‹ Histoire de l'orfèvrerie françaiseChapitre 80 sur 154 · DOUZIÈME · texte numérisé non relu

DOUZIÈME

Olopen Jlge — XIVe eï XVe ^iècïef (suifc)

L’orfèvrerie religieuse.

Luxe des chapelles royales et princières. — Dons aux églises et monastères. Paris, Bourges, Vincennes, Chartres, Saint-Denis.

Louis XI et la grille de Saint- Martin de Tours.

L’orfèvrerie dans le costume. — Le roi René et la cour de Bourgogne. Caractère de l’orfèvrerie au xve siècle. — Naturalisme et manière.

l’influence flamande et de l’influence italienne.

e ce que, clans notre précédent chapitre, il a été presque uniquement question de l’orfèvrerie civile , il n’en faudrait pas conclure qu’au xive siècle l’orfèvrerie religieuse, n’ait pas, elle aussi, joué un rôle magnifique, ou que ses productions aient été dénuées d’intérêt. Nous avons pu voir, du reste, quelle place importante cette dernière occupait dans les trésors des princes et des rois. Aussi bien que ses frères, les ducs de Berry, de Bourgogne et d’Anjou, Charles V avait été élevé dans de grands sentiments de religiosité; et, à une époque où la piété se manifestait surtout par la générosité des fidèles, il était naturel que ce « sage roi » s’efforçât de grouper dans les chapelles de ses résidences des instruments du culte, des vases sacrés, des ornements d’une rare beauté et d’un prix inestimable. Son inventaire ne décrit pas moins de 135 « joyaux d’or d’église garnis de pierreries » — croix, images, reliquaires, calices, burettes, porte-paix, encensoirs, navettes, clochettes, pyxides, bénitiers, goupillons, etc., — auxquels il faut ajouter 411 « joyaux d’argent pour église» — reliquaires, mors de chape, « autels benoists », livres enrichis de pesantes et splendides reliures, anneaux pontificaux, colliers et gants

brodés de pierreries, parements d’autel1, etc., etc. — On voit que lorsqu’un prélat renommé, évêque ou cardinal, venait célébrer le saint office dans une des chapelles royales, la splendeur du service répondait hardiment à la grandeur de l’officiant. Les contemporains, du reste, s’empressent de constater que le luxe de ces sanctuaires royaux ne laissait rien à désirer. « Si ala le Roy oyr vespres en la Saincte-Chapelle, écrit Christine de Risan2... Les nobles reliques, joyaulx, aornements d’autelz, lumières et toutes richesses qui la estoyent, estoit merveilles à veoir. »

Mais Charles V et ses frères ne se bornèrent pas à enrichir leurs chapelles particulières. Chacun d’eux tint à témoigner de son zèle pieux, par les superbes présents dont il gratifia celles des églises du royaume pour lesquelles ii éprouvait une dévotion particulière. Les inventaires de la Sainte-Chapelle du Palais et de Notre-Dame de Paris, dont les premiers remontent à 1340 et 1343; ceux du trésor de Saint-Denis, que complètent, si heureusement pour nous, les gravures de Phil. Simonneau et de N. Guérard, dont Félibien a illustré son histoire de cette célèbre abbaye; l'inventaire de la Sainte-Chapelle de Bourges, à laquelle le duc Jean de Berry légua presque tous les joyaux d’or qu’il avait réunis à si grands frais, attestent ces sentiments de piété généreuse. Il n’était pas jusqu’au frère de Charles VI, au joyeux et débauché Louis d’Orléans, qui, au milieu d'une vie de dissipation et de plaisir, n’ait songé à transmettre à l’église des Célestins de Paris sa grande croix d’or d’une richesse merveilleuse, et à chaque couvent ou égiise de la ville où il devait mourir, un calice d’or portant une inscription commémorative3. Nombre d’autres documents du même genre — qu’il serait trop long de citer — pourraient nous édifier, au besoin, sur les libéralités de ces princes, en même temps que sur la richesse et la beauté de l’orfèvrerie religieuse au xive et au xve siècle4.

Indépendamment de l’ensemble infiniment remarquable de croix, de calices, de reliquaires, de porte-paix, de tableaux d’autel, de pieuses

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