RELIQUAIRE DU VOILE DE SAINTE ALDEGONDE
■ /fym/'fc/ui/i/ aux ^Danu\i / ZrJu/i/if.l t/c ^}fau/n’uyc\
L’ORFÈVRERIE AU XIVe ET AU XVe SIÈCLE
images qu'il légua à sa chapelle de Bourges et dont nous trouvons l’éblouissant détail dans ses inventaires de 1404 et de 1413 S le duc Jean de Berry se montra également d’une rare magnificence envers d’autres sanctuaires. Il offrit notamment à l’église Notre-Dame de Paris un reliquaire d’or, renfermant une dent de lait de la Vierge; un autre grand reliquaire d'or, désigné dans les inventaires sous le nom de Tableau de saint Sébastien, où se trouvaient groupés un nombre considérable d’ossements sacrés, et enfin — ouvrage plus considérable encore et plus précieux — le chef de saint Philippe, superbement enrichi de perles et de pierreries. Nous donnerons la description de ce dernier joyau, d’après un inventaire daté de 1416, parce qu’elle permet de juger de la complication de ces beaux ouvrages. « Le pié, qui est d’argent, dit ce document, est soutenu de v ours et v enfans dessus, tenant chainètes dont les ours sont liéz. El autour ledit pié, à trois vinages, est assise Nostre-Daine tenant son enfant à sénestre, et l’enfant tient un moulinet à j petite perle dessus, et Notre-Dame tient ù dextre un fruitelet d’une grossèle
Croix processionnelle en argent repoussé, ciselé et doré.
(Musée de Cluny.)
perle; et dessus ledit pié a ij angelos qui sousliennent ledit chef,
et dessoubz leurs mains a ij piliers qui descendent jusques au pié. et tout autour dudit pié sont les armes dudit Seigneur2, etc. »
La cathédrale de Chartres ne fut pas moins favorisée que Notre-Dame de Paris. En retour d’un fragment de la mâchoire de saint Denis, reconnu plus tard apocryphe, le duc Jean avait fait présent à cette dernière église d’un buste superbe de saint Philippe3. En échange d’une autre
L J. Guiffrey, Inventaires de Jean, duc de Berry (1401-1410).
2. Invent, des reliques, joyaux, etc., estans en l’église de Paris, Arcli. nat. LL 19(3, port. 1, 509'. Charles IX fit fondre ce magnifique joyau pendant les guerres religieuses. Il fut remplacé en 1580 par un nouveau chef en métal précieux. (C.-P. Guelïier, Description des curiosités de l’église de Paris, 1 703, p. 207.)
5. Cette curieuse aventure a été racontée récemment par M. François Delaborde. — Voir le Procès du chef de Saint-Denis. — Mcm. de la Société de l’hist. de Paris, t. XI, p. 297 cl suiv.
relique moins contestée, — un débris de la vraie croix, — le généreux donateur offrit à Chartres, en 1406, un splendide tableau d’or porté par huit ours. Le chapitre, touché de cette libéralité, adressa au prince ses remerciements, qui lui valurent sans doute de nouvelles largesses ; car M. Mély, dans Y Inventaire du trésor de Chartres, signale, comme cadeaux du duc Jean, une vierge d’ambre gris, une statue d’or, connue sous le nom de Vierge bleue, à cause de la couleur de son manteau émaillé, et un reliquaire contenant des cheveux de la Vierge, que le prince avait reçus du pape Clément VII, lors de son voyage à Avignon1. Enfin, bien que l’abbaye de Saint-Denis eût impitoyablement refusé de lui céder le moindre débris du patriarche des Gaules, le « bon duc » lui avait fait hommage, en 1401, d’une demi-figure de grandeur naturelle, représentant saint Benoît, le front coiffé d’une mitre étincelante de pierreries, et le corps vêtu d’une chape couverte de camées, de saphirs et de perles.
Charles V ne pouvait se montrer moins généreux que son frère. Par son ordre, le célèbre orfèvre Claux de Fribourg exécuta une magnifique croix d’or, enrichie de 382 saphirs et destinée à la Sainte-Chapelle de Vincennes. Plusieurs des grandes statues d’or qui ornaient la Sainte- Chapelle de Paris, et notamment les cinq statues de la Vierge que décrit l’inventaire de 1379 furent également données par lui, ainsi qu’une « Ymage d’or de sainct Denis qui tient son chief entre ses mains », et dont « la mithre, le colier et le palion (pallium) » étaient garnis de gemmes. Le « sage roi », du reste, entoura toujours l’apôtre des Gaules d’une vénération particulière, et l’abbaye qui lui était consacrée profita de cette dévotion spéciale. « L’église de Saint-Denis en France visitoit souvent, écrit son biographe; grans dons et beaulx y offroit. Un moult riche reliquaire d’or à pierres précieuses, entre autres dons, y donna2. »
De tels exemples partis de si haut ne pouvaient manquer d’être suivis. Jamais les églises ne furent plus luxueusement parées, et aux premières années du règne de Charles VI, Philippe de Maizières ne se faisait pas faute, critiquant l’abondance de l’orfèvrerie religieuse, de signaler l’excès de magnificence des vases sacrés que l’on exposait en quantité exagérée sur les autels. A la même époque, Guillebert de Metz constatait que l’on « estimoit l’or, l’argent et pierreries estans aux