LA CITÉ PIUMTTIVE, ANTÉCÉDENTS ET TRANSFORMATIONS
opérée entre deux villes, entre Tancienne ville des sept montagnes [septimonliiim) assise sur les hauteurs du Palatin et de TEsquilin et une autre ville située sur le Quirinal [coUis) *• Il y a eu alors un doublement du territoire qui eut pour contrecoup un doublement général des éléments de TËtat: un doublement des sacerdoces et des collèges religieux qui s'exprime dans l'opposition des salii Palatini et des salii Collini, des luperci Quinctiales du Palatin et des luperci Fabiani du Quirinal, dans l'élévation de trois à six du nombre des pontifes, des augures et des vestales ; un doublement de l'armée dont le souvenir est resté marqué dans les sex sujfragia^ les six centuries de cavaliers de l'organisation récente du vote ; un doublement du peuple qui a été l'origine de la distinction des majores et des minores génies '. Et, si l'histoire des réformes de Servius Tullius semble à peu près tout entière une anticipâtes points saillants par un rempart élevé en ligne droite à travers la plaine {Â^gger Servianus), englobait à Pouest TAventin et enfin avait, par suite, du même côté, le Tibre pour limite entre TAventin et le Gapitole (v. pour le détail de son tracé, Homo, Lexique de topographie romaine^ 1900, pp. 353- 363). D'autre part, M. Richter a démontré partout un faisceau d'arguments (perrectioo du travail : unilé de longueur employée, qui n'est pas Tancien pied italique de m. 278 encore suivi pour la construction du temple du Gapitole, mais le pied romain moderne de m. 296 ; écriture des marques de maçons tracées sur les blocs de pierre) que les parties les plus anciennes en sont certainement postérieures à la fondation de la République. Cf. 0. Richter, Ueber antike Steinmetzzeichenf 1885, et Topographie, pp. 756-759. — Sur Tabsence de recul dupomerium jusqu'à Sulla, voir Aulu-Gelle, 13, 14, 4.
1. Cf. sur le Seplimontium, Mommsen, Droit public, Vf, 1, pp. 126-127. 0. Richter, Topographie, pp. 753-754. Son enceinte nous est encore connue par un témoignage relatif à une fête religieuse, par un témoignage de Festus, p. 348, citant Antislius Labeo sur la fête des Sept monts, qui était célébrée le 11 décembre par les sept fractions de la ville ainsi constituée (cf. Momm* sen, C. i. L., U, p. 336 où il l'assimile peut-être à tort avec VAgonium du même jour). Les Sept monts sont d'après ce témoignage, le Palatium, le Cermalus et la Velia, c'est-à-dire les trois éminences du Palatin, puis les deux éminences de l'Ssquilin et la dépression qui les réunit, Oppius, Cispius et Fagutal, et enfin le Caelius avec ta subura ou sucusa, c'est-à-dire avec la langue de terre qui se prolonge entre le Palatin et TËsquilin ; voir, contre Ja doctrine qui exclut le Caelius en corrigeant arbitrairement le texte (Huelsen, Forma urbis Romae antiquae, 1896, pi. I, encore suivi par Homo, Lexique, p. 101), Wissowa, Satura Viadrina, 1896, p. 1 et ss. et Hûlsen lui-même, Pauly-Wissowa, III, p. 1273. — Le Quirinal est toujours désigné par le nom de co//i5. V. par exemple les renvois des Fastes dans de Ruggiero, Dizionario epigrafico, II, v. Collis, 1896.
2. V. Mommsen, Droit public, VI, 1, pp. 123-124, sur le doublement des sacerdoces et des collèges ; VI, 1, p. 287, n. 1, sur les sex suffragia ; VI, 1, p. 33. VII, p. 40, n. 3, sur les majores et les minores génies.-
lion des choses du temps de la République, on a pu supposer avec assez de raison que c'est la dynastie étrusque des Tarquins ' qui a donné cette conformation nouvelle à l'Etat et à son territoire *.
1. Les Tarquins, qui, d'après leur nom, semblent avoir ëlé, comme le pensaient les Romains, originaires de Tarquinii en Ëtrurie et dont le tombeau de famille paraît avoir été retrouvé de nos jours à. Caere, où Tite-Live représente une partie d'entre eux comme s*étant réfugiés après la chute de leur dynastie (Tite-Live, i, 60, 2; 0. Mûller, Die Etriisker, éd. Deecke, I, 1877, pp. 111-118. 494. V. cependant en sens contraire G. Kôrte, lahrhuch des kaiserlichen deutschen archâologischen InstilulSf XII, 1897, pp. 57-80), sont, dans la tradition romaine, un élément d'autant moins suspect qu'il a dû résister aux efforts ordinaires faits par les Romains pour effacer de leur histoire les traces de domination étrangère (ainsi celles de la conquête de Porsenna, de la conquête des Gaulois) et quMI n'y a sans doute été maintenu que grâce aux solides appuis qu'il trouvait dans Thistoire monumentale de la ville (construction de la cloaque maxime, du temple du Capitole). Quant à Servius TuUius, qu*une version à notre avis étrangère à la forme la plus ancienne de la légende royale représente encore comme un conquérant étrusque appelé Mastama, ou Macstrna (OratioClaudiiy conservée par les tables de Lyon, I, 18-24, C. /. £., XIII, 1668; peintures sépulcrales de Voici, Afonum. ined.f VI, planche 31 ; d'où, après Niebuhr, V. Gardlhausen, Ma$tama oder Servius TulHus, 1882 ; en sens contraire, Niese, Abriss der rômiscken Geschichte^ 2° éd., 1C^7, p. 15 ; v. aussi Tarticle précité de Kôrte et la critique de F. Miinzer, Rheinisches Mmeum fur Philologie ^Llll^iBQS, pp. 596-620), il peut également avoir occupé le pouvoir en réalité soit entre les deux Tarquins, soit peut-être plutôt après eux (v. en ce dernier sens Niese, Abriss der rômiscken Gesc/itc/Ue, 2« éd., p. 15, et surtout K. W. Nitsch, dans Pauly, Realencyclopàdie, li^* éd., VI, 1852, pp. 1104-1108). Mais, pour son rôle concret qui seul nous intéresse, il n'y a pas de roi dont les prétendues créations apparaissent plus clairement comme un transport fait dans le passé des institutions des temps historiques. Nous l'avons vu, p. 2, n. 1, pour sa muraille, que M. Richter a démontré dater du temps de la République. Il en est de même de sa distribution du peuple en classes et en centuries : le tableau nous en est transmis par un formulaire que M. Mommsen a établi, Droit public, VI, 1, p. 277 et s., ne pouvoir, d'après les unités monétaires qu'il emploie, avoir été rédigé avant la fin du V* siècle et on ne Ta sans doute attribué à l'avant- dernier roi que parce qu'on la considérait comme ayant fonctionné dès le début de la République et comme n'ayant pu être établie par Tarquin le Superbe, le mauvais roi de la légende. On n'a pas procédé autrement pour lui attribuer par exemple la codification du droit privé (Denys, 4, 10 ; cf. P. Krueger, Hist, des sources du droit romainy tr. fr., 1894, p. 9 ; P. F. Girard, Manuel de droit romain, 3« éd., 1901, p. 18) qui n'a été faite que par les XII Tables, l'établissement du jury civil (Denys, 4, 25. 36. 10, 1), qui date probablement de la fondation de la République (Cicéron, De rep., 5, 2, 3) et beaucoup d'autres institutions populaires,touJours présentées ensuite comme abolies par le dernier Tarquin afin d'écarter la contradiction résultant du souvenir de leur établissement postérieur. Son nom peut être historique ; ses actes ne le sont pas.
2. V. en ce sens Th. Mommsen, Droit public, VI, 1, pp. 32. 109. 124. Ed. Meyer, Geschichte des AUerthums, II, 1893, p. 703.
LA CnÈ PRIMITIVE, ANTÉCÉDENTS ET TRANSFORMATIONS 5
D'autre pari, la Rome du seplimonlium n'est pas elle-même encore un organisme simple. Elle est déjà le résultai d'un groupement. Le mot Iribu n'a pas toujours eu le sens de fraclion, de tiers. II a commencé par désigner un tout*. La Rome des trois tribus, antérieure aux Tarquins, avec ses trois pon tifes, ses trois augures et ses trois vestales, ses trois centuries de cavaliers commandées probablement par trois tribuns, ses trois tribuns de l'infanterie commandant en commun à trois mille hommes, son sénat de trois cents membres et ses trente curies est visiblement l'union de trois États ayant chacun son chef, son pontife, son augure et sa vestale, sa cavalerie de cent hommes, son infanterie de mille hommes [miles de mille), son peuple divisé en dix curies et son sénat de cent membres. C'est en supprimant deux des rois et en rassemblant sous un roi unique les territoires, les hommes et les cultes qu'on a constitué la cité tri-unitaire *.
1. M. MommseD Ta démontré, Droit public, VI, 1, p. 105, n. 2, à Taide des textes ombriens où le mot correspondant, toujours employé à côté du mol tuta, commune, désigne visiblement, auprès d'elle, non pas une de ses subdivisions, mais son territoire {tuta Tarinate, trifu Tarinate, pour Tarinum ; tri' lape Ijuvina, (refiper Ijuvina, pour Iguvium).
' 2. y. Th. Mommsen, Droit public^ VI, 1, pp. 106-125 et pour le sénatj VII, pp- 13-14. La formation de la cité de trois États distincts est, à notre sens, établie par cet ensemble d'institutions où se marque nettement le passage du chiffre 1 au chiffre 3, beaucoup plus que par les témoignages sur les trois tribus des Tities, des Ramnes et des Luceres. La vérité ne nous en parait donc point ébranlée par les critiques dirigées contre Tauthenticité des trois tribus dont la meilleure version de Thistoire royale rapportée par Tite-p Live, 1, 2, 8 ; 1, 36, 2 (cf. 10, 6, 7), ne connaît les noms que comtkie noms de centuries de cavaliers et qu'on peut donc supposer avoir été déduites de là, peut-être par Varron (Niese, Abriss, p. 22; Borroann, Die âUe$le Gliederung Roms, 1893). Il est plus malaisé de déterminer le rapport dans lequel â été avec le passage du premier système au second la substitution du septimontium à la Roma quadrata du Palatin, des ruines de laquelle il reste des vestiges et qui a certainement été la Rome la plus ancienne. Cf. 0. Richter, Die atteste Wohnstàtte des rômischen Volkes, 1891. Topographie, pp. 748-752 et les renvois ; ajoutez L. Borsari, Topografia di Roma antica, 1897, pp. 18- 25 ; Homo, Lexique, pp. 381-383. Le plus vraisemblable est, croyons-nous, d'admettre qu*à côté de la cité la plus importante située sur le Palatin, il y en a eu avant le groupement deux autres placées Tune sur TEsquilin où l*on a trouvé de très anciennes traces d'habitations humaines (Richter, pp. 895'-896 ; .Borsari, p. 155) et l'autre sur le Caelius qui continue peut-être par la suite à avoir une enceinte de murs propre (Richter, p. 890). La ville du Palatin s'est alors annexé celles del'Esquilin et du Caelius comme la ville du septimontium s'est ensuite annexé celle du Quirinal. Cela n'a rien d'impossible ù condition d'ad-
Enfin l'État simple antérieur à ce groupement, tel que fut probablement la Borna quadrata du Palatin et que le représentèrent encore sans doute pendant longtemps les plus anciennes villes latines *, a déjà un passé derrière lui. Cette cité fortifiée, géométriquement orientée et régulièrement délimitée, enfermant l'ensemble du peuple dans son enceinte et servant de centre unique au territoire, organisée sur le type urbain caractéristique dans lequel l'antiquité grecque et romaine a vu par la suite la condition normale de la vie politique, est déjà la forme courante de l'État en Étrurie et dans le Latium au
meltre avec l'opinion adoptée p. 3, n. 1, que la subura du septimonlium corn* prenait déjà le Caelius.
1. V. sur la Roma quadrata la note précédente. Quant aux vieilles cités latines, le mouvement qui a mis à Rome la République à la place de la Monarchie s'est répété avec un peu plus de lenteur dans le reste de Tltalie et en particulier dans le Latium : aussi les institutions locales latines conservent le souvenir de la Monarchie sinon dans Tinterroi (Formiae, C. I. L., X, 6101 ; Fundi, C. I. L., X, 6232; cf. Mommsen, Droit pubL, 11, p. 324, n. 1) qui pourrait être à la rigueur un emprunt, au moins dans le rexsacrorum (Tusculum, C. I. L., XIV, 2634 ; Lanuvium, C. I. L,, XIV, 2089. Le prétendu rex saerorum de Bovillae, C. I. L., XIV, 3413, est, croyons-nous avec Mommsen, C. L L,, VI, 2125, un rex saerorum de Rome), et plus nettement encore dans la dictature permanente originale de certaines des cités les plus anciennes telles que Tusculum (Tite-Live, 3, 18. 6, 26, 4 ; Caton, éd. Jordan, |[>. 12, avec les observations de Mommsen, Droit publ,^ VI, 2, p. 237, n. 5] ; Lanuvium (C. L L., XIV, 2097. 2110. 2112. 2121. 4178 c. X, 3913; Cicéron, ProMti., 10, 27. 17, 45; Asconius, In Milon., éd. Kiessling, p. 27), Nomentum (C. L L., XIV, 3941. 3955), Fidenae (Macrobe, Sat., 1 , 37 ; C. L L., XIV, 4058), Aricia:(C. I. L., XIV, 2189. 2213. 4193 ?) et de même Caere en Etrurie (C.I.I., XI, 3614. 3615.3755; la dictature de Fabrateria vêtus, C. I. L f Xy 5655, nous paraît moins aisément explicable et peut être moins sftre ; le prétendu dictateur de Sutrium, C. I. L., XI, 3257 = XI, 3615, encore admis par M. Liebenam, Stàdteverwaltung im rômischen Kaiserreichej 1900, p. 254, n. 5, est sans doute un dictateur de Caere), qui n'est autre chose qu'une royauté progressivement rendue annale. Si nous avions plus d'informations sur les institutions de ces dernières villes, nous saurions probablement non seulement que le sénat y était composé de cent membres, comme b*est le chiffre le plus ordinaire dans les cités de citoyens et les cités latines {centumvin, de Véies, de Cures, etc. ; cf. Mommsen, Droit public^ VII, p. 13, n. 2; Marquardt, Organisation de l'Empire^ p. 371, n. 5; Liebenam, Stàdteverwaltung, p. 229), mais que les curies en lesquelles sont normalement divisées les villes latines et les municipes de citoyens (Marquardt, p. 188; cf. Mommsen, Droit public, VI, 1, p. 99, n. 1 ; Lanuvium, C. I. L., XIV, 2120) y étaient au nombre de dix comme cela se rencontre bien longtemps après dans quelques municipes africains (Althiburnus, C. L I., VIII, 1827. 1828 ; Lamboesis, C, L L., VIII, p. 283; cf. Mommsen, Droit publiCy VI, p. 111, n . 2) et que chaque sacerdoce y avait un seul titulaire.