Comptes de l'argenterie, p. 304 à
3. Inventaire et vente apres décès des biens de la reine Clémence de Hongrie, veuve de Louis le Hutin, 1328. — Nouveaux comptes de l'argenterie, p. 37 à 112.
Gobelet en argent,
d’après un tableau flamand du Louvre.
sont prisés, le premier sur le pied de 4 liv. 10 sols, et le second à 110 sols, alors qu’au cours légal actuel ils représenteraient de 50 à 70 fr. de notre monnaie.
Mais si l’on trouve peu de ces étrangetés caractéristiques dans V Inventaire de Clémence de Hongrie , on y rencontre un certain nombre de petits meubles d’usage exclusivement féminin, qui manquent dans la plupart de nos inventaires royaux. Tels sont des barillets à mettre l’eau de rose ; des « esparjouers dorés », pour asperger les meubles et les tapis avec des eaux de senteur; une « damoiselle à atourner », pour la toilette1; des flacons émaillés pour loger des odeurs; un étui d’argent à poudre, etc. On y découvre aussi d’admirables joyaux qui servaient à la parure de la reine: quatre couronnes enrichies de pierres précieuses; des anneaux, une demi-douzaine de doigts — on donnait alors ce nom aux larges bagues enrichies de nombreuses pierres — ornés de diamants, de rubis, de saphirs, de turquoises, d’émeraudes, dont le prix s’élevait jusqu’à 460 liv., soit près de 5,000 francs de notre monnaie; seize fermaux magnifiques; six peut à col , autant de patenôtres ou chapelets, faits de perles et de saphirs; une gravou'ere en cristal de roche garni d’or2, etc. On peut juger, par cette rapide énumération, du luxe que les princesses déployaient alors dans leur ajustement.
Au temps du roi Jean, de prodigue et galante mémoire, ce luxe fut encore dépassé. Lorsqu’en 1352 ce prince maria sa petite-nièce, la gracieuse et sympathique Blanche de Bourbon, à Pierre le Cruel, roi de Castille , il envoya à l’abbaye de Preuilly, en Touraine — où le mariage fut célébré par procuration — deux admirables couronnes, dont l’une, commandée à Jean de Lille le jeune, fut payée 3,200 écus d’or, et l’autre, exécutée par Jehan Lussier , coûta 2,550 liv. par. On se figure ce que pouvaient être de pareils joyaux.
Désireux de joindre l’utile à l’agréable, le roi accompagna son envoi de
1. Voir, sur le rôle que jouait ce meuble, le Dictionnaire de l’ameublement aux articles Attourner et Damoiselle.
2. On donnait le nom de gravouere à une lige de mêlai ou de cristal, servant à faire la raie et a partager les cheveux.
Pot de décoration « en façon d’une géline », d’après un manuscrit de la biblioth. de Bourgogne.
nefs, pots à aumône, bassins à laver, quartes, chandeliers, hanaps et lasses par douzaines, achetés à Pierre Chappelu, de drageoirs, encensoirs et burettes fournis par Jehan Richard.
Remarque curieuse, il ne se montra pas beaucoup plus généreux pour sa lille aînée, Jehanne de France, lorsque celle-ci épousa le roi de Navarre. U est vrai qu’il nourrissait pour la branche des Bourbons une affection singulière, qui s’était bien montrée par le choix qu’il avait fait de la sœur même de Blanche pour son fils le Dauphin. Nous avons cru bien faire en résumant, en un tableau, le cadeau d’argenterie qui fut fait à la princesse Jehanne. On y verra plus clairement ce qu’était alors, en fait d’orfèvrerie, le trousseau d’une fille de France.