L’ANNONCIATION
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L’EMAILLERIE
vrerie. Néanmoins, obéissant à la loi fatale qui poursuit de ses inexorables rigueurs tous les objets exécutés en or ou en argent, tous ces joyaux ont disparu et c’est à peine si l’on peut admirer aujourd’hui quelques très rares échantillons de ces délicieux ouvrages, qui, au xive siècle, nous l’avons dit, se comptaient par centaines. Nos collections publiques et privées, si riches en émaux d’autres sortes, en possèdent à peine quelquesuns de ce genre. Détail curieux, c’est surtout dans les argenteries mobilières et dans la vaisselle de service qu’on les voit abonder au Moyen Age, et les rares numéros que conserve le Louvre — on n’en compte que seize dans cette riche collection — consistent, à une exception près, en plaques décorées de sujets pieux, enlevées sans doute à des reliquaires, ou en plaquettes armoriées ayant servi d’ « enseignes ». Si l’on ajoute un coffret qui fit partie de la collection Castellani et la magnifique coupe qui appartint pendant quelque temps au baron Pichon, on aura à peu près épuisé la liste. Mais la beauté même de ces précieux spécimens ne peut qu’augmenter nos regrets.
Cette pénurie est d’autant plus désolante pour nous, que cette période de l'histoire de l’émaillerie est la seule qui rentre d’une façon précise dans le sujet que nous traitons en ce livre. Si l’on peut dire que l’émaillerie cloisonnée, construisant les cellules de ses bijoux en or, tient à l’orfèvrerie par des liens étroits, encore son application fut-elle forcément restreinte. Quant aux émaux champlevés et aux émaux peints, nous avons constaté plus haut que leur but était précisément contraire à celui poursuivi par l’orfèvre. Et à ce propos, il n’est pas sans intérêt de constater que, pendant toute cette longue et féconde période où l’émail translucide régna en maître, la production limousine fut en pleine décadence. Dès le milieu du xiv' siècle, son activité se ralentit. Les atelicis ne fermèrent pas leurs portes, comme l’a écrit M. Labarte, mais le nombre des émailleurs
h' Annonciation.
(Émail peint par Jehan Ier Pénicaud.)
diminua, l'importance de leurs travaux s’amoindrit1 2 * *. Au lieu des vastes ouvrages dont nous avons passé une rapide revue : tombeaux, retables, châsses, on ne produisit guère que des anneaux, des agrafes, des fermaux, des enseignes et autres menus objets émaillés, — confirmation de ce que nous disions de la fortune de Limoges, liée en quelque sorte à la production de l’orfèvrerie en métal vulgaire. — 11 semble, en effet, que la mise en œuvre de l’or et de l’argent, dont l’émail translucide réclame la présence, soit demeurée comme interdite à cette industrieuse cité. Pendant un siècle et demi, son école d’émaillerie, jadis si féconde, sommeille pour ne se réveiller et ne reprendre tout son éclat que le jour où les émaux peints, recouvrant intégralement le métal de fond, permettront aux artistes limousins de revenir à leur matière préférée, en employant comme excipient le laiton ou le cuivre.
Mais avant de retracer sommairement l’histoire de cette surprenante résurrection, il nous faut dire quelques mots d’une phase intermédiaire traversée par l’émaillerie, et qui sert en quelque sorte de trait d’union entre les deux procédés si différents de l’application des émaux sur basse taille et de la peinture en émail.
La palette des peintres émailleurs — lorsque ceux-ci se limitèrent à l’emploi des émaux translucides — s’était forcément appauvrie. Le bleu, le vert, le pourpre, le gris, le tanné et le noir étaient les seules couleurs qu'on pût employer de la sorte. Le blanc, le jaune, le bleu turquoise et par suite tous leurs dérivés — c’est-à-dire tous les émaux dans la composition desquels entrent ces nuances — ont pour base un composé stannifère. Or tous les émaux à base d’étain sont opaques. En se bornant à l’emploi des émaux translucides, on s’interdisait donc de faire usage d’un grand nombre de couleurs essentielles, et il résultait de cette limitation que certaines parties devaient être réservées, autrement dit privées d’émail. Les carnations rentraient dans cette catégorie. Ainsi l’émailleur, après avoir revêtu de nuances éclatantes les draperies de ses personnages, leurs costumes et certains accessoires, se voyait obligé de laisser leurs visages et leurs mains sans couverte, ou de les revêtir d’un émail incolore qui déguisait à peine le ton du métal, fort éloigné de la vérité5.