JUSTICE CIVILE, APPARITEURS. INSIGNES
Pourtant un changement s'est opéré jusque dans l*aspect extérieur des choses. Les faisceaux des licteurs ne contiennent plus de haches, au moins dans Tintérieur de la ville * . Dans l'intérieur de la ville, ni le magistrat ni ses licteurs n^ont plus le rouge costume des rois et des dieux: ils ne reprennent la robe rouge {toga picta^palmalà) que pour le triomphe ; le manteau rouge lui-même (paludamenium) est un vêtement mili-
des licleurspour les suppléer, en cas de besoin, dans le port des faisceaux comme les soldats supplémentaires, les accensi velati étaient mis, dans Torganisation militaire de Ser. Tullius, auprès des soldats équipés et armés pour les suppléer en cas de besoin dans le port de leurs armes et qui peut même avoir été pris par le magistrat dans la centurie de ces accensi velati (v. en faveur de cette conjecture Mommsen, Droit public, VI, i, p. 527, Kubitschek, dans Pauly-Wissowa, v. Accensi). Il est sans doute possible néanmoins que les scribes, les crieurs et les messagers que Ion trouve plus tard organisés en corporations remontent à cette époque el, en particulier pour les crieurs, de nombreux passages de Tite-Live (1, 47, 8. 2, 37, 8. 3, 38, 8) attestent qu'il les considère comme ayant dès le principe appartenu au magistrat à côté des licteurs. Mais, pour ces détails de description surtout, les affirmations de Tite-Live n'ont pas plus de force probante que n'en ont par exemple pour les costumes des premiers siècles de Tère chrétienne les tableaux des maîtres vénitiens de la Renaissance ou pour la représentation des paysages de la Palestine les peintures religieuses de Técole lombarde. Ce sont des simples transpositions du milieu de Tite-Live ou tout au plus de celui des auteurs récents que Tite-Live copie. Par contre une relation d'apparence authentique faite par Pline, H. iV., 7, 60, 212, et probablement prise par lui dans Varron (cf. F. Munzer, Beitràge zw Quellenkritik der Naturgeschichte des Plinius, 1897, pp. 60. 212) représente Vaccensus comme jouant, dans l'administration de la justice, auprès du consul, peu après les XII Tables, un rôle rempli plus tard par le praeco : Duodecim tabulis ortus tantum et occasus nominantur, post aliquot annos adjectus est et meridieSyaccenso consulwn id pronuniiante cum,„; cf. Varron, De L L., 5, 89. Et ce témoignage est d'autant plus remarquable, que Ton voit pareillement, pour la convocation des comices par centuries par les consuls, un texte plus ancien parler de Vaccensus (formulaire de convocation dans Varron, De l, L., 5, 88) et des textes plus récents parler soit du praeco (autre formulaire postérieur à la création de lapréture, dans Varron, De L L., 5, 91), soit des deux (Varron lui-même, De l. L., 5, 95). Si l'on réfléchit que le consul a dû avoir besoin de Vaccensus dès le début de la République pour le faire marcher devant lui dans la période de roulement des faisceaux où il n'était pas en fonctions* et où il ne pouvait se faire précéder de licteurs (p. 15, n. 2), on sera porté à penser qu'il n'a d'abord été assisté que de douze licteurs et d'un accensus et que ce n'est pas Vaccensus qui a par la suite suppléé le crieur empêché, mais le crieur, qui, quand le système s'est développé, a été ajouté à la liste des appariteurs aÛn de remplir une partie des fonctions précédemment exercées par Vaccensus,
1. Gicéron, Dere p. 2, 31, 55 : Pubiicola lege de provocatione perlata statim secures de fascibus demi jussit et les autres textes cités par Schwegler, Rômische Geschichte, II, p. 50, n. 4. V. les pp. 1, n. 11 et 112, n. 1.
taire qu'ils ne prennent qu'en parlant pour la guerre, en quittant le territoire civil pour le territoire militaire *. Sur le territoire civil dans Tenceinte de la ville et ses environs immédiats, le magistrat porte simplement une robe blanche bordée d'une large bande de pourpre, la toge prétexte '. Et ces restrictions apportées aux pompes extérieures desquelles est entouré le magistrat se manifestent naturellement quand il paraît dans la ville pour rendre la justice comme quand il y paraît pour rexercice de toute autre de ses fonctions.
En outre, au point de vue propre de la juridiction, il y a encore au moins un signe matériel qui montre que l'autorité judiciaire est retenue par des liens nouveaux. Le siège curule a élé descendu du char royal et, en matière judiciaire, il est attaché au tribunal. Le magistrat peutjCroyonsnous, rendre lajuslice hors de la ville, sur le territoire militaire, du haut du tribunal du camp, quand il y est appelé par ses fonctions, ainsi que cela
1 . V. sur le paludamentum ou le sagum pris par le magistrat et ses licteurs en parlant de Rome pour la guerre et quitté par eux au retour, Varron, De l. L.,7, 37 ; Tite-Live, 31, 14, 1 ; Cicéron, In Pis., 23, 35 et Mommsen, Dr, Pm6/., Il, p. 70-73. V. pour la (oga picta du triomphateur, la p. 11, n. 2 et Mommsen, Dr. public, II, p. 47. H est certain que les licteurs du magistrat prennent aussi un costume rouge pour le triomphe (Appien, Pun,, 66), mais on ne sait s'ils y portent le sagum ou la toge de pourpre.
2. La loga pmetexla est garnie d'une bande inférieure de couleur rouge qui ne se distingue pas nettement sur les monuments figurés (Ant. Rich, Dict. des antiquités romaines^ v. Toga praelexta), mais dont la disposition et la couleur résultent clairement des textes (v. par ex. Cicéron, Pro Cluentio, iO. 111 ; Usque ad talos demissa purpura ; Tite-Live, 34, 7, 1 : Liberi praetextis purpura togvi utentur) . Elle appartient aux consuls (Cicéron, Cnm sen. gr. eg.i 5, 12 ; Velleius, 2, 65 ; Denys, 5, 47, etc.), au dictateur (Tite-Live, Ep., 19 ; Eutrope, 1, 17) et à tous les magistrats signalés ici comme investis de la juridiction (v. pour les décemvirs, les tribuns consulaires et Tinterroi, les textes généraux cités p. 60, n. 3, et pour le préfet Targument fait au même lieu). Cf. Mommsen, Droit public, II, pp. 46. 55. 57. C'est dans leur costume le seul trait vraiment caractéristique de leurs fonctions. Il n'est en effet naturellement pas question pour eux du sceptre qui peut avoir appartenu au roi (p. 12, n. 2). D'autre part, le clavus de pourpre, placé sur la tunique qu'on porte sous lu toge, n'est pas un insigne des magistrats, mais des chevaliers, ou plus tard, selon sa largeur, des chevaliers (angustus clavus) ou des sénateurs {latus clavus). Enfin les calcei patricii ou senatorii sont aussi, croyonsnous avec l'opinion dominante (Mommsen, Droit public, VIL p. 61 ; Mau, dans Pauly-Wissowa, Realencyclopàdie,lU, 181)8, pp. 1310-1343) et malgré le dissentiment de M. \Villems iU* Sénat delà République romaine^ I,2«éd., 1885, pp. 123- 1;^; cf. Heuzey, Dictionnaire de Daremberg et Saglio, v. Ca/ceus) un insivrne de sénateur et non de magistrat.