Froissart, Chroniques, édition Buchon, t. XII, p
Petit dressoir chargé d’orfèvrerie, d’après une tapisserie du xv° siècle.
L’ORFÈVRERIE AU XIVe ET AU XVe SIÈCLE
du Palais ou bourgeois enrichis, on n’hésitait pas, pour les repas de cérémonie, à faire montre de la même prudence. Aussi le Ménagier de Paris invite-t-il ses lecteurs à engager dans ces circonstances « deux escuiers... pour le dressoir de sale, qui livreront cuillers et les recouvreront, et verseront tel vin. comme chascun leur demandera pour ceulx qui seront à table, et recouvreront vaisselle 1 ».
Avec son étalage d’orfèvreries somptueuses, le dressoir, dont nous avons tracé autre part la monographie2, joua pendant tout le Moyen Age un rôle de premier ordre dans la vie publique et privée de nos ancêtres. 11 revêtait parfois des proportions considérables 3. A chaque événement important, on en construisait de spéciaux ; et naissances, mariages, avènements, Entrées solennelles, réceptions princières fournissaient ainsi l’occasion de procéder à ces exhibitions fastueuses. Les couches et les relevailles, surtout, donnaient lieu à un déploiement extraordinaire de vases merveilleux. Pour celles des princesses de leur Maison, les ducs de Bourgogne prêtaient ce qu’ils avaient de plus précieux, et Aliénor de Poitiers4 nous montre, lors de l’accouchement de la comtesse de Charolais, « le dressoir et ses dégréz chargéz de vaisselles de cristalle, garnies d’or et de pierreries, et sy en y avoit de fin or, car toute la plus riche vaisselle du ducq Phil ippe y estoit, tant de pots, de tasses, comme des couppes de fin or, et autres vaisselles et bassins, lesquels on y met jamais qu’en tel cas... Entre autres vaisselles, ajoute Aliénor, y avoit sur ledit dressoir trois drageoirs d’or et pierreries, dont l’un estoit estimé à quarente mil esc.us et l’autre à trente mil. »