il semble cependant que ceux-ci étaient quelque peu déplacés dans un monument consacré à la vierge naïve, patronne tic Paris; car nous lisons dans le procès-verbal dressé en 1793, lorsque ce monument d'orfèvrerie fut porté â la Monnaie pour y être fondu : « Entre autres choses fort ridicules et fort extraordinaires, nous avons remarqué sur cette châsse une agate gravée en creux représentant Mucius Scævola brûlant sa main pour la punir d’avoir manqué le tyran Porscnna; sur une autre pierre, un vil Ganyméde enlevé par l’aigle de Jupiter pour servir de gilon au maître des dieux; et sur d’autres pierres des Vénus, des Amours et autres attributs de la Eable2. »
La châsse de saint Marcel portée à l’ancien Ilotcl de Ville. (D’après une lettre ornée du Pontifical de Jacques Juvénal des Ursins.)
I. S/VUval, Antiquités de Paris, t. 1, p. 373. — Invent, des joyaux et reliquaires de l’église de
Paris, 1626-1648-1695; Arch. nation., L, 5093. — Lebeuf, Hist. du diocèse de Paris, etc.
2 Annales archéol., t. VIII, p. 260.
Si les ouvrages d’orfèvrerie religieuse subirent de si fatales destinées, que dire du sort réservé à l’orfèvrerie civile? Non seulement il ne nous est rien resté des œuvres d’art exécutées par les grands artistes de ce temps, par les Guillaume, par les Bonnard, et parce fameux Raoul, dont le talent et la probité étaient alors si réputés, que saint Louis le retint près de lui comme orfèvre ordinaire, et que Philippe le Hardi l’anoblit en 1270; — premier exemple, comme le remarque le président Hénault, de lettres de noblesse accordées à un homme de métier; — - mais les textes eux-mêmes sont à peu près muets sur les ouvrages profanes qui virent le jour au cours de ce xme siècle si fertile en chefs-d’œuvre. C’est à peine si quelques écrivains du temps daignent nous signaler un petit nombre de pièces ayant un caractère historique. Philippe Mouskes, un contemporain cependant et qui se montre si abondant en précieux renseignements sur les périodes précédentes, se contente de nous apprendre que Philippe-Auguste, à Bouvines,
Si mangeoit en coupes d’or fines
Soupes en vin
Par le biographe de Louis VIII, nous savons que ce prince, à son Entrée à Paris, reçut, en présent de la Ville, un énorme bassin d’or ciselé avec art, et sur lequel se trouvaient représentés les Quatre Éléments entourés de sujets plus ou moins mythologiques. Les Grandes chroniques racontent qu’après sa mort, la reine Blanche de Castille fut portée « en une chaière d’or parmi Paris, toute vestue comme royne, la couronne d’or en la teste » et qu’on la mena dans cet appareil jusqu’à Pontoise. \d Inventaire du mobilier de Charles V , dressé l’année même du décès de ce prince, décrit encore cinq pièces de vaisselle en or qui, ayant appartenu à saint Louis, étaient conservées pieusement dans le trésor des rois de France. C’était : <c La couppe qui fut [à] Mons. Saint Loys, avec son aiguière plaine (unie) sans esmaulx, pesant sept marcs six onces. — Une autre couppe esmaillée qui fut audit Mons. Saint Loys pesant cinq marcs. — Une très petite couppète (sic) d’or plaine, en façon d’un voirre, qui fut [àj Mons. Saint Loys, où il mesuroit la porcion de l’eaue qu’il buvoit en son vin; pesant un marc demye once d’or. — Un hanap en forme d’un petit bassin d’or, qui fut [à] Mons. Saint Loys, qui est d’anciens esmaulx pesant deux marcs six onces d’or1. »
Somme toute, cette vaisselle à l’usage personnel du pieux roi était
\. Philippe Mouskes, Chronique rimée, v. 21670. — Nicolaus de Braia, Gesta Ludovici Octavi dans Duchesne, Hist. franc, script., t. V, p. 292. — Grandes chroniques. La vie Monseigneur saint Loys, ch. lxiv. — Jules Labarte, Invent, du mobilier de Charles V, art. 363, 364, 371.
Pl. XIV.
FERMAIL dit (( DE SAINT LOUIS »
'rrrrn/ /ne //e c/ e/üi
rc/auââe t/c guerre.
(ya/erte t / S/^yw/lüt
L’ORFÈVRERIE AU XIIIe SIÈCLE
d'une simplicité assez rudimentaire. Sans son poids et le métal extraprécieux dans lequel elle était façonnée, on ne se douterait pas de son illustre provenance. Il est à croire, toutefois, que ces divers objets, s’ils ne se distinguaient pas par une décoration compliquée, se recommandaient, indépendamment de leur valeur historique, par une forme au moins distinguée et gracieuse; car nous trouvons dans ce même Inventaire de Charles V la description de trois aiguières d’or unies « de la façon de celle de saint Loys », montrant que ces pièces consacrées par le souvenir étaient, un siècle plus tard, considérées comme des modèles à suivre. Parmi les joyaux compris dans ce document, figurent encore deux anneaux de la même provenance. Le premier est ainsi décrit : « Ung annel où est un gros ruby, à la façon de une demye fève, et est le ruby qui fut [à] Saint Loys, qui tousjours a esté gardé successivement par les roys de France »; — le second : « Item une autre verge où est un ruby violet qui a ung trou emply d’or et est escript en la verge qu’il fut [à] saint Loys. » Ce deuxième anneau avait été offert à Charles V par la reine Jehanne d’Évreux, qui le tenait sans doute du roi Philippe le Long son mari.
Au musée du Louvre, dans la galerie d’Apollon, on conserve, comme deux joyaux du plus grand prix, tout d’abord un coffret ou cassette qui appartint à Louis IX et fut donné par Philippe le Bel à l’abbaye du Lis L Richement orné, ce coffret est chargé d’émaux d’applique et, bien que ce meuble précieux à tant de titres ne constitue pas — à proprement parler — une pièce d’orfèvrerie, nous en donnons une reproduction qui nous dispense de le décrire.
En second lieu, on admire un délicieux bijou, que nous reproduisons également, sorte de lermail couvert de fleurs de lis et rehaussé de pierres lines, qui passe pour avoir servi d’agrafe au manteau du saint roi. Ce fermai!, d’une rare élégance et d’une exécution extrêmement délicate, fut, sous le second Empire, exposé parmi les joyaux du musée des Souverains. Il avait été pendant bien des siècles conservé dans le trésor
Coupe en vermeil.
(Cathédrale de Sens.)
1. Voir Ganneron, la Cassette de saint Louis, roi de France ; Paris, 1855, in-folio.
de l'abbaye de Saint-Denis. Son origine historique est-elle absolument certaine? Nous ne le croyons pas.
Racontant la cérémonie du couronnement de la reine Marie, femme de Philippe 111 (1274), les Grandes chroniques 1 nous apprennent que les chevaliers portaient des « fermaus d’or ès poitrines et sur les espaules, grosses pierres précieuses, si comme esmeraudes, saphirs, jacintes, pelles (perles), rubis, etc. » Il y a peu d’apparence après cela que le roi de France se soit contenté d'un fermail d’argent niellé, quand ses barons en avaient de si magnifiques en or. Quoi qu’il en soit, c’est là à peu près tout ce qui nous reste en fait de joyaux authentiques ayant appartenu à cette époque si glorieuse de notre art national.
1. Istoire au roy Philippe, fils [de] Monseigneur saint Loys, ch. xx.
Phylactère de la dent de saint Nicolas.
(Église Saint-Nicolas d’Arras.)