IMPORTANCE POLITIQUE DE CETTE PÉRIODE
La période qui va de l'établissement de la préture à la loi Aebutia est celle où la puissance romaine a éprouvé la transformation la plus profonde. Au moment de la création de la préture, la vigueur et la vitalité de l'État romain commençaient bien à se manifester, on commençait à le connaître au dehors*, il venait de réaliser par la conquête du Sud de TEtrurie son premier accroissement territorial un peu important*. Mais la notoriété était encore mince, l'État faible, le territoire étroit. Avant les annexions d'Étrurie, Vager Bomanus ne dépassait guère une étendue de 100.000 hectares ', un carré de 33 kilomètres de côté^ un peu plus de deux fois la surface du département de la Seine, le cinquième ou le sixième d'un département ordinaire, quelque chose comme le canton de Neuchâtel ou de Soleure. Même après ces annexions, même avec l'appui de ses alliés latins, la République romaine restait très peu de chose à côté des puissances principales de l'Italie d'alors, aussi bien des Samnites que des Etrusques, des Tarentins au Sud que des Gaulois au Nord *. Au contraire, dans le laps de temps qui sépare l'an 387 des débuts du VII* siècle, Rome a soumis toute Tltalie, elle a battu* Garthage, elle a
1 . Le contemporain d*Hërodote, Antiochus de Syracuse, dont Thistoire de Sicile s'arrête à la 89« olympiade, en Tan 330 de Rome (Mueller, F. H. G., I, p. XLV; Holm, Storia di Sicilia, T, 1896, p. 1 et les renvois) connaît déjà Rome, d'après Denys, 1, 73 (fr. 7, F. H, G., I, p. 182).
2. C'est à cet accroissement de territoire occasionné par la prise de Véies que se rattache la création des quatre tribus Stellatina dans le territoire do Capena, Sabatina dans le voisinage du lac de Bracciano, Ârnensis, près de i'Arrone etTromentina dans la région de Véies, accomplie en l'an 365 d'après Tite-Live, 6, 5,8, en l'an 367, d'après Diodore, 14, 117. Cf. Momrasen, Droit publiCy VI, 1, p. 192 ; Belocb, Der italisehe Bund, 1880, p. 31. Dans la direction opposée, les colonies latines de Satricum et de Setia furent bien fondées sur le territoire des Volsques, la première en 369 et la seconde en 372, mais les tribus Publilia et Pomptina ne le furent qu'en 396 (Tite-Live, 7, 15, 11).
3. M. Beloch, Der italisehe Bundj p. 69, fixe l'étendue de Vager RomanuLS aux environs de Tan 500 av. J.-C. = 254 de Rome, à 98.275 hectares. M. Niese, Hermès, XXIIl, 1888, p. 416, n. 4, obtient le chiffre de 108.913 hectares en ajoutant les territoires de Labicum et de Tusculum évalués par le même, p. 70, à 10.708 hectares.
4. C'est ce que remarque encore justement, pour l'an 416, M. Soltau, Kul-
turgeschichte des klassischen Alterthums, 1897, p. 224.
1G2 CHAPITRE III. — DES LOIS LIGINIENNBS AU DÉBUT DU VII^ SIÈaB
conquis la Sicile, la Sardaigne, i^Espagne, elle est devenue la première puissance militaire du monde. Mais, pendant tout cela, son organisation judiciaire n'a pour ainsi dire pas changé.
Si on écarte le droit de contrôle supérieur que le sénat, devenu le premier pouvoir de TEtat parce qu'il était le plus stable, s'est arrogé en matière judiciaire comme partout et qui se fait sentir énergiquement dans la justice administrative, sensiblement dans la justice criminelle, très peu dans la justice civile ; si on laisse aussi de côté la création de la prétureetde Tédilité curule qui marque le début de la période et, à langueur, vers sa fin, la création des gouvernements de provinces nécessitée au VI® siècle par les conquêtes d'outre-mer, l'assiette générale du système judiciaire n*a pas varié. Les colonnes maîtresses en sont toujours : en matière administrative, la justice rendue parle magistrat même que l'affaire concerne comme agent d'exécution ; en matière criminelle, pour les peines sujettes à provocation, la justice des comices saisis sous forme d'appel de la décision provisoire du magistrat ; en matière civile, celle du juré saisi par la célébration de la legis actio accomplie devant le magistrat. Pour faire face aux besoins du grand empire, on a d'abord conservé les organes de la petite cité. On s'est contenté de parer aux nécessités nouvelles par des remaniements secondaires, par des additions de détail. L'édifice a été consolidé et renforcé où il a fallu ; quand on n'a pu faire autrement, il a été élargi par des annexes ; en aucune de ses parties, on n*a démoli pour reconstruire. Ce que nous trouvons à étudier, dans la période où la petite ville du Latium est devenue la capitale du monde, ce ne sont pas des innovations grandioses et hardies, c*est une suite de changements discrets, de corrections accessoires bien comprises, opérées aujourle jour, afin d'adapter le vieux mécanisme aux nécessités nouvelles.
Les phases de ce mouvement ont été, en leur temps, sobrement, mais clairement consignées dans un document qui serait aujourd'hui pour nous la meilleure des sources : dans les tables sur lesquelles le grand pontife investi de la garde du calendrier a inscrit chaque année, durant toute notre période, au-dessous des noms des magistrats éponymes, les événe-