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CHAPITRE TREIZIÈME

D’Êmailleine

Les émailleurs en Gaule et sous les Mérovingiens. — Émaux cloisonnés. Émaux champlevés ou en taille d’épargne. — La coupe d’Alpais.

La fabrication limousine et Fémaillerie rhénane.

Tombes et mausolées. — Geoffroy Plantagenet et les enfants de saint Louis. Les émaux de basse taille. — La peinture en émail.

Les dynasties limousines. — Un édit de François 1er.

eut -être le lecteur marquera-t-il quelque surprise de voir, dans ce livre exclusivement consacré à l’Orfèvrerie, un chapitre entier où il est uniquement question de l’art de l’émailleur. Orfèvre et émailleur constituent, en effet, deux professions radicalement différentes, que nos ancêtres eurent grand soin de ne jamais confondre, et dont les érudits et les critiques modernes ont toujours parlé séparément. Si nous trouvons sur les Livres de la Taille de 1292 les émailleurs inscrits sous une désignation précise, si, dans les Statuts des orfèvres recueillis par Etienne Boileau, il n’est fait aucune mention de ces collaborateurs occasionnels; d’un autre côté, M. Labarte, dans son magnifique ouvrage sur les Arts industriels, MM. Lacroix et Serré, dans leur étude sur le Moyen Age et la Renaissance, ont bien eu soin de parler de ces deux métiers séparément, et en leur laissant leur individualité distincte.

En agissant différemment, nous n’avons garde de prétendre critiquer leur façon de comprendre le rôle de deux arts qui, s’ils poursuivent un but analogue, l’atteignent par des voies en quelque sorte contradictoires — la mission de l’orfèvre étant de faire éclater dans toute leur splendeur la magnificence des métaux précieux; celle de l’émaillcur, au contraire, de les voiler sous l’opaque ou transparente enveloppe d’une vitrification

egalement splendide. — Mais dans l’exécution d’un grand nombre d’œuvres d’orfèvrerie, l’émail tient une place si importante, qu’il nous a paru opportun de retracer, d’une façon rapide et succincte, les principales transformations d’un art qui joua, au Moyen Age surtout, un rôle considérable dans la parure de nos sanctuaires, et qui, pendant deux siècles au moins, exerça une influence indiscutable sur la décoration de la bijouterie, de la vaisselle de table et de l’orfèvrerie d’apparat.

Nous ne nous attarderons pas, toutefois, à chercher si les Anciens pratiquèrent l’émaillage des métaux. Cette question a été longuement controversée, et le procès est encore pendant. M. Labarte a soutenu l’affirmative à l’aide d’arguments ingénieux, et en appelant à son aide Homère, Hésiode, Sophocle et même Ézéchiel. M. F. de Lasteyrie et M. Rossignol, avec de non moins bonnes raisons, se sont efforcés de démontrer que leur érudit contradicteur commettait une flagrante confusion. Nos regrettés amis A. Darcel et Ch. Clément ont essayé de faire la lumière dans cette savante discussion et de mettre tout le monde d’accord1. Pour nous, abandonnant ce passé lointain, nous nous bornerons à rappeler le passage de Philostrate, témoin bien impartial, qui revendique pour les anciens Gaulois l’application première de ce bel art; et nous prierons le lecteur de se reporter aux troisième et quatrième chapitres de ce livre, qui constatent l’existence d’ateliers d’émailleurs dans les Gaules avant la conquête de Jules César. On y trouvera des preuves nombreuses et irréfutables de l’activité de ces ateliers, à l’époque gallo-romaine et sous les Mérovingiens.

Ces premiers émaux appartiennent à deux classes : les uns sont dénommés émaux cloisonnés, parce que la matière vitrifiée y est enfermée dans de petites cellules, séparées par des cloisons formées à l’aide de lames métalliques très minces, disposées suivant un dessin arrêté d’avance et soudées ensuite sur une plaque de fond. La belle épée de Childéric, le glaive trouvé à Pouan, les bijoux provenant des cimetières bourguignons de Charnay, Brochon et Sainte-Sabine, une plaque ajustée à un des reliquaires de Conques, etc., etc., montrent que le cloisonnage des émaux fut pratiqué, sur toute l’étendue de notre pays, durant la période mérovingienne et sous la dynastie suivante. Ce genre de fabrication, toutefois, ne dut être employé qu’exceptionnellement. Il exigeait pour la confection des cloisons un métal d’une ductilité, d’une souplesse, d’une flexibilité extrêmes. L’or seul répondait à ces exigences, mais l’or fut toujours rare et singulié-

1. Labarte, Histoire des arts industriels au Moyen Age. — Recherches sur la peinture en émail. — Quel nom l'or émaillé a-t-il reçu des Grecs ? — F. de Lasteyrie, l’Électrum des anciens était-il de l'émail? — Rossignol, les Métaux dans l'Antiquité. — Darcel, Notice sur les émaux du Louvre. — Ch. Clément, Catalogue des bijoux du Musée Napoléon III.

Pi.. XVI.

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