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Hist. des arts industriels, t. III, p

2. Un fait de même nature s’était déjà produit à propos des émaux champlevés. Le travail de gra-

veur qui précède l’application de ces émaux ne permettant, dans les objets de petite dimension, aucune des finesses nécessaires pour bien caractériser les figures et leur donner une expression personnelle,

on avait pris l’habitude de n’exécuter que les corps revêtus de draperies en émail, et pour les nus, c’est-à-dire pour la tète et les mains, de les ciseler en demi-relief et de les faire déborder sur le fond

de l’émail. Un certain nombre de châsses fournissent d’intéressants exemples de ce genre de travail.

L’EMAIELERIE

Celle lacune n’était pas sans choquer quelque peu les artistes de ce temps, épris avant tout des colorations vives. De là vint, sans doute, que certains d’entre eux, chargés d’émailler de petites figures en ronde bosse, au lieu de laisser à nu la figure et les mains, les couvrirent d’émail blanc. C’est ainsi que dans Y Inventaire de Charles TT (1399) nous remarquons :

Grand retable orné d’émaux peints par Léonard Limosin ( 1543).

« Une image d’or de Nostre-Dame esmaillé de blanc, laquelle tient son enfant en son giron, vestu d’une cotte esmaillée de rouge clère. » Et plus loin : « Un image de Saint-Louys... et deux anges à dextre et à sénestre... et les visages des anges et mains qui sont esmaillés de blanc sont d’or. » Bientôt le contraste produit par ces jolies figures blanches, ressemblant •à l’albâtre ou au marbre — avec les tons rutilants de l’or et le chaleureux éclat des pierreries — séduisit tellement les grands seigneurs qui fournissaient alors aux orfèvres leurs inspirations cl leurs commandes, que, pendant une période assez longue, on exécuta de ces gracieuses statuettes en métal précieux, revêtu d’une couche d’émail blanc retenue

par un travail de guillochage et fixée ensuite au métal par la cuisson.

Les anciens inventaires mentionnent un assez grand nombre de ces charmants petits ouvrages, dont le musée du Louvre nous offre de précieux spécimens. Un Inventaire du duc de Bretagne (1414) mentionne un ours d’or, « esmaillé de blanc » et garni de pierreries. L’ Inventaire du duc de Berry, dressé en 1416, décrit également : « Un petit ymage d’or de Nostre-Dame, esmaillée de blanc, tenant son enfant à demi nu, et en sa main un balay longuet. » Nous relevons encore dans un Inventaire de Philippe le Bon, duc de Bourgogne (1467) : « Une paix d’or, où il a dedens une Véronicle esmaillée de blanc », etc. On pourrait multiplier ces citations. L’essentiel est de constater comment, de la pratique simultanée des émaux opaques couvrant toute la surface du métal, et des émaux translucides s’étendant aussi sur des parties importantes, il résulta, par suite de l’enchevêtrement de ces deux méthodes, l’emploi du procédé relativement expéditif de la peinture en émail. Ajoutons que — juste retour de la fortune — ce dernier procédé, par cela même qu’il était appliqué sur métal vulgaire, naquit, se développa et atteignit sa perfection dans cette ville de Limoges, qui, trois siècles plus tôt, s’était fait une sorte de monopole des émaux de fabrique, et qui allait de nouveau donner son nom à une des branches les plus importantes de l’émaillerie.

Les émaux sur apprêt ou émaux peints sont parvenus jusqu’à nous en nombre considérable, non seulement parce qu’ils furent les derniers fabriqués, mais surtout parce qu’ils furent exécutés sur cuivre. Leur fabrication, en outre, nous est bien connue, puisque les procédés usités au xve et au xvie siècle sont encore pratiqués de nos jours. Nous nous bornerons donc, en ce qui les concerne, à de très rapides explications. Cette peinture en émail, somme toute, se rapproche par plus d’un point de la peinture des vitraux, et c’est ce qui explique comment une quantité d’artistes la pratiquèrent dès le principe avec une maîtrise remarquable. Au lieu d’appliquer un émail ombrant sur des verres colorés, on renversa le problème en appliquant des émaux translucides sur un fond préalablement ombré. Dès lors, on cessa de creuser au burin la surface métallique destinée à être émaillée, — de façon à constituer le dessin de basse taille, dont nous avons expliqué le rôle, — on se contenta de peindre en grisaille, et à l’aide d’émaux ombrants, le sujet qu’on prétendait représenter, et de recouvrir cette grisaille d’émaux translucides, — méthode simple, facile, expéditive et par suite peu coûteuse. Grâce à la première couche on obtenait un modelé riche et fondu. La seconde fournissait un coloris varié, profond et vibrant. Enfin, comme le métal de fond jouait lui-même un rôle important dans les émaux de basse taille, et que l’œil était habitué à ses rehauts

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