Invent, de Jean, duc de Berry, introduction, xcix
2. Christine de Pisan, loc. cit., Ire partie, ch. xxxm. — Charles V n’enrichissait pas seulement de ses dons personnels ses sanctuaires préférés, il les comblait aussi de présents « empruntés à d’autres églises ». En 1367, passant à Troyes, il fut frappé de la beauté d’une grande croix d’or, toute chargée de pierreries, qui ornait la collégiale de Saint-Étienne. Il témoigna le désir de la posséder, dans des termes tels, que le chapitre la lui fit offrir. Cette croix, depuis lors, figura dans le trésor de la Sainte-Chapelle de Paris. (L’abbé Coffinet, le Trésor de la collégiale de Saint-Étienne, à Troyes.— Ann. archéol., t. XX, p. 7.)
L’ORFEVRERIE AU XIVe ET AU XVe SIÈCLE
reliques et vaissellement des églises de Paris, valoir un grant royaume1 ».
Cette prospérité, toutefois, ne fut pas de très longue durée. Eglises, abbayes, chapelles et monastères, en effet, eurent infiniment à souffrir des troubles qui marquèrent les règnes de Charles VI et de Charles VII. Amis et ennemis ne les épargnèrent qu’à demi. « Les églises sont pillées, écrit en 1430 l’auteur du Journal de Paris2. II n’y demoure ni livres, ni bouettes ou coupes où le corps de Notre-Seigneur repose, ne relicques, pour tant qu’il y ait or ou argent ou aucun métal. » Et même les sanctuaires, assez bien défendus pour être à l’abri du pillage ennemi, ne furent pas toujours épargnés par leurs légitimes souverains et seigneurs. Une fois leur trésor à sec, ceux-ci n’hésitaient guère à mettre à forte contribution les richesses des monastères et des églises. Le moine de Saint-Denis raconte qu’en 1346 Philippe de Valois, après avoir « emprunté » de la sorte à la célèbre abbaye un cerlain nombre de ses vases sacrés, demanda qu’on lui remît la grande croix d’or de Suger. L’abbé refusa3. Sous le règne de Charles VII, même demande fut renouvelée. On parvint encore à sauver ce magnifique joyau, en opposant la « sentence d’escommeniement » lancée par le pape Eugène contre quiconque oserait porter la main sur ce précieux objet; et Dunois dut se contenter des écueiles d’argent dont les moines se servaient au réfectoire, et dont il tira 40 marcs d’argent qui, convertis en espèces, lui permirent de payer un acompte à ses troupes mutinées. Moins heureuse, la collégiale de Saint- Étienne, à Troyes, s’était vue dépouiller par le connétable de Piennes d’une grande table d’or, chargée de bas-reliefs et enrichie de diamants, qui servait de parement au maître-autel dans les grandes solennités et qui contribua à solder la rançon du roi Jean4. Les donateurs eux-mêmes ne respectaient pas leurs pieuses donations. « La Sainte- Chapelle de Bourges, écrit M. Guiffrey, ne garda pas longtemps les présents offerts par son fondateur. Lors du siège de sa capitale, le duc de Berry ne se fit aucun scrupule de reprendre les matières précieuses données par lui au sanctuaire, sauf à le dédommager plus tard si les circonstances le permettaient 5. »
11 faut attendre le règne de Louis XI, de superstitieuse mémoire, pour que les grands travaux d’orfèvrerie religieuse puissent reprendre leur
1. Pu. de Maizières, le Songe du viel pèlerin, liv. III, ch. lu. — Guillebert de Metz, Description de Paris au xve siècle, p. 81.
2. Journal d'un bourgeois de Paris sous Charles VI et Charles VII, p. 133; Paris, 1729.