Henri Martin, Hist. de France, t. V, p
4. Il faul citer notamment la sortie véhémente qu’il se permit un jour que le roi l’assurait de sa bienveillante protection : « Sire, lui dit-il, je m’en apperçoy mauvoisement, car vous m’avez ostè tout mon ébat, et maudit soyt l’argent qui se tient ainsi coy, plustost que de le despartir à ceulx qui guerroyent vos ennemis. » Le roi, pour le calmer, lui promit 20,000 livres dans un mois. « Hé quoy, sire, s’écria Duguesclin, ce n’est pas pour un déjeuner », et il le menaça de renoncer à son office et de quitter la France. ( Mém . relat. à l’hist. de France, t. IV, p. 246.) Le connétable était d’autant plus autorisé à tenir à Charles V ce rude langage, qu’il venait de distribuer à ses soldats la vaisselle d’or que le roi Henri de Castille lui avait donnée, et dont il tirait justement vanité, car elle était « regardée de tous, et merveilles c’estoit de la veoir, et en Espaigne l’avoit bien gaignée ». (Francisque Michel, Chronique de Du Guesclin, p. 348.)
L’ORFÈVRERIE AU XIV0 ET AU XVe SIÈCLE
magnifiques orfèvreries, qu’on ait peut-être jamais vue, et dont on ne devait plus revoir l’équivalent. Dans les grandes ‘réceptions il aimait, comme tous les princes de son temps, à faire étalage de ses richesses. « La vaissel d’or et d’argent grant et pesant de toutes façons en quoy l’en esloit servi, par ces tables, écrit un témoin de ces solennités1, les grans dreçouers couvers de flacons d’or, coupes et goubellés et autre vaissel d’or à pierreries... certes pontifical chose estoit à veoir. » Une curieuse miniature, qui représente le banquet otlert à la table de marbre par Charles V à son
Banquet offert par Charles V à l’empereur d’Allemagne au Palais de Justice.
(D'après une miniature des Chroniques cle saint Denis. Ms. n<> 8395 à la Bibliothèque nationale.)
oncle l’empereur, nous fournit le dessin de quelques-uns des beaux vases qui servaient dans les occasions solennelles. En temps ordinaire, le sage roi se bornait, chaque jour après sa siesle, à faire une visite plus ou moins longue à ses chers joyaux2.
Il ne faut donc pas s’étonner que, se sentant gravement malade, ayant vu récemment mourir la reine, sa femme, qu’il avait tendrement aimée, ce prince ait pensé à prévenir la dilapidation d’un pareil amas de