Pu. de Comines, Mémoires, liv. V, ch. n
2. « J’ai lu quelque part, écrit Bayle, qu’un Bernois, nommé Barthélemy Mey, acheta cinq mille florins le diamant du duc de Bourgogne; quelques marchands de Gènes l’achetèrent ensuite sept mille florins du Rhin; le duc de Milan en donna onze mille écus. Enfin le pape Jules II en donna vingt mille et le fit servir d’ornement à sa couronne. » (Dictionnaire, art. Bourgogne.)
3. Quelques-uns de ces bijoux historiques purent être sauvés. Comines écrit ( Mémoires , liv. V, ch. ix) : « J’ai depuis veu un signet à Milan, que maintes fois i avois veu pendre h son pourpoint, qui estoit un anneau. Et y avoit un fuzil entaillé en un camayeu où estoient ses armes : lequel lui vendu pour deux ducats audit lieu de Milan. »
homme de la cour ni personne 1 » qui permirent de reconnaître le cadavre de ce prince infortuné. 11 était entièrement nu. De ces biens immenses qui le suivaient partout, rien ne lui était demeuré, pas même un linceul.
Quant aux merveilles d’orfèvrerie qu’il possédait en ses palais de Lille et de Bruxelles, elles furent en partie sauvées; et l’on en vit, par la suite, figurer de nombreux spécimens dans les inventaires de Philippe le Beau, de Marguerite d’Autriche et de Charles-Quint. Mais la mode devait avoir raison de ce que les guerres avaient épargné. Un siècle plus tard, ces chefs-d’œuvre disparurent un à un, proscrits sans regrets, détruits sans remords, car, aux yeux de leurs nouveaux possesseurs, ils étaient coupables d’un grand crime, d’un péché irrémédiable, celui d’être «gothiques ».
Quel était donc le caractère de ces orfèvreries du xve siècle qui les faisait juger si sévèrement et condamner ainsi sans rémission? C’est ce qu’un certain nombre de joyaux religieux parvenus jusqu’à nous — à défaut de l’orfèvrerie civile impitoyablement détruite — nous fait assez bien connaître. Comme ceux des époques précédentes, ces beaux ouvrages portent l’empreinte et la livrée de leur temps. Façonnés à l’image de leur époque, ils en reflètent les préoccupations et les goûts; et l’on trouve en eux comme un écho de la grande et féconde transformation qui s’opéra dans les idées, pendant ces deux cents ans où notre civilisation commença de revêtir sa forme définitive.
Toutes les grandes innovations, toutes les applications nouvelles qui vont bouleverser le globe apparaissent, en .effet., en ces deux siècles : l’invention de la poudre et de l’imprimerie; l’établissement des postes; la constitution des armées permanentes; la découverte de l’Amérique; la substitution du droit écrit à la preuve testimoniale... Comme le remarque fort justement Michelet, le xme siècle est à peine achevé que le Moyen Age a donné son idéal, sa fleur et son fruit, et qu’on sent déjà poindre le monde moderne. Puis, dès que ce monde nouveau a commencé à poser solidement ses assises, l’art se transforme à son tour et se modèle à son image. A partir du xive siècle, on chercherait vainement, dans les œuvres de la statuaire, la mâle grandeur, l’impassible gravité, la dignité un peu farouche qui caractérisent le siècle précédent. Dans tous les arts, la pensée tend à s’épanouir, l’austérité antérieure fait place au besoin de vivre et d’agir, et partout l’action et le mouvement se substituent à l’immobilité solennelle et hiératique. Aux personnages traditionnels, graves et pesants, figés dans leur sérénité contemplative, succèdent des représentations bien vivantes, traductions rajeunies des textes anciens. Les récits curieux et charmants